‹ Les triomphesChapitre 3 sur 37 · III. — L'Imploration · texte numérisé non relu

III. — L'Imploration

Mais j'ai fui, j'ai marché vers des routes plus hautes,

Vers toi, Mer, dont les flots viennent battre les côtes,

Où sommeille la race obscure des vivants ;

J'ai pénétré, jaloux, loin des lieux énervants

Où tout rêve se souille, où toute âme culbute.

— 0 Mer que tout bénit, ô Mer que tout répute,

0 Mer, Mer éternelle où tout vient, où tout sort,

Exalte ta furie, enfièvre ton essor.

Dépasse la hauteur de tes falaises mornes,

Gonfle ta voix, rugis pleine d'horreurs sans bornes,

Brise les rocs sacrés qui te brident les reins.

Elève vers les cieux tes volcans souterrains.

Lâche tes ouragans, tes foudres et tes trombes.

Et sur la terre basse et froide où sont les tombes,

Sur la terre souillée et noire de venins.

Sur les veules troupeaux anémiques des nains.

Sur la terre où la foi semble à jamais tarie.

Où la boue est la reine, où l'ombre chante et crie,

0 Mer, gouffre insensé plein d'ardentes fureur». Mer éclatante, 6 viens sur le troupeau d'erreurs, Sur le troupeau de nuit, sur le troupeau des bétes, Lancer les vols foujçueux des suprêmes tempêtes, Etouffant dans leurs plis tous les impurs abois; Et lorsqu'enfin, 6 Mer, la dernière des voix Qui beuglent sous la face inquiète des nues, Se taira dans l'ampleur des forces inconnues, Alors, ô Mer chantante, ù Mer au front d'azur. Délivrée à jamais du fiel d'un monde impur, Tu ne connaîtras plus dans ta course éternelle Que le baiser joyeux de la brise, que l'aile Radieuse du vent qui bat l'air indompté. Et le vaste reflet chantant des nuits d'été.

iT^^

Page 1