‹ Les triomphes de l'abbaye des ConardsChapitre 5 sur 59 · X([ NOTICE · texte numérisé non relu

X([ NOTICE

l'annello che era niollo ricco e hclJo. — L'évèque épousait Madame, c'est-à-dire l'Abbesse, à laquelle restait l'anneau, qui était fort riche et très-beau.

Au contraire, à l'entrée solennelle de l'archevêque de Rouen, l'abbesse et les religieuses de l'abbaye de Saint-Amand recevaient monseigneur dans une salle de charpente dressée devant le monastère. En cet endroit, la supérieure, revêtue de ses insignes, mettait au doigt du prélat un anneau enrichi d'une pierre précieuse avec cette parole : « Je vous le donne vivant, on me le rendra après votre mort. »

De tout temps, comme on le voit, l'Église a ressenti une attraction haute et puissante pour la femme. Elle l'a chantée par la bouche des poètes bibliques ; elle a tissé des draps de lin pour recevoir la nudité de son corps d'ivoire.

Aujourd'hui, les religieuses sont plus que jamais les descendantes de sainte Gertrude et de sainte Thérèse. Comme Psyché, liancée à un époux invisible, elles ne doivent l'entendre que dans le silence des nuits cellulaires. Est-ce le bord de sa robe qu'elles croient presser enjoignant si fiévreusement les mains? Sont-ce les parfums de sa cheve-

SUR LA FÊTE DES FOUS XIlI

lure rousse dont elles se figurent respirer les émanalions ? Disting'uent-elles le spectre sacré de vTésus debout sur les tabernacles flamboyants ? Enliu croient-elles exhaler dans le sein du beau juif, le dernier soupir d'une àme toute consiunéo par l'amour?

L'Église a des parole d'une profonde et voluptieuse expression : « Mon bien-aimé est en moi, et je suis en lui. » Que peut-on dire de plus, où trouver un trait plus énergique de l'intimitû admise avec Jésus? Les saintes qu'il fascine pourraient décrire ses transports, les colloques qu'il engage avec elles oii il va juscju'à se déclarer jaloux du confesseur qui reçoit leurs aveux. Cet homme pâle, du bourg de Nazareth, dont l'image est offerte nue aux baisers des vierges, a sur elles encore une énergie d'étreinte qui les plonge dans une mer de félicités ardentes, les laissant sous l'action d'un perpétuel mouvement d'amour. A l'approche du Maître divin, à son contact, les religieuses sentent « une incredible » et intolérable volupté qui « lasche les liens de la vie ». Jésus est encore pour elles leur démon, leur génie familier. Toutes, elles ont ressenti sur leur corps « ces douces flammes, ces délicieuses plaies de l'amour, cette mignarde main de Dieu «.

Si nous revenons aux moinesses des XV* et XVI" siècles, d'après Henri Estienne, on voit dans le procès des Jacopins de Berne, « qu'ils furent trouvez faisant grand'chère

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