LE CHANT DE LA SIRÈNE
— Oh I lorsque dans l'éveil pudique de mon âme, Pour la première fois ton jeune chant de flamme S'y déploya léger, séducteur et subtil,
Comme l'appel d'Eros dans les langueurs d* Avril, Je sentis tout à coup quelque chose se fondre En moi-même, et ta voix paraissait y répondre. Comprendre le secret paisible de ma foi. Et me dire : « C'est vrai, viens te mirer en moi ; Je suis la douce Muse enivrante qui vibre ; J'attouche dans ton cœur passionné la fibre Douloureuse et lyrique où pleure ton espoir ; Je suis la sainte voix qui parle dans le soir ; Je suis dans les frissons des lacs poudrés de lune, Dans Tivresse des champs et de la forêt brune, Je suis le rêve immense et le rythme obsesseur. Ta reine et ta déesse, et ta vierge et ta sœur.
— Poète, viens chanter nos noces éternelles ! Le monde t'appartient, et je t'ai mis les ailes Palpitantes de feu, les ailes du désir.
Pour tout goûter, pour tout savoir et tout saisir. Tu m'as donné ton âme et je t'offre la mienne, Prends-là, je suis l'amante el la magicienne ; J'embellis, je parfume et verse chaque jour Des trésors de lumière et des philtres d'amour. Ivre, je tiens en mains la cymbale divine ; Le souffle de la vie exalte ma narine. Et je passe au milieu de vos inimitiés Dansante et lumineuse, et des ailes aux pieds. »
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0 Poésie auguste où mon rêve s'engouffre, Tu fus plus que cela pour mon âme qui souffre ! Tu me versas Tespoir, tu me rendis meilleur, Tu mis au fond de moi Tattrait supérieur Qui pousse, extasié, vers la sphère idéale ; Tu fus pour moi la pure et céleste rafale, La divine folie au regard poudré d'or ; Tu chantas dans mon âme avec la voix du cor ; Je goûtai tout le charme exaltant de ta bouche, Et je passai des nuits suaves sur ta couche. Enlaçant tes beautés et bénissant tes feux, Et me noyant dans l'or bruni de tes cheveux. Constellés de parfums, de roses et d'étoiles.
— Dévot, je soulevais Tinfini de tes voiles, Et tes secrets émus se livraient à mes mains ; Je buvais près de toi les philtres surhumains Qui jettent l'âme éprise en l'extase des rêves.
Les heures, à tes pieds, les heures coulaient brèves; Mais sous l'attrait puissant d'un vertige exalté, Elles valaient pour moi toute une éternité.
— J'étais l'Elu pieux de tes noces mystiques,
Tu me livrais l'Anneau ; et tes doigts prophétiques Me montraient, hors de Tombre où gît l'être animal, Les sommets palpitants et clairs de l'idéal.