Gruby (Ioc. cit
pilaires de la barbe, qui s’accompagnent de folliculite suppurée agminée en placards, placards ordinairement de forme arrondie.
C’est la lésion homologue du Kérion de Celse, dont elle peut s’accompagner, même chez l’adulte, et de la folliculite agminée des régions glabres, due comme les deux autres au trichophyton ectothrix pyogène, à culture blanche, du cheval.
Il eût été impossible et illogique de présenter séparément ces trois lésions qui ne diffèrent que par leur siège, et qui reconnaissent le même parasite.
Ce trichophyton, parmi tous ceux que je connais comme d’origine animale, est de beaucoup celui qu’on rencontre le plus ordinairement chez l’homme.
C’est aussi l’un des plus remarquables sinon le plus remarquable au point de vue botanique. Il méritait donc à tous égards l’étude monographique que nous lui avons consacrée, reliant ensemble ses lésions de différents sièges.
Même, parmi les trichophyties de la barbe, le sycosis est l’espèce clinique de beaucoup la plus fréquente, et ma statistique, un peu brève encore il est vrai, la montre avec une proportion de SS pour 100 trichophyties de ce siège, proportion peut-être inférieure à la vérité.
Cette fréquence suffit à expliquer pourquoi le nom de sycosis a pu être appliqué indistinctement, à tort selon moi, à toutes les trichophyties de la barbe., sans distinction de forme.
Je n’ai rien à ajouter ici au tableau clinique succinct que j’en ai tracé et je me bornerai au simple rappel de ce que j’en ai écrit plus haut 1 .
C. Trichophytie de la barbe , à forme de dermite humide disséminée. — Trichophyton ectothrix {du cheval) à culture jaune craquelée , vermiculaire.
Cette forme est cliniquement assez polymorphe, j’essaierai -cependant d’en tracer le tableau clinique.
a) Sa première caractéristique est la dissémination des lésions par petits placards. On trouve do deux à dix et douze points malades où l’épiderme est exfolié comme par une application vésicante ou une brûlure légère. Il y a à leur surface une légère exsudation séreuse, et quelquefois une gouttelette con-
1. Voir Analyse expérimentale, chapitre III, | ni. La folliculite circinée trichophytique.
crétée, d’un jaune d’or, est attachée de-ci de-lààla base d’un poil sain ou malade. C’est là, si l’on veut, de Yépidermite.
La dermite, l’épaississement du derme, est à peine sensible aux doigts ; enfin, en un ou deux points isolés, peut se former accidentellement un minuscule abcès folliculaire, contenant une gouttelette de pus.
Quelquefois, mais seulement plus tard, on voit apparaître des points d’induration. Mais ces points sont hypodermiques et de plus tous isolés , sans que ce processus se complique de la folliculite agminée de la forme précédente et qui constitue proprement le sycosis.
Ces points indurés, profonds et disséminés, aboutissent rarement à former des rudiments d’abcès qui peuvent se disposer en chapelets moniliformes, suivant les plis sous-mentaux. Ces abcès ne sont pas trichophytiques, comme ceux du sycosis, mais microbiens (staphylocoque blanc et doré).
Je répète qu’ils ont peu de tendance à s’ouvrir spontanément et persistent par places, isolés les uns des autres, simulant un corps étranger dur, sous la peau.
Les poils malades sont plus nombreux que dans le sycosis, mais clairsemés. Ils sont gros, grisâtres., et cassent à l’épilation. Leur racine montre à l’œil nu ou à la loupe l’engainement parasitaire commun aux poils atteints de trichophyton ectothrix.
Ainsi :
Épidermite légère, disséminée en petits placards et en points isolés;
Absence d’abcès folliculaires nombreux et conglomérés;
Tardivement, apparition par place, sous le derme, de petits abcès qui se terminent d’ordinaire par résolution ;
Enfin, poils trichophytiques nombreux, visiblement malades, clairsemés : tels sont les caractères de la lésion.
J’ajouterai qu’il n’est pas rare d’observer sur le même malade, ou sur quelqu’un de son entourage, un cercle trichophytique qui certifiera le diagnostic de l’espèce.
Le cercle trichophytique est très large (10 ou 12 centimètres de diamètre), régulier, et présente à son pourtour la même épidermite couverte du même exsudât, très semblable à l’exsudât impétigineux.
p) A l’examen microscopique , le poil est engainé à sa racine, par Je parasite. Dans les éléments du follicule on trouve d’abon-
dants trousseaux mycéliens, des chaînes de spores ovoïdes à double contour d’une dimension qui varie de 7 à 11 p.. (Les spores de 11 g sont les plus rares.)
Le poil est beaucoup moins envahi que sa gaine folliculaire.
y) A la culture :
Sur gélose au moût de bière, autour d’une petite acumination centrale, se forme une aréole poudreuse, d’un jaune brun, dont partent des rayons arborescents en feuille de fougère très élégants 1 (fig. 121, 122, 123).
Une caractéristique de celte culture est la déhiscence spontanée des spores. Quand on a agité le vase de culture, des colonies secondaires prennent naissance (fig. 123).
Sur gélose peptone maltosée (milieu d’épreuve), la culture se présente avec un centre craquelé, formé de contournements cérébriformes. De ce centre chiffonné et un peu exhaussé partent des plis rayonnés à peu près réguliers. Aréole poudreuse brunâtre, dont la poudre de plus en plus fine et ténue est entourée de fins rayons immergés (fig. 124, 125).
Sur pomme de terre en strie, large tramée de poudre blanche, excessivement ténue, couvrant incomplètement le milieu, et laissant transparaître un fond brunâtre, mordoré.
S) A l’examen microscopique du parasite cultivé, la caractéristique de cette espèce, qui porte des grappes comme tous les trichophytons (mégalosporon,) est la formation sur le trajet des filaments mycéliens d’une ébauche de périthèque.
Le filament, en un point donné, se renfle irrégulièrement en une masse de 15 p. de longueur sur 10 à 12 ja environ contenant visiblement de trois à cinq spores plus grosses que les spores externes.
e). Histoire générale des différents cas étudiés de cette espèce. —
1. Il est à remarquer que sur les géloses au moût de bière en tubes, cette espèce dont la couleur ressemble à celle des trichophytons endothrix à mycélium résistant (voir fig. 76) ne peut en être différenciée sans peine. Pour s’assurer de cette différence, il faut porter la culture sur une même gélose dans un matras à fond plat. La culture, se développant librement en tous sens, prendra un aspect tout à fait caractéristique, et complètement distinct des trichophytons de l'homme placés dans ces conditions.
(Comparer les figures 122, 123 aux fig. 77-88.)
C’est pour n’avoir pas fait, dès le début, cette différenciation qui nous apparaît maintenant comme si facile, que nous avons au début de ces études attribué une partie des trichophyties pilaires de la barbe au même trichophyton que la trichophytie tondante de l’enfant.
LES TRICHOPllYTIES HUMAINES
J’ai rencontré cette espèce, chez l’homme, six fois en tout. Deux fois, elle formait d’énormes cercles trichophytiques de la face, à bordure impétigineuse. Un des quatre malades qui m’offrit à l’examen cette trichophytie avec localisation à la barbe, au cours de son évolution, présenta un énorme cercle trichophytique semblable de la nuque, qui atteignit 12 centimètres de largeur en moins de dix jours.
Un autre contamina sa fille sous forme de teigne tondante (cas unique). Un troisième m’amena sa fillette de trois ans, avec un cercle semblable de trichophytie circinée du cou et un second de la fesse.
Cette espèce, qui paraît donc extrêmement contagieuse pour l’homme, au moins sous la forme de trichophytie circinée, s’est présentée à moi :
Une fois chez un vacher;
Une fois chez une jeune fille employée dans un établissement rural pénitencier;
Enfin un de mes malades, officier d’artillerie, la contracta en province, dans des circonstances, qui méritent d’être rapportées.
Pendant un an et demi, le régiment auquel il appartenait a présenté successivement deux cent cinquante cas de trichophytie équine, six infirmiers vétérinaires en ont été atteints, et l’officier que j’ai soigné la contracta le septième sous forme de trichophytie pilaire de la barbe. 1 .
D. Trichophytie sèche de la barbe à forme d’ichthyose pilaire.
— Trichophylon ectothrix à culture rose.
a) Le malade, quand il se présente à l’examen médical, accuse seulement un léger prurit des joues, et se plaint de ce qu’il s’écorche en se rasant.
L’examen objectif montre un granité de la peau excessivement prononcé. Chaque poil occupe le sommet d’un petit cône, comme dans la xérodermie ou kératodermie pilaire.
Ce cône, quand le rasoir ne l’a pas tronqué, est sec, très peu
1. Je dois présenter ici à M. Angot, vétérinaire en premier de l’armée, l’expression de ma bien sincère gratitude. J’ai pu, grâce à son extrême obligeance, examiner sur place, et suivre la maladie chez le cheval. J’ai reçu en outre, de lui, à plusieurs reprises, tant pour l’examen que pour la culture, les squames et les’ poils de tous les derniers chevaux atteints.
squameux. Le poil qui en émerge est cassé à3 ou 4 millimètres de la peau.
11 est engainé d'un étui pseudo-épidermique (gaine parasitaire) qui lui forme comme une collerette au niveau de son point d’émergence. Le poil est gros, un peu grisâtre dans sa partie aérienne, et d’un blanc crayeux dans sa partie dermatique. Il casse à l’épilation mais assez près de son bulbe radiculaire. Il est toujours facile dans cette forme, comme dans la précédente, de retrouver les poils malades qui sont disséminés en petits placards et même isolés parmi les cheveux sains.
Quand la trichophytie a envahi l’épiderme, elle forme un demi ou un quart de cercle Irichophytique, squameux, gras, un peu surélevé. Jamais, dans cette forme, on n’observe aucune trace d’un processus inflammatoire quelconque. C’est une trichophytie sèche, absolument sèche. Sa marche est lente et torpide.
p) Vexamen microscopique du poil montre :
1° Que le parasite, comme dans toutes les trichophyties pilaires de la barbe, occupe non seulement le poil, mais sa gaine folliculaire;
2° Que le poil est occupé par des séries linéaires de grosses spores(9 frondes, àdouble contour, qui l’infiltrent complètement.
Quand le poil, dissocié par la potasse, est tant soit peu écrasé, toutes ces spores se dissocient, sans garder leur agmination en longs filaments ;
3° Dans la gaine, au contraire, les filaments mycéliens, plus grêles que les chaînes de spores, sont beaucoup plus solides, ils sont sporulés par place, non sporulés encore à leurs extrémités supérieures (filaments jeunes).
Dans cette espèce, au lieu d’être dirigés suivant le grand axe du poil, commeles files rectilignes despores que le poil contient, les écheveaux de filaments mycéliens de la gaine ont une direction ondulée, curviligne et par places, presque transversale au grand axe du poil.
Sur des préparations bien faites, on peut observer ainsi sur deux plans successifs : 1° les minces filaments mycéliens de la gaine folliculaire, faisant un réseau autour du poil; 2° le poil bourré de grosses spores et contenu dans ce réseau comme dans une cae^e. (Planche V. Annales de dermatologie, 3 juillet 1893.)
y) Cultures. De tous les types triehophytiques que je connais, c’est celui dont la culture est la plus lente, sur le milieu d’épreuve
LES TRICHOPIIYTIES HUMAINES
(gélose peptone maltosée). Sur moût de bière gélosé la culture est un peu plus rapide. Elle naît sous la forme d’une touffe soyeuse de duvet blanc. A sa face dorsale, son centre est marqué par une tache noire permanente. La culture grandit sans cesser d’être pelucheuse, et au bout d’un mois environ, présente des plis rayonnés (fîg. 126).
Sa surface devient d’un rose tendre, tandis que le mycélium immergé devient d’un violet framboise.
Sur pomme de terre en strie : colonies isolées, acuminées, violâtres, peu actives.
Sur gélose peptone maltosée (formule du milieu d’épreuve), la culture forme un gâteau de duvet blanc, pénétré par des rayons et des scissures. A mesure que la culture vieillit, elle prend une couleur rose : fleur de pêcher, et sa surface plissée a une tendance à adosser entre elles les saillies de sa surface (fîg. 127-128).
8) A Vexamen mycologique des cultures en goutte, .on observe plusieurs caractéristiques de cette espèce :
1° La disposition des spores pédiculées une à une, sur de très grandes longueurs des tubes mycéliens adultes;
2° Des couronnes de spores disposées régulièrement autour des cellules mycéliennes, ou des septa mycéliens ;
3° Enfin les extrémités mycéliennes du pourtour de la colonie ont une forme tout à fait spéciale et se terminent par des arborescences ressemblant à une branche dépouillée de feuilles. Ce sont des mycéliums stériles (fig. 142).
e) Histoire générale des différents cas étudiés de cette espèce.
Chez les trois hommes qui m’ont présenté cette trichophytie pilaire, l’aspect de la lésion était aussi parfaitement identique que leur culture.
Pour le premier et le troisième, qui attribuaient leur contagion au rasoir, je n’ai pu recueillir aucun commémoratif important.
Le second avait nettoyé un pigeonnier deux semaines avant la première lésion de la peau. La même espèce a été recueillie par moi d’une tondante de l’enfant. C’est celui qui présentait le commémoratif de la blessure faite par un coq, et que j’ai cité plus haut. Comme pour presque toutes les tondantes d’origine
animale, cet enfant présentait ses trois énormes plaques trichophytiques, en bordure des cheveux.
Je dois rappeler que les cultures de cette espèce sont celles dont les caractères correspondent à ceux qu’a fournis une culture de trichophytie du coq décrite par MM. Mégnin et Duclaux.
D. Conclusions .
D. Si l’on résume les conclusions auxquelles tous ces faits peuvent conduire :
1° Il semble prouvé d’abord, une fois de plus, que la forme clinique d’une lésion de trichophytie dépend du parasite même qui la cause ;
2° En second lieu, toutes les trichophyties de la barbe n’ont encore montré que l’une ou l’autre de trois espèces parasitaires, il semble donc que la trichophytie pilaire de la barbe ne puisse relever que d’un nombre restreint d’espèces trichophytiques;
3° Le poil des trichophyties pilaires de la barbe ne s’est jamais montré atteint que par les trichophytons ectothrix, — d’origine animale, — et la culture a vérifié ce fait. Dix-huit cas consécutifs ont donné chacun à la culture, soit l’une des espèces isolées directement de l’animal : 14 cas ; soit, dans trois cas une espèce dont l’origine aviaire est probable quoique non encore démontrée.
De ces faits, il résulte :
1° Que la trichophytie pilaire de la barbe chez l’homme semble relever directement et exclusivement de l’inoculation (médiate ou immédiate) des trichophytons animaux;
2° Or, sa contagion sous forme de trichophytie des cheveux (teigne tondante), étant tout à fait exceptionnelle (tondante d’origine animale), il s’ensuit que l’ancienne conception de la mentagre parasitaire, espèce morbide dissemblable de la tondante (Gruby) était vraie et doit être rétablie.