CHAPITRE PREMIER
LA PLURALITÉ DES TRICHOPHYTONS (A GROSSE SPORE) EST PROUVÉE PAR LA CULTURE
| I er . — Les premières cultures du trichophylon (à grosse spore) posent deux problèmes :
A. Le trichophyton (à grosse spore) est-il une espèce unique?
B. N’existe-t-il pas des associations cryptogamiques dans cette teigne? § IL — Ces problèmes ne peuvent se résoudre qu’en s’appuyant sur la
composition chimique des milieux de culture employés. — Importance générale du milieu de culture en mycologie.
§ III. — Les associations cryptogamiques dans la Irichophytie (à grosse spore).
| IV. — Méthodes de séparation des associations cryptogamiques.
§ V. — Recherche des milieux de culture propres à la différenciation des espèces triehophytiques (à grosse spore).
§ VI. — Ces milieux démontrent la multiplicité des espèces trichopbytiques. — Discussion de ces résultats.
| I er . — Les premières cultures de trichophyton (a grosse spore) posent deux problèmes :
A. Le trichophyton est-il uns espèce unique?
Toutes les cultures de microsporum Audouïni se ressemblent entre elles au point qu’on peut les prendre l’une pour l’autre. Elles ne se distinguent guère que par l’abondance plus ou moins grande de leur duvet.
Il n’en est pas ainsi pour les cultures de trichophyton (à grosse spore). Toutes les cultures provenant d’un même cas sont identiques, mais d'un casa Vautre, quand les cultures sont faites en milieux sensibles, sur de la gélose au moût de bière, par exemple, on observe de réelles différences d’aspect entre les
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cultures. Et ces différences ne sont point accidentelles, car elles demeurent et se reproduisent dans toutes les cultures qui proviennent d’un même individu.
Malgré ces différences de détail, toutes ces cultures gardent entre elles une telle ressemblance qu’après un examen superficiel on pourra conclure à leur identité. Si surtout on s’est servi, pour milieux de cultures, de liquides sucrés qui sont altérables par la chaleur, ou de milieux de composition centésimale variable, comme le moût de bière, on sera porté inévitablement à attribuer ces légères différences des cultures entre elles à d’aussi légères différences dans la constitution chimique de leur milieu.
Mais, que l’on rencontre une série de lésions trichophytiques anormales, de trichophytie serpigineuse ou folliculaire, ou suppurée, et avec elles on obtiendra des séries de cultures nouvelles, dont le type rappellera encore de loin la culture ordinaire du trichophyton (à grosse spore) ; mais leur vitalité inaccoutumée, leur couleur ou même leur forme les en éloigneront extrêmement. Et cependant toutes les cultures, provenant d’un même cas, garderont entre elles une parfaite similitude.
Dès lors, on sera plus disposé à croire que, même entre deux cultures presque identiques, les différences de détail, qui d’abord semblaient minimes, se reproduisent trop régulièrement pour être accidentelles, qu’elles doivent provenir de différences essentielles entre les parasites cultivés.
Et la question de l’identité ou de la non-identité se posera de nouveau entre les trichophytons, comme elle se posait d’abord entre le trichophyton et le microsporum Audouïni.
Mais, quelle que soit l’opinion vers laquelle on incline : identité ou non identité de ces cultures, la preuve expérimentale de l’une ou de l’autre hypothèse est aussi peu aisée.
Sur quoi se baser pour affirmer qu’une espèce trichophytique est différente d’une autre?
L’examen microscopique du cheveu et de la squame ne peut pas trancher absolument la question. Car des champignons, réduits à leurs seules spores mycéliennes, comme ces champignons dans la vie parasitaire, peu vent paraître presque identiques, et ne l’être pas.
Quant à l’examen microscopique du parasite cultivé, il suppose un botaniste. Et même pour le botaniste, ce critérium est-il
ANALYSE EXPÉRIMENTALE
d’une sensibilité excessive. On est averti maintenant du pléomorphisme des champignons inférieurs; et comment, pour des espèces inconnues encore, faire la part de l’influence du milieu de culture qui suffit à rendre des espèces connues méconnaissables.
Il reste un critérium : la forme objective différente des cultures en milieux chimiquement identiques entre eux.
Si l’on opère avec un milieu de culture, toujours chimiquement identique à lui-même , et si sur ce milieu les cultures de diverses provenances se présentent avec des caractères distincts , si ces caractères distincts demeurent permanents et héréditaires, on ne pourra faire aucun doute qu’il ne s’agisse d’êtres différents.
L’expérience prouve que ce critérium est d’une extrême rigueur, mais il est évident qu’il demande une condition préalable. Toute différenciation d’espèces entre les trichophytons est forcément subordonnée à Vobtention préalable de cultures trichophytiques rigoureusement pures.
Et ceci soulève une question nouvelle.
B. Les associations cryptogamiques dans la trichophytie (à grosse spore).
Il est facile de distinguer à l’œil nu une culture bactérienne souillée d’une culture bactérienne pure, au moins sur milieux solides ; mais on ne peut en dire autant pour les cultures cryptogamiques.
Si la proportion relative des composants chimiques du milieu favoris.e également deux, espèces cryptogamiques ensemencées au même point, la culture, même adulte, gardera son apparence homogène, et la coexistence des deux espèces y demeurera dissimulée absolument.
Mais si cet équilibre dans la constitution chimique du milieu n’existe pas, une des espèces conjointes sera plus favorisée que l’autre, la culture cessera d’être exactement mixte et homogène : sa dualité paraîtra. Alors la culture montrera ce que montrent presque toujours les cultures impures des bactéries ; on cessera d’avoir une colonie mixte, on aura deux colonies juxtaposées.
Ce. dernier fait qui devrait, semble-t-il, être le plus fréquent, est le plus rare. Il importe d’en être averti et de savoir que l’homogénéité en apparence parfaite d’une culture cryptogamique
LES TRICIIOPUYTIES HUMAINES
ne prouve en aucune façon de sa pureté. La trichophytie (à grosse spore) va nous en fournir un exemple.
Quand on pratique un ensemencement parcellaire avec la racine d’un cheveu atteint de trichophytie (à grosse spore), on obtient (sauf exception rare) une culture pure d’emblée de tout mélange bactérien, une culture exclusivement cryptogamique.
Mais on peut être certain d’avance que la semence prise, si petite qu’elle soit, est mixte, et qu’elle contient, mêlées aux spores trichophytiques, quelques spores de champignons étrangers.
Comme le trichophyton se nourrit presque exclusivement de sucre, et que ses champignons commensaux demandent au contraire de l’azote, la culture que l’on obtiendra en partant du cheveu trichophytique dépendra seulement du milieu nutritif sur lequel la semence sera déposée.
Le trichophyton y prédominera sur ses commensaux si le milieu contient beaucoup de sucre et peu d’azote. Ou, au contraire, le trichophyton sera progressivement recouvert dans sa culture par les champignons étrangers, si ces derniers trouvent dans le milieu une quantité de matières azotées suffisant à leur développement.
Que si l’on emploie exclusivement pour une série de cultures trichophytiques, le moût de bière double des brasseurs, qui pour un litre contient jusqu’à 200 grammes de sucre et seulement 3 sr ,§ de matières azotées, on pourra garder et étudier pendant des mois des cultures trichophytiques, toutes impures sans le paraître, et affirmer, comme je l’ai fait, qu’en prenant pour semence la racine du cheveu malade, on obtient uiie culture rigoureusement pure d’emblée.
Mais si ces cultures sont transportées sur des milieux plus azotés, le développement de chacune des espèces conjointes subit une inversion complète, et les cryptogames autres que le trichophyton pulluleront plus que lui.
Ainsi les premiers transferts du trichophyton sur des milieux de culture de composition diverse prouvent d’abord l’existence des associations cryplogamiques dans cette teigne.
Ceci est un phénomène capital, dont l’étude doit précéder toute celle des trichophytons.
Car, aux différences d’aspect les plus tranchées entre deux cultures, l’observateur pourrait toujours s’objecter qu’elles pro~
viennent d’une alliance cryptogamique. Et, de plus, il faut déterminer si les espèces ont ensemble un rôle parasitaire, ou si ce rôle est dévolu seulement à l’une d’entre elles.
| II. — Importance générale du milieu de culture en mycologie.
Nous venons à peine d’exposer deux questions préjudiciellesà l’étude des trichophyties : la question de l’unité ou de la pluralité des trichophytons (à grosse spore), et celle des associations cryptogamiques dans cette teigne; nous venons, en somme, d’aborder, par deux côtés, le problème des trichophyties, et deux fois, le milieu de culture nous est apparu comme ayant dans le sujet une importance inattendue. C’est qu’en effet la composition des milieux de culture dominera toujours toute étude mycologique.
Je voudrais, en quelques mots très généraux, insister sur l 'importance particulière des milieux de culture en mycologie; parce que, d’abord, si beaucoup de mycologues, etRaulinen particulier, ont admirablement mis cette importance en lumière, elle semble avoir échappé néanmoins aux derniers bactériologistes qui ont étudié des champignons.
J’y insisterai aussi, parce que, sur la composition chimique des milieux de culture, s’appuient presque toutes les recherches qui vont suivre.
Jusqu’à présent, en bactériologie, l’importance de la composition des milieux est restée tout à fait secondaire. L’influence de la glycérine sur le développement du bacille tuberculeux est presque le seul fait bactériologique connu dans cet ordre d’idées, tandis que les faits de même ordre, en mycologie, se rencontrent à chaque instant. De ce côté, la bactériologie a donc tout à faire : on peut par analogie penser que le sujet prendra pour elle, dans l’avenir, une importance que personne ne prévoit en ce moment.
A. Port et aspect des champignons en culture.
Au contraire des bactéries dont les cultures ont un aspect à peine reconnaissable, et toujours analogue, même quand il s’agit des espèces les plus différentes, les champignons ont dans les cultures une variété de formes dont la variété des plantes d’ordre plus élevé peut seule donner une idée. Leur port peut être infiniment varié, même pour des espèces très proches. U est spécial et caractéristique jusque dans le détail avec des cercles eon-
LES TRICHOPIIYTIES HUMAINES
centriques, des rayons, des scissures, un aspect velvétique, pelucheux ou aride, poudreux, une forme tourmentée, vermiculaire, ou au contraire géométrique et simple.
La culture des champignons se présente donc avec cette particularité qui la rattache à celle des plantes ordinaires : qu’ils ont à l’œil nu des caractères nets et particuliers et si l’on veut « personnels. »
B. L’aspect des cultures cryplogamiques est lié à la composition
chimique de leur milieu.
Un deuxième fait, corollaire immédiat du précédent, est l’infinie variété de formes objectives que le même champignon peut prendre suivant les divers milieux qui lui sont offerts.
Là encore, la bactériologie dispose de beaucoup moins de ressources. Car, si l’on objecte la forme croûtelleuse des cultures de tuberculose, la couleur chocolat des cultures de morve sur pomme de terre..., etc..., qu’est cela en regard d’une série de trente milieux différents sur lesquels on obtiendra le même champignon avec trente aspects spéciaux et différents, si différents les uns des autres que jamais un bactériologiste ne pourrait croire leur semence d’une origine identique*.
Et surtout, quelle importance grande prend une telle différenciation quand on voit le même champignon, à des mois d’intervalle, redonner sur le même milieu, chimiquement identique à lui-même, une forme spécifique, toujours invariable. Ce n’est plus un milieu qui sert à prouver l’identité d’une mucédinée, c’est autant de milieux que l’on voudra. Et je descendrai même dans le détail : 5 centigrammes d’un sucre ou d’une peptone en plus ou en moins dans un litre de liquide nutritif traduiront invariablement leur présence par des caractères nouveaux du champignon (fig. 41-51).
C. Certains caractères morphologiques des espèces cryplogamiques sont liés à la constitution chimique de leur milieu de culture.
Voici donc pour la forme, pour l’aspect objectif des cultures.
Mais, comme on peut le prévoir, la forme microscopique du champignon, la forme de ses organes subit avec les changements
1. C’est à cause de cette extrême sensibilité des formes cryptogamiques à la composition de leur milieu de culture, que tant d’auteurs ont répété à tort que leur aspect objectif ne pouvait servir à les différencier.
ANALYSE EXPÉRIMENTALE
chimiques du milieu de culture une série de modifications. Tel milieu, très pauvre, exclusivement minéral, je suppose, donne à un champignon la forme de vésicules en chapelets (fig. 143-j 44). Mais un milieu un peu plus riche permettra le développement de tiges mycéliennes régulières ; tel autre ne lui permettra de former que des spores internes, « mycéliennes » (fig. 145-146); tel autre, des formes « contiennes » diverses; tel autre, enfin, lui donnera des spores externes portées sur une tige mvcélienne différenciée.(fig. 138). Et le même résultat sera obtenu invariablement par le même milieu.
On comprend dès lors pleinement, mais seulement quand on a vu et obtenu soi-même ces résultats, la théorie du liquide de Raulin. Si le milieu a dans la culture une si grande importance, nul doute qu’on ne parvienne quand on le voudra à créer de toutes pièces, avec une suffisante patience, un milieu artificiel toujours extrêmement composite qui, pour un champignon donné, fournira, dans un temps donné, la meilleure récolte.
D. Le milieu de culture peut opérer une sélection entre plusieurs espèces cryptogamiques conjointes.
Mais ce n’est pas là encore la seule conséquence pratique que l’on puisse tirer de ces faits.
Les champignons, même les champignons pathogènes, sont rarement isolés dans la nature. Et de même que certaines plantes différentes se rencontrent toujours côte à côte sur les mêmes sols, de même les champignons vivent ensemble, des espèces très diverses se rencontrant toujours conjointes.
Or, ces alliances cryptogamiques créent pour l’observateur une gêne réellement redoutable; elles peuvent obscurcir ses expériences ou tout au moins elles enlèvent aux cultures mixtes la rigueur expérimentale que les cultures pures ont donné à la bactériologie. J’aurai lieu de revenir sur les moyens d’isolement que l’on peut employer pour séparer un champignon de ses commensaux, mais il est facile a priori de prévoir que les procédés mécaniques de dilution employés pour la séparation des bactéries sont presque inapplicables quand il s’agit de séparer des mycéliums entrelacés qui forment un feutrage résistant.
Les milieux avecleurs propriétés actives viendront dans ce cas au secours du mycologue. Certains milieux extrêmement favorables à un champignon ne permettront pas à ses commensaux
LES TftlCHOPHYTIES HUMAINES
de se développer. Ainsi peut-on parvenir à l’obtention de cultures pures, non par des séparations sur plaques, mais par des ensemencements en milieux spéciaux en utilisant le pouvoir électif d’un milieu sur telle espèce cryptogamiquc.
E. Le milieu de culture permet de différencier des espèces cryplogamiques voisines.
Plus l'étude technique des bactéries se perfectionne, plus on tend à croire que les espèces bactériennes, même les plus spécifiques, ont des variétés non réversibles au même type.
Il y a plusieurs tuberculoses; on prouve actuellement qu’il y a plusieurs choléras. Ce qui est encore en bactériologie à l’état d’ébauche, en mycologie est chose prouvée depuis longtemps. On sait l’infinie variété des Aspergillus dont une seule espèce est pathogène. On tend de plus en plus à séparer en espèces diverses les Actinomyces pathogènes. Le même travail se fait lentement pour le Favus. J’aurai à le faire aussi pour le Trichophyton.
Et comment vérifier la pluralité d’espèces cryptogamiques qui peuvent être presque semblablement pathogènes? Par la forme spécifique de leur culture en milieux spéciaux. Et nous verrons comment la chose est possible en cultivant sur un même milieu, chimiquement identique et fait en même temps, des trichophytons de diverses provenances.
Ils se différencieront d’eux-mêmes à l’œil nu sans effort de recherches. Nous sommes loin, on le voit, de la numération des cils des spirilles cholérigènes. Les cultures sériées sur même milieu, en affirmant la persistance héréditaire des signes spéciaux, objectifs d’une espèce, feront la démonstration cherchée. Et bien plus, cette différenciation que donne un milieu, un second milieu la contrôlera, et l’identité des deux résultats donnera la preuve de la preuve elle-même. C’est en observant l’importance du rôle que joue la constitution chimique du milieu dans le développement des champignons qu’on est amené, pour s assurer de l’unité ou de la pluralité des trichophytons à grosse spore, à différencier entre elles ces espèces par leur culture sur un milieu fixe, de composition chimique définie et constante.
Je résume ce qui précède :
Certains champignons inférieurs sont doués d’une sensibilité
ANALYSE EXPÉRIMENTALE 3g
infinie à la composition chimique du milieu sur lequel ils sont portés.
Suivant ce milieu, un même champignon peut varier pour ainsi dire sans limites, quant à l’aspect objectif de sa culture, •et dans des limites très étendues quant à ses formes microscopiques. Et cependant un même champignon sur un même milieu fournit une culture toujours identique à elle-même.
Le milieu devient ainsi le meilleur moyen de différencier, par leur aspect objectif en culture, deux champignons même d’espèce voisine. En outre, il devient un moyen de séparation pour deux espèces mélangées, car, en augmentant la proportion de certains de ses éléments chimiques, on favorisera la culture d’une espèce aux dépens de l’autre.
C’est ce que je montrerai en étudiant successivement :
1° Ce que sont les associations cryptogamiques dans la trichophytie à grosse spore;
2° Comment les milieux permettent l’obtention des cultures pures;
3° Comment les milieux démontrent la pluralité des trichophytons (à grosse spore).
| III. -— Les associations cryptogamiques dans la trichophytie
A GROSSE SPORE
Cette question des associations cryptogamiques est l’une des plus complexes que l’on puisse soulever dans l’état actuel des ■techniques bactériologiques.
Son importance théorique et son importance technique sont considérables ; mais, d’une part, son intérêt pratique est limité. De plus, je n’apporte de solution définitive : ni au problème théorique (car la cause de ces associations dans la teigne m’est inconnue), ni au problème technique (car ma méthode de séparation des espèces n’est pas parfaite). Aussi, et pour cette double raison, restreindrai-je l’étude des associations cryptogamiques dans la trichophytie au simple énoncé des faits eux-mêmes, et les exposerai-je strictement sous forme de propositions successives.
Même en admettant que ces faits offrent peu d’intérêt, ils sont au moins nécessaires pour qu’on n’objecte pas leur absence à ce travail, et aussi, nécessaires à ceux qui voudront les reprendre ou les continuer.
LES TitfCHOPHYTIES HUMAINES
a) Si l’un ensemence directement et par fragments la racine d’un cheveu trichophy tique sur une gélose ou moût de bière pur 1 , on peut presque affirmer que la culture du trichophyton s’y développera avec toutes les apparences d'une pureté absolue, apparences qu’elle gardera indéfiniment.
p) Si l’on diminue la quantité de sucre par une simple dilution, si l’on a pris pour milieu une gélose au moût de bière au tiers, les cas d’impuretés visibles deviendront plus nombreux, mais ils ne dépasseront pas 7 ou 8 0/0. Dans ces cas, sur la vieille culture trichophytique, après cinq ou six semaines d’une pureté en apparence parfaite, on verra paraître un fin duvet d’un blanc pur, limité à un point de la colonie et qui végétera sur place faiblement (fig. 52).
y) Par contre, prenons un fragment de la racine du même cheveu, ensemençons avec lui une gélose au moût de bière, additionnée de peptone dans la proportion de 1 0/0 ou une gélose maltosée à 3 1/2 0/0, peptonisée à 1 0/0, et l’impureté visible de la culture deviendra la règle. Au bout de quelques semaines, la culture, qui aura eu d’abord toutes les apparences de la pureté, sera envahie peu à peu par des touffes de moisissures étrangères, soit duveteuses blanches, soit brunâtres et veloutées, soit plus rarement grises et humides (fig. 53).
S) Enfin, si la culture a été pratiquée sur pomme de terre, la strie trichophytique sera généralement pure trois semaines. Et ordinairement le trichophyton y sera mort 2 , quand sur divers points du milieu paraîtront des touffes disséminées de cryptogames accessoires : blanc duveteux, gris humide, ou brun velouté.
Il importe d’ajouter que ces faits sont pour ainsi dire constants, de règle sans exception, quelle que soit la lésion dont le trichophyton mégalosporon ait été extrait.
1 . Nous notons expressément que le moût de bière double dont nous sommes toujours parti, dans toutes les expériences suivantes, contenait 184 grammes de maltose pour 1,000 et seulement 3 g r ,5 de matières azotées.
2 . Nous avons déjà mentionné ce fait, que les cultures de trichophyton (à grosse spore) meurent invariablement en dix-huit ou vingt jours, sur pomme de terre, alors que leur durée de vie est trois et quatre fois plus considérable sur la plupart des autres milieux.
ANALYSE EXPÉRIMENTALE
B. Réensemencements successifs.
a) Sur gélose au moût cle bière, la culture d’apparence pure, réensemencée après un mois, redonnera une culture identique, et en poursuivant les réensemencements mensuels, on obtiendra en série indéfinie la même culture avec la même apparence homogène et pure.
L’expérience prouve que ces réensemencements diminuent la faculté de reviviscence des commensaux du trichophyton mais sans les tuer. Et même, après douze générations de cultures, en apparence pures, sur moût de bière, on pourra en deux ou au plus trois générations de cultures sur milieux plus azotés faire réapparaître les commensaux du trichophyton restés latents jusque-là.
P) Sur gélose sucrée (maltosée) et peptonisée 1 0/0, les transferts successifs, surtout si on espace les réensemencements, ont un résultat inverse aux précédents. C’est la disparition progressive du trichophyton et la culture de plus eu plus rapide et active de son commensal.
Au bout d’un certain nombre de générations (4-8) le trichophyton aura, en apparence, absolument disparu.
Mais l’expérience prouve aussi que ces réensemencements ont plutôt diminué la faculté de reviviscence du trichophyton qu’ils n’ont altéré sa. vitalité.
Car, même après cinq et six générations de culture en apparence pure du commensal trichophytique, deux ou trois générations de cultures sur milieux très sucrés (gélose au moût de bière pur) feront reparaître progressivement le trichophyton. Et de transfert en transfert la culture reprendra son aspect trichophytique, homogène et pur.
A ces faits, il faut en ajouter un autre, c’est que la durée de vie du trichophyton, même en milieux très sucrés, est moins longue que celle de ses commensaux, et que si on laisse vieillir une culture trichophytique sur gélose au moût de bière, après six mois son réensemencement, sur quelque milieu qu’on le fasse, même sur moût de bière, ne donnera plus lieu qu’à une culture du commensal, ou au moins à une culture visiblement mixte.