SUR LA FETE DES FOUS XVII
die; sa juridiction durait une année entière, et la fôtc avait lieu le jour de saint Barnabe, patron de la confrérie, ainsi que le jour des Rogations. Les religieuses et les moines aimaient mieux célébrer les fêtes des saints de cette façon, que de se prosterner devant leurs fossiles. L'abbé parcourait ses États monté sur un âne. Dans l'introduction de cet animal à la fête des Fous, il y avait sans doute une réminiscence de l'âne de Silène. On trouve aussi certains rapport avec YAsiniis vehcns mystcria, dont il est question dans Aristophane. Le chef du cortège, coiffé du coqueluchon vert à houppe ou à longues oreilles, portnit la marotte ou nwnion, insigne de son autorité, et qui prenait quelquefois la forme d'un priape. Il était suivi de sa cour grotesque, aux vêtements faits d'oripeaux bariolés, de devises ou d'images d'une licence provocante.
Dans les mascarades des jours gras et qui relevaient toujours de la société conardique, s'étalaient les habits dissimulés ou dissolus. Revêtus du masque qui offrait des attributs du sexe masculin, ces porteurs de déguisements pouvaient, sans être reconnus, sous les yeux des maris mêmes, posséder leurs femmes. De plus, quelques parties du corps, celles qui sont faites pour être cachées, étaient mises à découvert par ces vêtements.
L'on peut concevoir qu'une fois entrée dans les communautés, la troupe conardante n'avait plus de frein ; quelque chose de sem-
XVlll NOTICE
blable à l'incident qui couronnait les repas des Garpocratiens devait s'accomplir. A un signal donné, les invités des deux sexes se dépouillaient de leur fol accoutrement et dans un tout autre but, on le devine, que celui de se meurtrir la chair comme dans les pénitences nocturnes de Fontevrault.
Le vert dominait dans le costume primitif adopté par les Couards. Emblème de la folie, sa couleur se trouvait semblable à celle que revêt la nature à la venue du printemps. Il y avait, en effet, une piquante aflinité entre la future saison où allaient poindre les feuilles, qui n'était pas sans aiguillonner la fibre sensuelle des hommes, et l'époque du carnaval où l'on entrait, qui lâchait bride à tous les instincts et convoitises.
« Certainement la plus commune voix est qu'il n'y a que le printemps qui esveille les corps et les esprits endormis de l'hyver fascheux et mélancolique ; et puisque tous les oiseaux et animaux s'en réjouissent et entrent tous en amour, les personnes qui ont autres sens et sentiment s'en ressentent bien davantage. » Cette livrée printanesque fut par conséquent synonyme de toutes les fêtes de Conardie.
Lorsque la saison du vert approchait, entre l'espace de temps compris depuis la dernière semaine de janvier « jusqu'au mardy gras suyvant, pénultième jour de février » rien ne pouvait contenir l'impatience des Couards ; les mandataires do l'abbé parcou-
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raient les rues de lloueii en soufflant dans leurs trompes ou cornets.
Les nonnains attendaient la fringante invasion , revêtues de vêtements masculins, ce qui se trouvait être le plus haut degré de licence, comme le prouve l'un des griefs d'accusation formulés contre Jeanne d'Arc pour avoir porté des habits d'hommes. — On peut dire qu'il était tacitement convenu, dans ces réunions : « que là ne seraient reçues, sinon les belles, bien formez et bien naturez, et les beaux bien formez et bien naturez. »
Tout prélat, au XVI'= siècle, devait s'efforcer d'atteindre au portrait qui avait été tracé du moine : «jeune, galant, frisque, dehait, bien adextre, hardy, adventureux^ délibéré, hault, maigre, » — ce dernier trait manque d'exactitude, car la fumée de leur cuisine aurait suffi à les engraisser, — « bien fendu de gueule, bien advantagé en nez, beau despescheur d'heures, beau desbrideur de messes, beau descrotteur de vigiles ; pour tout dire sommairement, vray moyne, si oncques en feut. » Estimant que des vêpres bien sonnées sont à moitié dites, la première page du bréviaire pour eux devait être une belle femme ; la sainte chapelle, les cuisines; et leurs desservants d'autel, la troupe des officiers de gueule.
A côté de cette peinture, il faut accrocher un autre médaillon de religieuse, tel que le décrit dans Rabelais le joli frater fredon.