I. — La Consolatrice
Viens, je te verserai le philtre qui réveille ! Je suis Tamante insigne, et mon geste émerveille. J'enseigne la beauté des Dominations.
La semence de feu germe dans mes sillons ; L'extase qui grandit au-dessus de soi-même, Flotte dans la fureur de ma fougue suprême. J'attire dans mon sein les Poètes, épris Du grandiose attrait qui pousse les esprits Vers les rudes combats faisant l'âme plus large. Les noirs clairons des vents fougueux sonnent la charge,
Et mes flots indomptés boDdissent pleins d'attraits. Viens et tu n'auras plus de peurs ni de regrets! Les cris des impudents et les bassesses viles Qui croupissent dans l'ombre inquiète des villes, S'effacent dans l'ampleur de mon abîme amer.
— 0 Poète, je suis la Mer, la grande Mer, Et la Consolatrice et la Vierge-Déesse.
Je communique à mes amants la folle ivresse
De mes flots, casqués d'or et nimbés de splendeurs.
Moi seule ici, la Fauve, aux sombres profondeurs,
Je saurai consoler ton âme magnifique.
Je verserai sur toi mon délire olympique ;
Les cris rauques des vents, les trombes, les fléaux
Sacrés de mes pouvoirs immenses, sans rivaux,
Exalteront ta fougue ardente et créatrice;
Et je serai pour toi la féconde matrice,
D'où jailliront sans fin les vertiges sacrés.
— Loin des abois jaloux des peuples exécrés, Loin de ce bruit liideox des âmes dans les haines, Comme un lion royal qui jette enfin ses chaînes, Qui rompt ses nœuds de fer et brise ses liens, Dans le vertige fou des veuts aériens
Qui tournent sur la face excessive du globe.
Moi la Mer radieuse et la rude et la probe,
La Créatrice grandiose d'infini.
Je souillerai pour toi le vertige béni ;
Je te prodiguerai ma richesse superbe.
Folle, j'augmenterai la force de ton verbe