‹ Les triomphesChapitre 23 sur 37 · LA FERVEUR SUPRÊME · texte numérisé non relu

LA FERVEUR SUPRÊME

La ferveur suprême

Tous mes désirs sacrés s'ébattent sur Teau folle.

Oh ! que ma Nef joyeuse et sainte y caracole I

Oui, va, puissante et fîère, et marche sans broncher;

L'éclair mystérieux bientôt viendra toucher

La pointe de tes mâts qui plongent dans le rêve.

Déjà Taube suprême et magique se lève.

Saluant au lointain dans un geste vermeil,

Tous tes vœux triomphants qui vont vers le soleil,

Casqués d'azur et valeureux, rêvant de gloire,

Et s'étendant, féconds, hors de la sphère noire

Où croupissent les êtres vains chargés de nuit.

— La cohorte des vents s'échevèie avec bruit.

L'ouragan dresse au loin sa face menaçante.

Va, ma Nef ! va, ma Nef ! sois la rude passante, Terrible, qui semblable au fougueux destrier, S'exalte et s'échevèle en entendant crier Les fauves combattants qui hennissent dans l'ombre. Va, ma Nef, et triomphe avec joie ou bien sombre, L'orgueil vermeil claquant à la pointe des mâts. Et ta proue exaltante, où tous les noirs climats Ont laissé le frisson tragique de leurs fièvres, Ta proue, où la Gorgone exalte et tend ses lèvres. Vers tous les infinis mythiques entrevus, Ta proue, ayant brisé enfin les bas refus Que les flots furieux éployaient autour d'elle, S'enfièvre et, lumineuse et pourpre comme une aile. Avant de s'enfoncer au sein du gouffre amer, Vibre, et semble un soleil qui descend dans la mer.

OÛlÊ^

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