LES TRICHOPHYTIES CIRCINÉES DE LA PEAU GLABRE
Nous venons d’envisager successivement la trichophytie tondante et la trichophytie de la barbe , telles que l’étude microscopique et l’étude mycologique permettent de les reconstituer.
Nous avons vu que la presque totalité des tondantes à grosse spore est due à l’une ou à l’autre de deux espèces parasitaires spéciales (endothrix).
Que les trichophyties pilaires de la barbe sont dues à des espèces diverses (animales) qui ne sont pas les mêmes que les espèces qui causent les tondantes.
Peut-être cet abrégé semblera-t-il encore fort complexe, si on le compare à la doctrine si simple et si commode de Y unicité trichophytique.
On devra reconnaître, cependant, que les faits énoncés plus haut, si multiples qu’ils se présentent à l’observation, peuvent se condenser en des propositions générales fort simples.
Ce qu’il me reste à dire des trichophyties circinées est beau-
1 Ici devrait logiquement se placer une étude de VOnychomycose trichophytique. Je la passerai complètement sous silence pour plusieurs raisons. D’abord, c’est une modalité exceptionnelle de la trichophytie ; exceptionnelle en France du moins, puisque sur le nombre considérable de trichophyties que j’ai observées, il ne s’est rencontré que cinq trichophyties unguéales. De plus, l’espèce trichophytique observée s’est montrée trois fois différente. 11 serait donc difficile de conclure quoi que ce soit d’un aussi petit nombre d’examens.
Je puis dire seulement que les trichophytons endothrix ne se sont jamais montrés causes d’une trichophytie de ce genre, fait que corrobore pleinement la clinique. Car il est exceptionnel de rencontrer l’onychomycose dans une école ou un hôpital de teigneux.
J’ai cependant rencontré l’onychomycose en corrélation avec une tondante sur le même sujet. Mais il s’agissait d’un trichophyton d’origine animale. Il semble donc (mais sans que le fait soit prouvé encore), que l’onychomycose comme la trichophytie de la barbe, n’est due qu’aux inoculations à l’homme des trichophytons des animaux. J
coup plus complexe et se prête beaucoup moins à une exposition synthétique et générale.
Ici, la multiplicité de forme objective des lésions, la quantité d’espèces parasitaires distinctes qui les provoquent, et en un mot, la difficulté de systématiser en un ensemble les faits d’observation, rendent une étude de la trichophytie circinée en général quasi-impossible.
C’est là un champ d’études trop vaste pour un seul observateur et qui appelle de toute nécessité des travaux complémentaires et le concours de plusieurs bonnes volontés.
Ces raisons, l’impossibilité matérielle où je suis de fournir à la question les documents de divers ordres qu’elle nécessite, me feront abréger ce chapitre. Je donnerai donc simplement un aperçu presque schématique de ce qu’est la trichophytie cutanée chez l’homme.
J’exposerai les faits qui me paraissent prouvés et aussi ceux qui me semblent seulement probables, en mentionnant pour ces derniers les causes de doute et les chances d’erreur. Et je limiterai l’exposé de ces faits à un petit nombre de propositions.
J’ai dit déjà que, quand un individu présente plusieurs lésions de trichophytie, elles sont dues toutes au même parasite. Ce fait, qui est vrai quand il s’agit de lésions multiples de différents sièges : tondante et trichophytie circinée, est vrai pareillement quand le malade ne porte que des lésions multiples de la peau glabre.
Ce fait n’est d’ailleurs qu’un fait d’observation. Je ne prétends pas dire qu’il soit impossible à deux trichophytons différents de causer deux lésions simultanées sur le même individu, puisque c’est un fait, au contraire, qu’il est facile de reproduire expérimentalement. Je veux dire que cette coexistence ne se présente pas spontanément dans la pratique.
De même, quand plusieurs individus sont contaminés, dans le même groupe ou la même famille, c’est toujours le même trichophyton que l’on retrouve dans les diverses lésions.
Au contraire, sur deux individus atteints de trichophytie cutanée, de trichophyties n’ayant pas une commune origine, il
est presque exceptionnel de rencontrer le même trichophyton dans leurs deux lésions.
Et si l’on poursuit cette recherche, sur un nombre considérable de trichophyties circinées d’origine diverse, on rencontrera journellement des types trichophytiques nouveaux et inconnus.
Il va sans dire que l’observateur acquerra peu à peu la connaissance plus grande des espèces que l’on rencontre le plus communément chez l’homme. Mais quand, par exemple, une dizaine d’espèces lui seront déjà bien connues, même alors, et dans la suite, presque indéfiniment, il trouvera dans des trichophyties, — quelques-unes d’aspect banal, le plus souvent d’aspect insolite, — des types qu’il n’aura jamais rencontrés.
Dans ces conditions, le groupement de ces espèces s’impose. Ce groupement d’abord serait nécessaire, alors même qu’il ne pourrait être qu’artificiel; et l’on l’on peut dire au contraire, que le sujet le provoque de lui-même.
Quand on a réuni une vingtaine d’espèces trichophytiques, l’observation ou le moulage des lésions qui les ont fournies, les préparations microscopiques qu’on a faites avec elles, enfin les cultures de leur parasite, il est facile de grouper ces différents ordres de documents, — et en particulier les cultures, par leurs ressemblances.
Ces groupes comprennent chacun plusieurs espèces différentes, mais très peu différentes, ayant des affinités étroites; et l’on pourra s’apercevoir que ces affinités des espèces parasitaires se traduisent :
Cliniquement, par la ressemblance objective des lésions qu’elles causent ;
Histologiquement , par la morphologie de leurs éléments parasitaires ;
A la culture, par la ressemblance de leur port et de leur aspect ;
Enfin, au point de vue mycologique, par leur ressemblance botanique.
Et cette symétrie dans ces rapports des espèces n’est pas fictive, elle est vérifiée par l’expérience; car la ressemblance objective de deux lésions trichophytiques se traduit invariablement à la culture, par une ressemblance entre les espèces qui les causent. Il y a, si l’on veut, parallélisme entre la parenté plus
ou moins étroite des espèces, et la ressemblance plus ou moins proche des lésions. Ou encore en d’autres termes :
Le classement imposé par la clinique est vérifié par celui qu’impose l’étude mycologique, car il rapproche des trichophytons dont les lésions se ressemblent entre elles, précisément comme ils se ressemblent entre eux.
Il y a donc d’une part, nécessité d’un groupement entre les espèces trichophytiques diverses que les trichophyties cutanées démontrent, et d’autre part, ce groupement nécessaire est facile à réaliser :
Je voudrais l’esquisser ici.
| II. — Premier groupe des trichophyties cutanées : trichophytie accessoire des teigneux. (E. Besnier.)
Mon maître, M. E. Besnier, a décrit, avec la plus grande perfection, les inoculations à la peau glabre que les trichophyties du cuir chevelu causent accessoirement au cours de leur longue durée.
Ces trichophyties cutanées, accessoires, des teigneux (que nous avons vu être si importantes pour le diagnostic différentiel à l’œil nu, des tondantes à grosse spore et de la fausse trichophytie à microspores), sont limitées le plus souvent au visage et autour du cou. Ces placards ne dépassent guère la dimension d’une pièce de 50 centimes, et peuvent être bien plus petits.
D’après la loi que nous énoncions tout à l’heure, ces inocuations sont dues aux germes même de la tondante qu’ils accompagnent, c’est-à-dire à un trichophyton endothrix d’origine humaine.
Il y aurait lieu d’étendre ce terme de trichophytie, accessoire , des teigneux, à toutes les inoculations grosses ou petites, se produisant sur le malade même ou sur une personne de son entourage, secondairement à me teigne tondante vulgaire .
On formerait ainsi un groupe de trichophyties cutanées ; ce sont celles qui relèvent des mêmes espèces trichophytiques qui causent les tondantes de l’enfant.
Si l’on élimine ainsi, du total des trichophyties de la peau glabre, toutes celles pour lesquelles il est facile de retrouver une filiation directe avec une tondante originelle, on sera surpris, en
retournant aux documents do cette statistique, de voir que presque toutes les trichophyties de la peau glabre, qui demeurent hors de ce premier groupe, ont fourni des cultures de trichophytons animaux.
Sans doute, il arrive quelquefois de trouver dans une trichophytie de la peau glabre chez l’adulte un trichophyton de l’enfant, et cela sans que l’on puisse établir l’origine de la contamination, mais mon enquête me permet de dire que c’est là un fait exceptionnel.
Par cet ensemble de documents, se trouvent établis deux premiers points importants, à savoir :
1) Que les trichophytons endothrix d’origine humaine ne causent guère d’inoculations cutanées que dans un cercle très restreint autour des enfants atteints de teigne tondante;
TI) Que la majorité des trichophyties de la peau glabre , chez l'homme et même la presque totalité' de ces trichophyties (si l’on excepte les inoculations accessoires des teigneux que les commémoratifs accusent nettement), sont dues à Vinoculation des trichophyties cimimales.
| III. — Deuxième groupe des trichophyties cutanées Les trichophyties suppurées.
Passons maintenant à l’étude de ces trichophyties cutanées que causent chez l’homme les espèces parasitaires d’origine animale.
Rassemblons d’abord toutes celles — sans exception— qui se seront rencontrées dans des trichophyties suppurées. Qu’elles proviennent d’une femme ou d’un homme, d’un enfant ou d’un adulte, qu’elles présentent des abcès folliculaires multiples ou simplement le petites vésicules suppurées, qu’elles aient affecté la forme sycosiqüe profonde, anthracoïde, ou au contraire la forme du cercle le plus banal, mais sur lequel se présentaient quelques pustulettes minimes, à fleur de peau : toutes ces trichophyties fourniront une culture ; excessivement robuste, active et virulente, qui sur tous milieux sera blanche.
On aura ainsi constitué au point de vue clinique le groupe des trichophyties suppurées au point de vue mycologique, le groupe des trichophytons pyogènes à cultures blanches.
Les espèces seront diverses, et nous les connaissons déjà. Sur l’homme ce sera ordinairement l’espèce équine, sur l’enfant et sur la femme ce sera le trichophyton du chat, etc.
Ce groupe trichophytique, si important au point de vue botanique à cause de ses formes spéciales de reproduction; au point de vue physiologique, en raison de son pouvoir pyogène ; au point de vue de la doctrine, à cause de son existence saprophyte possible, est, quant au nombre de ses inoculations spontanées sur l’homme, leplus remarquable, car il correspond au tiers des trichophyties cutanées prises en général. Tels sont les faits que nous résumerons dans la troisième proposition suivante :
III) Parmi les trichophytons que l’on rencontre sur l'homme , mais dont l’origine première est animale, un grand nombre d"espèces (qui se caractérisent toutes par une lésion suppurée), forment le groupe naturel des trichophytons pyogènes à cultures blanches. De ce groupe semblent dépendre toutes les trichophylies suppurées de l’homme. Elles forment environ le tiers des trichophyties cutanées qu’il présente.
A côté de cë groupe considérable, doivent être placées quelques espèces que leurs caractères de culture ne permettent pas d’y confondre (voir page 187), mais que leurs caractères botaniques, leurs besoins physiologiques, leur communauté d’origine animale rapprochent extrêmement de lui.
C’est, par exemple, cette espèce ectothrix équine qui cause souvent une trichophytie de la barbe et sur la peau glabre forme un grand cercle impétigineux (fig. 121, 125) *.
En dépit de la ressemblance que sa couleur brunâtre lui donne avec les cultures de trichophyton endothrix, c’est là une espèce physiologiquement très haute, morphologiquement très différenciée, peut-être celle qui donnera d’une façon définitive la place des trichophytons dans la série cryptogamique.
t. Nous rappellerons l'extrême ressemblance des cultures de cette espèce [surpomme de terre) avec les cultures des trichophytons pyogènes à cultures blanches. Nous avons insisté plus haut sur le-pouvoir pyogène que cette espèce présente quelquefois.
| IV. — Troisième groupe des trichophyties cutanées :
Les trichophyties sèches serpigineuses.
Il existe un autre groupe de trichophyties circinées humaines d’origine animale. Elles sont encore peu étudiées parce qu’elles sont d’une rareté réellement exceptionnelle et cependant leur intérêt doctrinal est considérable. Je veux parler des trichophyties sèches serpigineuses.
Elles siègent ordinairement autour du cou chez l’homme adulte. Leur contour immense — puisqu’elles peuvent s’étendre d’une épaule à l’autre — est toujours polycyclique et festonné. Ce contour est marqué de papules excoriées rougeâtres, semées le long, d’un mince liséré rouge d’exfoliation. Et toute la surface sur laquelle le cercle a passé est marquée par une teinte bistrée. Dans l’aire déjà parcourue par le parasite, des segments de cercles en activité, diversement disséminés, existent encore, compris en dedans de la bordure externe en activité. (Voir au musée de l’hôpital Saint-Louis les moulages n os 621, 1006 et 1740.)
Ce sont là des trichophyties chroniques d’une extension progressive extrêmement lente. Leur évolution indéfinie dure souvent pendant des années.
Un point spécial, s’ajoutant à l’extrême torpidité de ces lésions, fait toute leur importance. Ce sont des trichophyties qui respectent absolument le cheveu de l’enfant, le poil de la barbe chez l’adulte.
J’ai vu plusieurs fois ces cercles siéger dans la région de la barbe, et aussi, dépassant la région du cou, s’étendre au travers du cuir chevelu (Musée Barreta, moulage n° 1740). Jamais, ni le poil, ni sa gaine ne sont envahis, et c’est à peine si au long de quelques follets, extérieurement à eux, au niveau de l’orifice pilaire, on peut trouver quelque rameau mycélien.
Ce sont des trichophyties exclusivement épidermiques , des trichophyties qui ne sont pas des trichophyties pilaires.
A l’examen microscopique, on trouve, immédiatement sous la lame cornée épidermique un nombre incroyable de rameaux mycéliens larges (S n) à spores rectangulaires, disposées avec une régularité parfaite (voir fig. 131).
Qu’on me permette une comparaison qui s’impose, bien que l’un de ses termes soit encore quelque peu hypothétique : C’est en nos pays le groupe trichophytique, homologue de la teigne imbriquée d’extrême Orient.
§ Y. — Les cas atypiques.
J’arrêterai ici ces généralités sur la trichophytie circinée de l’homme, non pas que le sujet soit épuisé, mais parce qu’ici s’arrête tout ce que je puis en dire de précis.
En dehors des espèces précitées, dont l’étude est très loin d’être complète, mais dont le groupement du moins est ébauché, il reste à parler des cas exceptionnels, ils sont nombreux et tous différents.
Le nombre des espèces (mégalo) trichophytiques animales que l’homme peut s’inoculer accidentellement, m’apparaît — en propres termes — comme illimité. Si je n’avais arrêté ce travail d’investigation, je suis très certain, par l’exemple des cas antérieurs, que j’aurais rencontré de nouvelles espèces trichophytiques autant que je rencontrais de trichophyties circinées d’aspect pleinement anormal.
Je connais une vingtaine d’espèces trichophytiques à grosse spore d’origine animale, sur le rôle parasitaire desquelles je suis fixé, par l’inoculation positive sur moi.
Mais à quoi peut servir l’étude d’une espèce dont le parasitisme sur l’homme est assez exceptionnel pour qu’on la rencontre une fois sur deux cents malades ?
Si, dans les écoles vétérinaires, le même sujet avait été entrepris, et que je pusse rapprocher mes espèces trichophytiques animales trouvées sur l’homme de celles qu’une semblable étude aurait isolées des animaux, je pourrais espérer relier à titre d’accessoires, à ces monographies déjà faites, des cas qui, sur l’homme, n’ont pas d’intérêt médical, par ce seul fait qu’ils sont chacun singulier.
Mais rien n’existant sur le sujet, je ne puis avoir la prétention de retrouver — moi tout seul — sur l’animal, hors de l’homme, chacune des nombreuses espèces que je n’ai rencontrées sur l’homme qu’une fois.
Dans ces conditions, je crois qu’il faut éliminer cette élude de pur détail, ces examens de cas particuliers, et s’en tenir dans
LES TRICÜOPIIYTIES HUMAINES
le sujet à une conclusion générale. C’est ce que je vais faire. Et je conclurai des lignes qui précèdent les propositions générales suivantes :
I) En dehors des trichophytons endothrix de l’enfant qui causent chez lui la tondante et chez l’enfant comme chez l’adulte, un petit nombre des trichophyties circinées qu’il présente, il existe de très nombreux parasites cryptogamiques, de même ordre et de même famille botanique , qui causent la plupart des trichophyties cutanées humaines. Ce sont les trichophytons ectolhrix d origine animale.
g ran(1 nombre de ces espèces appartiennent au groupe, éjà bien nettement constitué, des trichophytons pyogènes à cultures blanches. D’autres se réunissent par trois ou par quatre pour ébaucher des groupes encore moins connus.
Mais, en dehors de ces groupes, il existe encore d’autres especes dont l’inocialatiori à l’homme est tellement rare que leur etudeet leur groupement dans l’état actuel des connaissances demeure impossible, et leur nombre même ne saurait être précisé.