LA VIVANTE SPLENDEUR
La vivante splendeur
Chante, ô souffle de feu qui gronde dans mon être I
Que la poignante horreur de la Mort te pénètre ;
Non point pour la pleurer, non point pour t'émouvoir,
Mais pour en transformer le terrible pouvoir
En Affirmation et miracles de Vie 1
— 0 Mer, je sais la route éclatante suivie
Par l'essaim de mes vœux, par l'essaim de ma foi.
Qui volent, lumineux et chastes, devant moi.
Je sais la Certitude auguste qui m'enflamme.
La Volonté suprême habite dans mon àme,
Et ses hymnes chantant d'un prestige certain,
Eclairent les sommets jaloux de mon destin.
Vois, ma Nef ne craint point le naufrage et le doute ;
Aux souffles de l'Espoir elle poursuit sa route,
04 AU SOMMbT DE LA TEMPÊTE
Dansante ot lumineuse, et son vaste beaupré
Dans un geste de feu montre le but sacré I
— Vois, au sein de ta force immense qui ruisselle,
0 Mer, sous les assauts du vent qui me harcèle,
En proie aux noirs combats des lourds flots indomptés,
Parmi les bas écueils et les adversités
Que l'aveugle destin suscite sur mes traces,
0 Mer, sur les abois de tes gouffres voraces,
Qui s'ouvrent longuement sur mon passage et font
Un bruit mystérieux et noir où tout se fond,
Où tout se dissémine ou s'efface, complice,
Noyé dans la grandeur féroce de ta lice,
0 Mer vertigineuse où vont les flots béants,
Vois, je n'ai jamais dit sous tes lourds poings géants,
La parole mauvaise ou le doute qui pleure.
J'ai crié : c Va, tournoyé, ô Navire, et demeure !
Brisé soit, rompu soit, mais sous le vaste ciel,
Où gronde le jaloux combat universel,
Ne jette point le cri de la détresse lâche !
Va, c'est l'orgueil puissant et noble, c'est ta tâche
D'affronter les fléaux surhumains ! C'est ton vœu
D'étreindre dans tes bras le Miracle de feu,
De saisir la Puissance, et sur l'ardent abîme
De conquérir enfin la Chimère sublime,
Au torse étincelant de fièvre et de clarté,
Et sur son dos de feu d'atteindre à la Beauté ! »