SUR LA FETE DES FOUS XXI
mour », celte piqûre de la chair, il était reçu que toute belle femme qui passait par le joug d'hymen avait un amant au lendemain de ses noces. Mais l'esprit et le goût enveloppaient la licence des actes. On voit dans les chroniques du temps, des gentilshommes refuser accointance de plusieurs dames très-belles parce qu'elles étaient idiotes, sans âme, sans esprit, sans paroles. Dans la bonne société, le débordement du langage , non moins grand que celui des actes, était regardé comme relevant encore le charme de la possession. « Si elles ne savent rien dire, elles sont si dessavourées que le morceau qu'elles vous donnent n'a ny goust ny saveur. » Telle était l'opinion émise en pratique galante. Mais, du moins, il n'y avait aucun danger en s'énamourant de la femme d'autrui. C'est ce que prouve la réponse faite par une jeune lilie d'illustre maison sollicitée de répondre au désir d'un de ses serviteurs : « Attendez un peu que je sois mariée, et vous verrez comme sous cette courtine du mariage qui cache tout, et ventre enflé et descouvert, nous y ferons à bon escient. »
Lt^lise,^ était souvent pleine de contradictions, autorisant torités Tés débauches, pourvu qu'elles fussent cachées ; tantôt envoyant ses nonnes auprès de ses vieux prélats, et tantôt les descendant vivantes au fond des in-pacc — fosse ou puits destinés à ensevelir la vestale monastique ayant forfait
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à ses vœux. — C'est là que, sans espoir de délivrance, un être plein de vie se tordait en dernières crispations dans les sourdes entrailles du sol.
A côté de ces barbaries ajoutons encore que ce ne serait pas en se contentant de peindre les nonnains en buste, que l'on donnerait l'expression des débauches ecclésiastiques, qui n'ont pas heurté seulement la beauté faite pour le grand jour. Aborder les joyeusetés cléricales, ce serait presque se trouver sur la grève d'un ruisseau bien caché à tous les regards, oii s'ébattraient de jolies baigneuses dont on entreverrait, à travers les feuillages luisants et découpés, les lignes fuyantes, les charmes secrets sous le transparent manteau des ondes.
La danse était l'un des plus piquants accessoires de la fête des Fous. Au sortir des brandons et deschorodies, la danse jetait les saltatrices. toutes éperdues entre les bras des diacres, des sous-diacres ou diacres soûls.
L'Église conserve, à son insu, toutes les formes voluptueuses des civilisations antiques. Les béatiiications des saints ont leurs ballets ambulatoires. Les prélats, au concile de Trente, dansent avec les dames invitées au festin qui suit le concile. Dans le fameux
ST;R la FETE DES FOLS
bal qui fut donné à Philippe II, roi d'Espagne, en 100:2, Louis, archevêque de Magdebourg « dansant avec les dames jusqu'à la minnict, cheut et Irébuchat à terre si rudement, qu'il se rompit le col et la dame qu'il menait. » On voit relaté, au XVII*' siècle, dans les archives du' collège de la Flèche, (jue les Jésuites directeurs, organisèrent un ballet assez curieux. On y avait représenté l'amour divin inaugurant un pas de deux avec les divinités de l'Olympe. Dans les entreprises sur les cœurs rebelles, le Saint-Esprit appelait à son aide les Naïades, Mor])hée et Vulcain.
On conçoit que, dans les danses de la fête des Fous, le fluide magnétique qui se dégageait de deux êtres emportés par un mouvement identique les conduisait à la plus irritante volupté, au « Sésame ouvre-toi », prononcé victorieusement sur les sens. Que devaient être ces attouchements du prêtre, que la société relevait pour un instant de ses vœux ? Lui qui en arrivait à évoquer, dans ses nuits terribles, la forme charnelle dont la vision dévora la pensée des solitaires, et qui en pétrissait l'argile amoureuse, rien que par la seule force du désir ; quelle profondeur d'ivresse devait marquer ses actes !
Si l'amour a jamais déraciné les chênes, selon l'expression , saphique, c'est bien en ces fanfares de l'Église, où les religieuses entretiennent leurs amants de « beaux et lascifs discours, » ne se gênant pas non