CELLE QUI GRANDIT
Celle qui grandit
0 vertige jaloux des éléments rebelles 1 0 Tempêtes de feu, vous seules êtes belles Dans ce monde apaisé, sans réveils et san-; cris 1 Sur les silences lourds des cœurs et des esprits, Sur les ricanements imbéciles des foules, Roulez, ô flots sacrés, roulez vos longues houles, Et les sombres appels des bondissants fléaux ! Montez, souffles des vents I tournez, fièvres des eaux, Vastes flux et reflux sur la rondeur du globe 1 Engloutissez Thumanité qui se dérobe A son devoir sacré, magnifique et vivant. D'atteindre à l'héroïsme et d'aller plus avant,
Vers plus de vérité grandiose et d'extase I
— Qu'à ton cri lumineux tout le couchant s'embrase, 0 Mer vertigineuse et grosse d'infini 1
Ouragan, soufTle en feu, triomphe et sois béni, Soulève dans tes bras le monde qui se couche ! 0 foudre, agite au ciel ton noir flambeau farouche, Echevèle tes cris et tes tonnants appels, De tes langues de feu fouille les archipels, Et les sommets brûlants des îles, et les terres Mornes, que la bassesse aux souffles délétères, Courbe dans le réseau du néant et du deuil I
— Oh ! viens, Tempête sombre, exalter mon orgueil, Exalter la puissance altière de mon âme !
Je me voue à tes feux, je me voue à ta flamme, Je me livre entier, prends ma vie et ma foi I Je suis ton hôte valeureux, emporte-moi Vers tes havres sacrés, plein d'un chantant délire ! Qu'avec le noir pétrel, qui danse et qui sait rire, Parmi tes tourbillons et tes rages sans fin, Je jette aussi l'éclat de mon souflle divin, Enfiévré par l'attente auguste du sublime ! Et qu'à mes yeux épris surgisse enfin la cime Qui doit m'extasier dans l'infini des cieux. Près des vastes héros lyriques et des dieux !