LA POSSESSION
La Possession
Tu semblés réternel, ce qui ne passe point.
La rage humaine, ô Mer, peut te tendre le poing,
Tu vas dansante et rugissante et palpitante,
Dans Texaltation de ton vol qui contente
Le ciel démesuré qui s*y mire. Tes flots
Endorment, jamais las, la fièvre des sanglots.
Tu délivres, ô Mer, tu pousses vers la cime,
Et comme dans l'ampleur d'un lyrisme sublime.
Ton vertige sacré, grandiose et jaloux,
Abolit à jamais les limites en nous.
— Ah 1 que ma Nef triomphe aux quatre points du monde
Et que je te possède, ô Déesse féconde,
Mer immense, et t'agite entre mes bras nerveux !
J'égrènerai sur toi l'essaim d'or de mes vœux,
Et je te fouillerai comme une chair mortelle !
Mon vertige est un feu, mon lyrisme est une aile
Qui battra le front clair de tes vagues, qui vont,
Inlassables, comme des rondes que défont
Les ébats exaltants et mâles du vent sombre.
Je te posséderai, Mer aux soufïles sans nombre !
Je serai ton Elu radieux et vermeil !
Je me tendrai sans trêve aux baisers du soleil 1
Je clamerai ta gloire en hymnes magnifiques,
Debout, sur le sommet sacré de tes musiques !
Je prendrai dans mes mains tes feux et tes trésors I
Je serai sous la fougue altière des décors
Que les couchants pourprés tendent sur les cieux calra
Ton conquérant vertigineux, chargé de palmes,
Qui dans l'apothéose éclatante du feu,
Se sent soudainement transporté comme un dieu,
Hors des temps, vers la cime éternelle ou s'éploie
La plénitude de l'orgueil et de la joie !