LE CHEMIN GLORIEUX
Le chemin glorieux
Ah ! mon espoir longtemps résida près des hommes ;
Longtemps malgré Tappel lugubre des Sodomes
Qui beuglent dans la nuit à la face du ciel,
Longtemps j'ai cru trouver le rêve essentiel
Parmi mes frères douloureux des cités basses.
Mais en vain ! Car pareil aux grands cœurs que tu chasses,
0 médiocrité formidable qui tiens
Les meutes d'être noirs qui croulent sans soutiens,
Ayant sapé les dieux et les héros suprêmes,
Je fus traqué, ployant sous le poids des blasphèmes
Que tous ces chiens mauvais me jetaient sur le dos.
J'ai trop subi l'horreur de leurs mornes fardeaux,
La nuit de leur chiourme et le fiel de leur goitre. Et j'ai compris soudain que ne pouvaient point croître Dans cette ombre confuse et basse où tout se meurt, L'héroïsme divin et le verbe sauveur.
J'ai donc marché vers toi, Mer sainte et protectrice.
Mystérieuse et chaste et terrible matrice,
Belle de fécondante et lourde volupté.
J'ai cheminé vers toi retrouver la fierté,
La noble indépendance et l'orgueil magnanime.
J'ai lancé, radieux, ma Nef sur ton abîme,
Mon chemin s'est ouvert sur les flots indomptés ;
J'ai vu l'appel divin et bleu de tes clartés
Monler dans l'air jaloux avec l'éclat d'un rire.
Aussi j'ai soif de ton ampleur, de ton délire,
De ta fougue sacrée et de tes cris hautains.
Dans le bondissement joyeux des clairs matins.
Jaillissant de l'abîme oriental où sombre
La farouche grandeur de la nuit et de l'ombre.
Je dresserai, pointés vers les âpres climats,
Tous mes désirs de feu, mes vergues et mes mâts.
Je chercherai l'Image sainte qui fulgure,
Et riche d'une ardente et céleste envergure.
Si je peux, dans un geste exaltant de beauté,
La fixer à jamais parmi l'éternité,