Muguet
microscopique pour qu’il clémente des faits qu il a pu, a lui tout seul, établir il y a un demi-siècle.
Mais l’observateur ne peut pas s’atttarder aux polémiques inutiles; il doit lui suffire que, dans un avenir plus ou moins proche, la pluralité des tondantes, la pluralité trichophytique demeurent des faits établis, fût-ce au même prix que Yorigine cryptogamigue des teignes, après un débat de trente-trois ans, qui fut clos, on le sait,, par la mort « impénitente » d’Erasmus Wilson et de Cazenave.
I ni.
Toutes les tondantes ne sont pas trichophytiques.
Les parasites des trois tondantes appartiennent à deux familles botaniques.
Si l’étude mycologique des trois parasites isolés, venant après les différenciations précédentes, les confirmait entièrement, elle donnerait à chacun des caractères botaniques spéciaux. Et la scission entre les trois types décrits serait complète. Il y aurait trois entités morbides confondues sous le nom de trichophytie.
Mais il n’en est pas ainsi. Tandis que le microsporum Audouim se distingue nettement des trichophytons (à grosse spore) par tous ses caractères botaniques, les trichophytons megalosporon endo et ectothrix ne sont que des espèces distinctes d’une même famille ou du moins sont liés entre eux par une parenté très proche 1 .
La botanique, en rapprochant intimement deux des types parasitaires précédents pour en séparer le troisième, trace donc la marche à suivre dans l’étude analytique des maladies qu’ils déterminent.
Avant de commencer l’analyse expérimentale de notre sujet peut-être n’est-il pas inutile de montrer comment l’examen
4. Prenons dans la botanique phanérogame une comparaison qui rende ces rapports plus sensibles :
Les Liliacées forment une famille naturelle qui a ses caractères de reproduction spéciaux. Tout près d’elle, on place le groupe des Colchiques qui ne s’en distingue que par des caractères secondaires. Ainsi en est-il pour les trichophytons à grosse spore entre eux.
Mais les Liliacées et les Colchiques sont fort éloignés dans la série végétale d’une graminée par exemple ou d’une orchidée. Les mêmes considérables différences existent entre les trichophytons (à grosse spore) d’une part et le microsporum Audouïni de l’autre.
POSITION DE LA QUESTION
microscopique et la culture, et aussi comment la clinique et l’expérimentation appuient ces conclusions d’ordre botanique: et comment ces quatre éléments d’informations s’accordent à séparer'des trichophytiesla tondante à petites sporespouren faire une mycose spéciale.
Ce bref résumé aura l’avantage de nous faire prendre connaissance de l’ensemble de notre sujet et de nous montrer la façon dont il doit être envisagé désormais.
A. Examinons d’abord 1 ’aspect objectif des cultures fournies par les diverses tondantes, si l’on porte leur parasite sur leurs deux milieux d’élection : le moût de bière gélosé et la pomme de terre. Sur la gélose au moût de bière, le microsporum Audouïni prend invariablement l’aspect de cercles duveteux inscrits les uns dans les autres. Les trichophytons (à grosse spore) qui peuvent différer entre eux quant à la vitalité de leur culture, quant à leur couleur, etc., ont un caractère commun et constant, c’est la projection, hors du centre de leur culture, de rayons ressemblant à des rayons d’étoiles.
Sur pomme de terre, le microsporum Audouïni fournit une culture lente et pauvre, mais qui végète pendant des mois. Elle se traduit par une traînée rouge, ne faisant pas plus de saillie sur le milieu que ne ferait un liquide coloré qui l’aurait taché par imbibition. Les trichophytons à grosse spore, au contraire, quelle que soit leur forme microscopique, endo ou ectothrix, produisent sur ce milieu une culture rapide mais passagère et, invariablement, meurent en trois semaines. Toutes ont sur ce milieu ce caractère commun de former à sa surface, avec un relief mince mais appréciable, une traînée poudreuse et sèche. Cette traînée sera blanche ou sera brune, variera dans sa largeur, dans sa rapidité de formation avec la forme microscopique du parasite cultivé, mais tous les trichophytons (à grosse spore) auront sur ce milieu ce double caractère commun d’une culture en traînée poudreuse, et d’une durée de vie limitée à dixhuit jours.
Ainsi, la forme objective des cultures montre, entre les deux grands groupes parasitaires que la botanique différencie, des dissemblances profondes et radicales, dissemblances déformé, d’aspect, dissemblances de durée d’existence.
Et au contraire, les trichophytons, s’ils-diffèrent entre eux dans la culture par des caractères secondaires (dont la varia-
LES TIlICHOPllYTIES HUMAINES
bilité devra être recherchée), dans leurs caractères principaux, tels que leur durée de vie sur un même milieu, se comportent d’une façon identique.
Comme l'examen microscopique des cultures, l’examen à l’œil nu de ces cultures révèle donc la parenté proche des types trichophytiques entre eux et la spécificité toute distincte de la tondante à petites spores.
B. Prenons maintenant les différences morphologiques qui séparent ces êtres dans la vie parasitaire.
Qu’ils poussent dans le cheveu ou hors de lui, les trichophytons (à grosse spore) comme morphologie sont semblables. C’est toujours, suivant la comparaison banale faite pour tous les filaments mycéliens cloisonnes, une touffe de bambous, dont les entre-nœuds seraient les cellules et dont les nœuds seraient les cloisons.
Le mégalosporon endotlirix et ïectothrix poussent verticalement, et de bas en haut dans la direction même du cheveu. Ainsi, et sauf pour leur habitat (qui diffère de l’intérieur du poil, à sa cuticule), les trichophytons (mégalosporon) sont semblables comme morphologie et aussi comme mode physiologique de croissance. « Ils naissent dans la racine du cheveu » et croissent avec lui.
Le microsporum Audouini diffère étrangement de ce tableau, aussi bien dans sa morphologie que dans son mode de croissance. Ses toutes petites cellules brillantes, tassées les unes contre les autres, irrégulièrement comme les cailloux d’une mosaïque dans leur ciment, formant autour du cheveu une gangue dont toutes les parties sont agglutinées sans que leur lien soit visible (fig. 153), n’ont rien de commun avec cette tige mycélienne, complète en soi et indépendante, qui est, si l’on peut ainsi parler, « l’unité » du trichophyton mégalosporon (fig. 70). De plus le microsporum Audouini s’attaque au cheveu lui-même, à sa tige, non pas à sa racine. Il pénètre dans le follicule de haut en bas. Et dans une tondante à petites spores à ses débuts, il est encore facile de vérifier que les racines, les bulbes des cheveux sont intacts, alors que le haut des follicules pilaires est déjà envahi.
Là encore, nous ne trouvons donc que deux êtres parfaitement distincts : le microsporum Audouini et les trichophytons (à grosse spore). Ces derniers ne présentent entre eux que des différences secondaires.
POSITION DE LA QUESTION 23
C. Résumons maintenant le tableau clinique de ees deuxentités morbides.
Voici la tondante à petites spores, affection de l’enfance, de la ‘première enfance, qui respecte invariablement les adultes. Sur l’enfant, elle respecte également le tégument glabre, ne cause que dans des cas exceptionnels, même de simples efflorescences épidermiques au bord du cuir chevelu. Son siège, son seul siège est le cuir chevelu lui-même. C’est là une entité morbide qui n’a apporté au tableau tricliophytique qu’un détail insignifiant, le pityriasis alba, et à l’évolution clinique des tondantes trichophytiques qu’une possibilité, à tort étendue aux tondantes en général : les tondantes rebelles.
Et au contraire, prenons les trichophytons (à grosse spore). Us s’attaquent aussi aux cheveux de l’enfant, mais leur domaine n’y est pas restreint. Sous la forme de tondante, ils se retrouvent même chez l’adolescent, sur la peau même chez l’adulte. Car eux seuls, et sans distinction d’espèces, sont des trichophytons de tous les âges. Ils se partagent entre eux les trichophyties circinées de la peau glabre. Ils peuvent envahir les ongles. Le tégument externe tout entier peut les abriter. Une seule différence clinique marque les différences de leurs espèces : les trichophytons ectothrix envahissent seuls le poil de la barbe chez l’adulte.
Ainsi la trichophytie (à grosse spore) apparaît comme celle dont la description clinique a été faite; c’est la vraie trichophytie, celle que l’on connaît: la trichophytie, de tous sièges polytopique, celle qui peut revêtir toutes les modalités cliniques décrites de la tondante, de la trichophytie circinée, de la trichophytie des ongles, etc... Et dans son tableau est demeurée confondue cette petite entité morbide, toute différente dans ses allures cliniques, qui est la tondante à petites spores : espèce morbide pleinement distincte et qui apparaît en dehors de la trichophytie,... aussi spéciale et aussi autonome que peut l’être le favus.
D. Enfin il n’est pas jusqu’aux inoculations qui ne prouvent d’une part la ressemblance des trichophytons à grosse spore entre eux, car ils sont inoculables l'un et l’autre à l’homme et aux animaux, et aussi la différence profonde du microsporum. Audouini qui, fidèle à ses mœurs cliniques, ne produira dans l’épiderme de l’adulte qu’une lésion abortive et éphémère.
LES TRICHOPIIYTIES HUMAINES
Mille détails encore pourraient appuyer cette dichotomie de l’ancienne trichophytie humaine univoque. Nous les retrouverons, chemin faisant, dans l'étude qui va suivre.
Nous allons étudier : d’abord, la trichophytie vraie, la trichophytie à grosse spore, et nous parlerons seulement après elle de la tondante à petites spores, qui riest pas me trichophytie.
Nous prendrons le trichophyton (mégalosporon), comme il se présente de lui-même à l’étude expérimentale avec ses caractères d’unité...relative, avec sa pluralité...discutable. Et quand nous aurons étudié analytiquement toutes les questions qu’il soulève, nous essaierons d’en faire la synthèse clinique, synthèse toute provisoire d’ailleurs, telle que la permettront des faits encore trop nouveaux et trop incomplets que l’analyse aura mis au jour.