LA RONDE DES MUSES
La Ronde des Muses
Graves sous la clarté sereine des nuits blondes,
Toutes les Neuf chantaient et déroulaient leurs rondes
Dans la clairière en fleurs, au fond du bois sacré.
Le vent se balançait, mollement enivré
Par le rythme divin et sage de leur danse.
Le murmure des soirs leur versait sa cadence,
Et dans lesbrouiliards bleus qui voltigeaient dans Tair,
Plus pudique et voilée apparaissait la chair
De leur cou diaphane et de leur face blanche.
— Les astres sur les monts croulaient en avalanche,
Mais comme un doux regard essoré du réel,
Le charme de la lune imprégnait tout le ciel
140 LES TniOMl'IlES
D'une candeur auguste et pleine de mystère,
Descendant jusqu'en bas réconforter la terre.
Et les Neuf Sœurs dansaient et, se tenant les mains,
Elles semaient, sans trêve, au hasard des chemins,
Leur grâce juvénile et leur sainte allégresse.
Leur calme chant joyeux extasiait la Grèce,
Et partout, des vallons aux coteaux, dans le soir,
Tissait le chaste voile apaisé de l'espoir.
Leur mélodie errante enveloppait la plaine.
Et, légère, chassait Morphée aux pieds de laine,
Qui d'un geste confus, vague et toujours pareil,
Fermait déjà ses yeux embrouillés de sommeil.
Le mystère éternel descendait sur le monde ;
Et souvent dans l'ampleur de la forêt profonde.
On entendait la voix du rossignol pieux
Frémir, et lentement s'illuminer des feux
Stellaires que les Sœurs exhalaient autour d'elles.
Oh ! comme elles semblaient toutes avoir des ailes I Leurs bras émus, leurs bras languissants et nacrés, Harmonieux, venaient en des gestes sacrés. Enchanter la nuit brune assoupie en son rêve ; Leur sein, comme un flot bleu qui palpite et s'élève, Était plein du frisson jaloux de l'infini ; Leur grâce était suave et leur hymne béni ; Et leur ronde vivante, onduleuse et rythmique, Déroulait dans le soir son charme syraphonique.