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LE CHANT DE LA SIHÈNE

Où s'essorent les vœux des poètes qu'enfièvre

Ce besoin d'absolu dont le monde les sèvre.

— Tu fus pour moi la paix, l'amour et la ferveur ;

Tu donnas à ce monde infirme la saveur

Des fruits miraculeux du beau jardin mythique;

Tu me révélas tout, soudaine et magnifique ;

Tu coloras mon cœur, tu dévoilas le ciel,

Et sur tous les objets tu fis couler le miel

De ta lèvre enivrante et de ton regard chaste ;

Tu me rendis fidèle, épris, enthousiaste,

De toutes les splendeurs du jour et de la nuit ;

Tu me livras la terre heureuse comme un fruit ;

Tu décuplas ma vie, et tu m'éclairas l'âme

De ta torche de feu, qui brûle etvous enflamme,

Et vous porte à jamais, loin du morne chemin,

Vers la cime où parait l'idéal surhumain,

Où l'être, délivré des choses de ce monde,

Comprend dans la nuée implacable et profonde,

Le langage des cieux extrêmes et des mers.

— Oui, lu vins me grandir, 6 déesse aux yeux clairs 1 Mon sang battit plus fort dans l'ampleur de mes veines, Tu brisas mes liens lugubres et mes chaînes

Et les fers qui tenaient tous mes membres liés ; Et regarde à présent j'ai des ailes aux pieds, Et par toi je m'enfuis de l'ombre coutumière !

— Poésie, oui, tu fus l'incroyable lumière,

178 LES TRIOMPUES

La révélation divine elle flambeau !

Tu m'as rendu le ciel plus vibrant et plus beau,

Plus riche de tes dons, plus vaste de ton rêve I

Tu fus le souffle mâle et saint qui vous soulève,

La tempête de feu qui gronde dans le soir !

Tu fus l'amour, tu fus l'ardeur, tu fus l'espoir.

Et la lyre héroïque, et l'extase et l'ivresse I

Pour toi j'ai combattu rempli de hardiesse,

J*ai dit : « J'irai toujours, je ne descendrai point !.,. »

J'ai passé sur le monde ému, la lance au poing,

Conquérant enflammé, magnifique, invincible,

Qui prend tout l'univers prestigieux pour cible ;

Argonaute sacré qui veut la Toison d'or,

Et qui vibre et s'exalte au milieu du décor

Solaire où toute vie unanime poudroyé.

— Tu m'as donné le rêve ineffable et la joie,

Tu m'as donné la fougue épique des héros ;

Par toi j'ai débrouillé le funèbre chaos

Des choses sous l'accent magique du délire ;

Tu m'as fait m'esclaffer dans un éclat de rire.

Et la cymbale au poing, superbe et triomphant,

Bondir comme un soleil au travers du couchant.

Sous ton souffle j'ai dû me remplir la poitrine De toute la lumière ardente et purpurine ; Pour m'assouvir j'ai dû m'abreuver d'infini. Et de tout ce vertige inflexible et béni

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