‹ Les trichophyties humainesChapitre 48 sur 59 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

LA TEIGNE A PETITES SPORES

(non trichophttique'

LA TEIGNE TONDANTE A PETITES SPORES

mCROSrORVM AVDOVIM (GRUBY)

La maladie dont je vais parler maintenant n’est pas une trichophytie. Ne fut-ce cependant qu’en raison de son diagnostic différentiel, je ne puis la passer ici sous silence.

Dans l’avenir, lorsque cette entité morbide aura définitivement acquis son rang et son autonomie propre dans l’opinion médicale, beaucoup pourront se demander pourquoi un livre qui traite des Trichophyties humaines , se trouve comprendre la description d’une mycose non trichophytique. Ceux-là devront alors se rappeler que cette entité morbide, pourtant deux fois découverte déjà, rencontre encore en ce moment des négations formelles.

Dans ces conditions, j’ai pensé qu’il importait grandement, sans vouloir étudier à fond cette maladie nouvelle, d’en tracer du moins les caractères généraux, principalement dans le but d’en établir la différenciation définitive, de la séparer nettement des maladies avec lesquelles on l’a toujours confondue.

Lorsque Gruby, en 1843, présenta la première et si remarquable description du microsporum Audouïni, il reconnut nettement la spécifité de ce parasite et, par conséquent, la spécifité de la maladie qu’il provoque.

Malheureusement, je l’ai dit déjà, Gruby étudia la maladie causée par le microsporum Audouïni sous le nom de porrigo decalvans, nom jusque-là réservé à la pelade, et cette confusion a fait répéter par tous les commentateurs que Gruby avait décrit dans la pelade un parasite cryptogamique qui n’existait pas.

Ce parasite existe cependant, mais non pas dans la pelade... ;

1 Je dois mentionner cependant que M. le D r H. Tenneson, dans son Traité clinique des maladies de la peau, Paris, 1893, en s’appuyant sur la seule description clinique de Gruby, affirme que l’observateur voulait, parler non pas de la pelade, mais d’une tondante.

il cause une tondante, confondue encore aujourd’hui dans le syndrome de la teigne trichophytique.

Lorsque, après une longue série d’examens microscopiques et de cultures, pratiqués dans le service de mon éminent et vénéré maître, M. E. Besnier, j’ai séparé de nouveau en 1892 1 ces deux parasites, sous les noms de trichophyton mégalosporon et de trichophyton microsporon , — j’ignorais que ce dernier ne fût que le microsporum Audouini, oublié depuis longtemps.

Et le nom de trichophyton , que j’avais conservé à ces deux parasites, montre assez que je croyais entre eux à une parenté étroite, parenté que justifiait l’analogie grossière de leurs lésions.

Je n’avais pas alors observé assez complètement les mœurs cliniques différentes de ces deux mycoses; je n’avais pas remarqué les différences fondamentales qui séparent la morphologie de leur parasite respectif, enfin et surtout la différence de leur structure et de leur classification botanique, pour séparer d’une façon absolue les deux maladies qu’ils déterminent.

Aujourd’hui, je suis en mesure de le faire, et d’établir que ce sont deux mycoses, aussi distinctes entre elles que la trichophytie est distincte du favus, deux maladies qui n’ont de commun que de s’attaquer l’une et l’autre au cheveu.

Après la longue étude qui précède, étude consacrée exclusivement aux trichophytons mégalosporon , qui causent la trichophytie vraie, la trichophytie de tous sièges , après la différenciation très incomplète encore des espèces qui semblent exclusives à l’homme, et de celles qui relèvent d’une origine animale, je vais revenir sur la maladie du cuir chevelu que cause le microsporum Audouini.

Je décrirai donc d’abord l’aspect objectif de ses lésions, et la « lésion élémentaire » dont elle s’accompagne toujours. Je reprendrai ensuite l’examen microscopique du cheveu malade, et la description morphologique de son parasite. Je rappellerai les caractères spéciaux de sa culture. Enfin, je montrerai comment l’examen mycologique permet d’affirmer que les trichophytons et le microsporum Audouini n’appartiennent pas à la même famille de mucédinées.

La maladie causée par le microsporum Audouini reste encore

1. Sabouraüd, Contribution à l’étude de là trichophytie humaine. (Annales de Dermatologie , nov. 1892.)

LA TEIGNE A PETITES SPORES

innommée. On ne peut lui conserver le nom de trichophytie , puisqu’il perpétuerait la confusion faite jusqu’à ce jour. On ne peut pas davantage lui restituer le nom barbare de « Porrigo decalvans », presque inusité de nos jours, mais qui la rapprocherait encore des pelades contagieuses dont le parasite est inconnu.

Je l’appellerai donc la tondante libelle, parce que son siège unique est le cuir chevelu et parce quelle est la plus grave des teignes, celle dont l’évolution peut durer plusieurs années. Peutêtre serait-il juste de la désigner sous le nom de « maladie de Gruby », puisqu’on doit à cet observateur oublié la découverte des parasites de toutes les teignes connues : favus, trichophytie, tondante innominée, et que pas une ne porte son nom.

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