‹ Les trichophyties humainesChapitre 6 sur 59 · C. — Trichophyton mégalosporon endothrix · texte numérisé non relu

C. — Trichophyton mégalosporon endothrix

J’arrive enfin au troisième mémoire de Gruby 1 ; celui qui décrit en perfection le parasite que j’ai appelé le trichophyton mégalosporon endothrix.

« Je veux parler de la teigne tondante de M. Mahon, ou herpès tonsurans de M. Gazenave, affection caractérisée par la chute partielle des cheveux et la formation, sur les lieux dégarnis, de plaques arrondies, couvertes de petites écailles blanchâtres et de petites aspérités analogues à ce qu’on appelle vulgairement la chair de poule.

4. Gruby, Recherches sur les cryptogames qui constituent la maladie contagieuse du cuir chevelu, décrite sous le nom de teigne tondante (Mahon) herpès tonsurans (Gazenave). (Comptes rendus de l’Académie des sciences. Paris, 1844. T. XVIII, p. §83 et suiv.)

LES TilICHOPHYTIES HUMAINES

« En examinant avec attention, sous le microscope, les fragments de cheveux provenant de la teigne tondante, on reconnaît que tout leur tissu est rempli de cryptogames et que les cheveux sont encore couverts de leurs écailles épidermiques lorsque leur intérieur est déjà plein de sporules. (Voir sur ce point lafig. 84.)

« Ces cryptogames prennent naissance dans l’intérieur de la racine du cheveu sous la forme d’un groupe de sporules rondes : de ces sporules naissent peu à peu des filaments articulés en chapelet qui, en se développant, rampent dans l’intérieur des cheveux, parallèlement à leur axe longitudinal, en montant en ligne droite. A mesure que le cheveu pousse, les cryptogames qu’il renferme dans l’intérieur de son tissu 1 poussent également, et jusqu’à ce qu’il sorte de son follicule. La quantité de sporules est tellement augmentée qu’elle remplit complètement l’intérieur du cheveu, dont le tissu normal n’est presque plus reconnaissable.

« ... Ordinairement les cheveux sé cassent à deux ou trois millimètres au-dessus de la peau.

« Les cryptogames qui constituent la teigne tondante diffèrent tellement de ceux qui constituent la phyto-alopécie (tondante à petites spores) qu’il est impossible de confondre ces deux maladies. Leur siège même, leur développement et le rapport qu’ils offrent avec le tissu des cheveux diffèrent également...

« D’abord les cryptogames de la teigne tondante ne sont formés que de sporules en chapelet... Ces sporules sont grandes, leur diamètre varie de 2 à 4 sur 4 à 8 millièmes de millimètre.

« Les sporules des cryptogames de la phyto-alopécie, au contraire, sont extrêmement petites, leur diamètre n’est que de 1-5 millièmes de millimètres, et c’est aussi pourquoi je les ai appelés microsporon.

« Dans la teigne tondante, les sporules remplissent l’intérieur des cheveux.

« Les sporules de microsporon Audouïni, au contraire, sont placées à la surface externe des cheveux et forment une véritable gaine autour d’eux.

« Les cryptogames de la teigne tondante prennent naissance et se développent dans la racine des cheveux; le microsporon

1. Voir. fig. 2. pl., II, 3* série. T. III des Annales de dermatologie.

POSITION DE LA QUESTION

Audouïni au contraire se développe à la surface externe des cheveux. en dehors des follicules.

« Ces caractères sont tellement constants dans la teigne tondante, qu’il n’y a pas un seul cheveu malade dans cette affection qui ne les présente. »

« La teigne tondante résulte uniquement du développement des cryptogames que nous avons déjà décrits et elle mérite par conséquent d’être classée parmi les maladies dues à des parasites végétaux, à côté de la phyto-alopécie 1 , de la mentagrophyte 2 , de la porrigophyte 3 et de l’aphtophyte 4 . »

On peut se demander s’il est utile de rien ajouter à ces simples citations. Car, à leur lecture, certains commentaires s’imposent sans qu’il soit besoin de les énoncer.

Je conclurai donc seulement que le fait de la séparation des trois types parasitaires décrits plus haut doit être reporté à son premier auteur.

Et aussi que deux travaux successifs sur ces mêmes sujets, en l’absence de toute influence de l’un sur l’autre, étant arrivés aux mêmes résultats, ces résultats ont une double garantie contre l’erreur.

Mais il est permis d’ajouter que le simple examen des faits et des dates, sur ce point tout spécial de la dermatologie, pourrait constituer un chapitre de l’histoire médicale, non le moins important et le moins philosophique.

On y verrait qu’une erreur de mots peut retarder de cinquante ans une découverte, et on y constaterait la lenteur de l’évolution des idées qui semble nécessaire à tout progrès scientifique.

Ayant sous les yeux un précédent de cette valeur, il serait puéril de croire que tout débat sur le sujet est clos désormais. Il est possible que l’on discute encore longtemps et comme par le passé, plutôt sur des textes que sur des préparations microscopiques, que l’on continue de s’appuyer sur des présomptions et des hypothèses sans tenir compte des preuves expérimentales. Peut-être même alléguera-t-on, en fait de preuves, l’examen

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