LA MEK
J'effacerai pour toi les craintes et les maux ; Dans ton lyrisme fier je souillerai les mots Qui fulgurent, jaloux, dans l'ampleur des poèmes ; J'exalterai pour toi tous les hymnes suprêmes Qui grondent dans le sein rauque des ouragans; Jeté déchaînerai les vents, tous ces brigands De l'incommensurable abîme et des tempêtes. L'éclat mystérieux de mes noires trompettes Qui sonnent ia diane infernale des tlot'=;, Augmenteront l'ardeur de tes fauves sanglots, Roidis dans ton poème ainsi qu'un pic déglace. Plus que les monts casqués d'azur, où l'aigle passe. Compagnon radieux des fulgurants sommets, Plus que les firmaments qui n'arrêtent jamais La course de leurs feux et de leurs nébuleuses, L'étincelant combat de mes vagues houleuses Et de mon infini magnifique et changeant, Oii le soir vient mirer ses étoiles d'argent, Oii le soleil de feu baigne son lourd quadrige, Te verseront Tardent et génial vertige, Qui met au cœur de l'homme illuminé le vin Rendant plus valeureux, plus fort et plus divin.
IL — L'EXALTATRICE
Tu seras ce qui vibre et danse et s'extasie. Je mettrai dans ton chant ma rude poésie.
Je te rendrai le chantre audacieux des mers, Mon vertige de feu remplira tes yeux clairs, Et dans l'envol sacré des trombes et des nues, Tu bondiras avec les forces inconnues.
— Courage donc, Poète au cœur chargé d'espoir I Quitte le bégaiement maudit d'un monde noir ! Fuis loin de la bassesse aveuglant l'âme humaine ! Tu seras Roi, la Mer te livre son domaine I
Je t'appelle, sois grand, magnifique et sois fort ! J'ai plus de volupté que l'amour et la mort, Tu connaîtras par moi les extases rebelles, Et tes heures sans fin, tes heures seront belles î
— Viens, j'ai gréé pour toi le Navire vainqueur. Son allégresse sainte enflammera ton cœur, Son galop radieux sur mes larges abîmes
Te versera le vin des vertus magnanimes.
Les vents, ivres d'espace immense et de clameurs.
Les vents seront pour toi les sauvages rameurs
Qui pousseront ta Nef vers l'amplitude auguste.
A l'avant, j'ai dressé, superbe comme un buste,
Un idéal de foi, de flamme et de beauté ;
Et dans l'éclatement de ma neuve clarté,
Que jamais rien ne souille et qne rien ne dévaste,
Tu salueras la vision ardente et vaste,
Qui d'un geste de feu, splendide et sans pareil,
Viendra t'auréoler de gloire et de soleil.
Le Poète
Les conquêtes neuves
Ecœuré des bas-lieux où l'homme suit sa norme, J'ai dressé sur ton sein, Déesse, 6 Mer énorme, L'ampleur de mon désir immense et surhumain. Oui, qu'importe à jamais ce qui sera demain, J'affronte ton abîme et j'appelle ton gouffre. — Lassé de ce néant où tout gémit et souffre, Lassé de la bassesse et du rêve mesquin, Et des lâches pensers qui pèsent sur chacun, Dans ce monde infamant où la bêtise est reine, 0 Mer, j'attends le souffle ardent qui vous entraîne
2î AU SOMMET DE LA TKMi'^ITK
Dans lo bleu tourbillon jaloux de tes flots clairs. Oui, qu'il vienne et m'emporte au bout des univers, Qu'il soulève à jamais ma Nef pleine de réves ! Que pareil aux rameaux des Automnes sans sèves, Ta tempAle de feu me fasse tournoyer.
Dans ton gouffre éclatant d'ardeur comme un brasier î
— SouHlez, noirs tourbillons des abîmes de l'ombre Que mon rêve hautain s'extasie ou bien sombre, Mais qu'il aille, qu'il monte au bleu zénith ardent ! Neptune, ô Dieu des Mers, viens planter ton trident Dans l'absolu divin que j'ai voulu pour cible !
Mer, gonfle-moi d'ardeur, rends ma Nef invincible 1
Je suis las des combats venimeux, du néant,
Il me faut l'infini de ton goufl're géant,
0 Mer qui contient tout, ô Mer aux flots de moire,
Qui reflètes le ciel constellé dans sa gloire !
— Elève-moi sur l'orgueil fou des flots sacrés ! Fais-moi fuir à jamais les peuples exécrés. Dormant dans leur sanie infamante et leur crasse ! Que je sois ce qui monte et plane, et se dépasse I Que ma fougue s'enfièvre aux vertiges du vent ! Que j'aille lumineux et toujours plus avant,
Vers un sommet de gloire pourpre et d'héroïsme î
Lassé de Thorizon obscurci du sophisme, Vers qui marche le monde en son piètre désir, Je veux ton amplitude, ô Mer, je veux saisir
L'absolu de ton gouffre et ta profondeur sainte f*
Tempête aux mille bras, prends-moi dans ton étreinte I
Viens, viens m'écheveler, tourbillon de la nuit I
Que je sois ce qui brûle au sein de ce qui fuit I
Que dans le fauve aboi des tourmentes je jette
L'appel inassouvi de Tâme du poète I
Qu'aux longs rugissements des flots, qu'au rut brutal
Delà trombe volant dans un bruit de métal,
Je mêle enfin, terrible, héroïque et superbe,
La frénésie auguste et divine du Verbe !
Que ma voix s'échevèle avec les flots, avec
L'ouragan, noir vautour harpaillant de son bec
Les nuages de feu couvrant le ciel de cuivre I
J'ai dormi dans la nuit humaine, fais-moi vivre,
0 Mer, ô Rédemptrice, ô Guerrière au front pur I
Fais-moi boire le rêve extasiant l'azur I