ORPHÉE SOLAIRE
La terre magnifique assoupie en sa force, Phoibos Apollon qui fait craquer l'écorce Des arbres quand paraît son vertige puissant. -^ Et, sous l'afflux divin qui lui gonfle le sang, Sous le désir verbal qui le pousse et Tanime, Vers Phoibos le dieu, vers l'azur, vers la cime Où scintillent la fougue héroïque et Tardeur, Orphée, ivre de foi, débordant de splendeur. Tend à l'immensité suprême, en son délire, L ampleur majestueuse et sainte de sa lyre, Qui semble, dans le jour excessif et vermeil, S'enchanter et frémir sous les doigts du soleil.
BISIJOTHUCA
ORPBÉE STELLAIRE 101
Orphée stellaire
Vers nous, lui disaient-ils, pourquoi ne viens-tu pas?
Et les hommes gisaient dans les gouffres d*en-bas,
Où toute chose grande et divine s'écroule.
— Mais Orphée allait loin des sentiers où la foule
Vit dans l'obscurité de ses désirs malsains.
« Descendre, non î plus haut vont mes exemples saints;
Qu'ils se guident sur eux et s'élèvent de l'ombre.
Moi j'ai fui ce qui ment sur terre et ce qui sombre,
J'ai vu dans l'infini mon idéal sacré,
Et vers lui, pantelant et fort, j'ai pénétré.
Toujours plus ivre de ma fougue triomphale.
Le souffle de Tesprit m'a jeté sa rafale
Et transporté, joyeux, dans son essor divin,
J'ai marché loin du piètre et morbide ravin
Où Thomme plein d'ennui traîne des jours sans rêve;
Et j'ai subi le feu puissant qui vous soulève,
Et vous force à monter vers le but radieux
Où brille l'auréole immortelle des Dieux.
J'ai toujours délaissé tout ce qui vous abaisse ;
J'ai plané, chaleureux, sans seconde et sans cesse,
Exaltant dans mon cœur le verbe de ma foi.
J'ai crié : « J'irai seul s'il le faut !... » Plein d'émoi,
J'ai fait vibrer ma lyre aux portes du mystère,
Toujours en haut, jamais en bas près de la terre,
Cherchant le rêve auguste, âpre, et tendant la main
Vers l'absolu prestigieux et surhumain.
Je me suis surmonté sans relâche en mon âme;
Et j'ai voulu tenir l'impérissable flamme,
Le souffle fulgurant et pourpre du brasier
Qui vient tout agrandir et vous extasier
Loin de la foule veule accroupie en son bouge.
J'ai saisi le flambeau sacré du soleil rouge ;
Et, palpitant, suprême, insigne, audacieux.
Sondé tout l'infini planétaire des cieux ;
Pris la foudre exaltante, et dans l'azur superbe,
Possédé la cadence implacable du verbe
Qui tient le monde vaste et le mène à son but.
ORPHÉE STELLATRE 103
— Hommes qui croupissez dans la fange au rebut, Venez, nous chanterons avec les sphères saintes I
Nous n'aurons plus de maux, d'ennuis ni de contraintes ! "Et le regard tendu vers l'âpre éternité, Nous boirons, loin de l'ombre et de la vanité, Loin de la haine affreuse et du mal qui dévore, Le fier enthousiasme aux lèvres de l'aurore 1
— Orphée est un exemple auguste à méditer. Il vient pour conquérir, il vient pour exalter, Pour chanter l'eurythmie éclatante du monde, Il est la certitude, il est la voix qui gronde Et clame la beauté de l'univers vivant 1
Il monte aventureux comme un soleil levant, Ivre de plénitude intégrale et d'espace, Et jetant, lumineux — parmi le temps qui passe, Rapide, dans son vol immense de vautour — Le cri d'espoir, le cri de foi, le cri d'amour. »
Ainsi parlait Orphée en son langage austère.
Et sous sa chaude voix lumineuse, la terre
Féconde palpitait et buvait ses accents.
Tout se taisait au fond des lieux arborescents.
Les ruisseaux chuchotaient moins fort au sein des mousses»
Et sans heurts, sans abois paniques, sans secousses,
Les bêtes, comme un fleuve échappé dans la nuit.
Frénétiques d'espoir, marchaient derrière lui.
Les choses s'exaltaient soudain à son passage ;
Il allait comme un dieu portant le saint message
De la lumière surhumaine du destio.
Parmi l'ombre, il mettait la foufçue du matin,
Montant auréolé des guirlandes solaires.
Les notes de sa voix chantaient douces et claires,
Et révélaient au cœur des êtres endormis
L'illumination chaste des buts promis.
Le monde paraissait se complaire à l'entendre;
Il agitait le roc, il réveillait la cendre ;
Et les monstres massifs, pleins de fauves abois,
Quittaient pour ses accords l'hymne confus des bois.
L*univers s'enchaînait à son vaste prodige;
Et partout battait l'aile ardente d'un vertige,
Semblant dans Tombre louche, aux fiévreuses torpeurs,
Essaimer les exploits et combattre les peurs.
Les hommes tournoyaient dans la liesse lyrique;
Les êtres les plus bas, pris d'un frisson magique,
Se sentaient exaltés par ce souffle de feu;
Et la brute criait soudain : je crois au dieu I
Il était, dans la nuit du monde où tout s'écroule,
Une affirmation divine sur la foule ;
Et sur la vaste paix des êtres assoupis.
Pareil au moissonneur aux mains pleines d'épis,
Il jetait les accords de sa lyre féconde.
Riche de tous les dons mystérieux du monde.
— Orphée 1... Et ce nom saint vibrait dans l'air léger.
Il leur semblait à tous comme un dieu passager
Descendu des pays extasiés du rêve.
Pour leur montrer la cime ardente où tout s'achève,