XVIII PRÉFACE
sion lyrique quotidienne. C'est là ce qui explique certaines obscurités, redites, pauvretés d'expression, qui plus d’une fois frapperont le lecteur. Mais il sentira aussi la beauté toute spéciale de cette improvisation continuelle, de cette incessante retouche. Rien dans la poésie ne présente un caractère aussi merveilleusement spontané.
Il est facile de voir, chemin faisant, les modifications progressives du plan et de la forme même. Par exemple, si l'influence de Dante se marque au début, les réminiscences de la Divine Comédie deviennent, à mesure qu'on avance, plus rares.
Et l’on remarquera aussi que la figure du triomphe romain s'éloigne de plus en plus. On ne voit l’image complète du cortège triomphal que dans le- Triomphe de l'Amour et celui de la Renommée. Dans les autres, l’idée de triomphe ne reparaît plus que fugitivement.
La Pudicité est un combat, suivi d'un court triomphe. Le Temps est une scène mythologique, très pittoresque, et satirique, avec des discours vraiment plaisants. L’Érernité est une vision apocalyptique où la philosophie a grande place.
Un des plus délicieux morceaux des TRIOMPHES est celui où l’idée de triomphe a disparu tout à fait, pour faire place a des scènes intimes : la mort de Laure, — et cette apparition, où, dans une singulière confidence posthume, la Dame révéle à son amant l’état de son âme au temps de leurs lointaines amours. C'est une merveille.
Cependant, tels que nous les avons devant nous, et tels que le poëte nous les a laissés, les T'RIOMPHES ont un sujet général :