PRÉFACE. XVII
Paradis, l'honorait comme une élue, conversait avec elle en vision ; il aspirait à la rejoindre dans l’Éternité.
Tandis qu'il donnait cette matière lumineuse à la seconde partie de ses poèmes, il entreprenait parallélement une sorte d'épopce pour y développer le roman de sa vie sous une forme beaucoup plus vaste. Cette épopée du poëte lyrique s'appelle : Les TRIoMPHES.
Le point de départ des TRIoMPHES est le dessein d'honorer la dame aimée; leur occasion : une vision, — sujet très familier à l'époque, — et une vision de l’autre monde, comme la Drvine Comédie, avec des groupes, des rencontres, des dialogues ; — la forme, la #rza rima.
Quant au plan de ce grand poëme, soyez assuré que Pétrarque n'en arrêta pas, dès le début, la conception avec certitude. Il paraît bien clair qu'il est parti sans savoir au juste jusqu'où il voulait aller, ni par quels chemins.
Quoi qu'il en ait pu penser, il reste dans ses TRIoMPHES le poëte lyrique des Sonnets et des Chansons. Il a eu ce poème devant lui vingt ans, et plus. Il y a travaillé, on peut dire, jusqu'a son dernier soupir. Le dernier Triomphe, celui de l'Etermité, le plus beau peut-être, le plus manifestement inachevé, nous est resté, — (c'est le seul), — écrit, daté de la main du mourant. Nul doute que s’il eût vécu, il eût continué à remanier et à retoucher, ainsi qu'il le faisait depuis vingt ans. Eût-il donné alors une forme définitive ? — Qui sait ? — Jamais peut-être !
Nous avons devant nous un grand poème inachevé, ce qu on pourrait appeler (avec un peu d’exagération) une effu-