‹ Les triomphes, traduitsChapitre 12 sur 28 · PRÉFACE. XIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XIX

l’histoire morale du poète, de ses amours, de sa poursuite de la gloire, de sa conversion, de son désir du ciel; — c'est en même temps l’histoire de l'humanité. Comme Dante nous a dit l’histoire de sa propre âme, avec celle de l’âme humaine, ainsi Pétrarque est amené à faire.

Les TRIOMPHES sont classés suivant une suite logique et logiquement enchaînés, comme il suit :

L'Amour triomphe de l’homme.

La Pudicité triomphe de l'Amour.

La Mort triomphe de la Pudicité, — car elle abat toutes les âmes, pures ou impures, dans la même sombre égalité. De la tête de Laure, elle arrache un cheveu d’or.

La Glotre triomphe de la Mort; — elle survit à la Mort, et elle croit lui survivre à tout jamais. Il semble qu'elle va défier la course séculaire du Soleil.

Le Temps triomphe de la Gloire, — car le Soleil, un moment dépassé, multiplie ses efforts, et double la ration de ses chevaux, pour mener son char à la poursuite des fameux de ce monde, et les abattre enfin, mieux que la Mort ne l'avait su faire, dans une égalité plus absolue.

L’'Éternité triomphe du Temps.

Les cinq premiers triomphes se sont déroulés sur la Terre, le sixième au Paradis, où, parmi les anges et les élus, Pétrarque aperçoit sa Dame, qu'il aspire à suivre, victorieuse de la Mort et du Temps, dans la Gloire éternelle.

J'ai dit comme il est peu probable que ce plan ait été conçu dès le début. Il dut se former et s’amplifier devant les pas du poète, au fur et à mesure qu’une nouvelle matière se présen-

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tait à lui. Dans ce cadre en tous cas, il n’eut pas le loisir de ranger définitivement fous les chapitres en un ordre certain en leur donnant une forme définitive.

Sans entrer en aucun examen critique, je dois faire savoir au lecteur quel texte j'ai suivi et quel ordre j'ai observé. Car il pourrait lui arriver de prendre en main telle ou telle édition italienne, et d’y trouver, à sa surprise, des variantes fréquentes, et bien plus, des changements dans l’ordre des chapitres. J'espère que le lecteur voudra bien s’en remettre a moi; mais il aimera trouver ici cependant une briève explication : le texte des T'RIOMPHES n’a pas reçu partout la derniere main de l’auteur. Il y a de nombreuses variantes, toutes intéressantes, puisqu'elles viennent toutes de Pétrarque. Elles se trouvent réparties entre les nombreux manuscrits des TRIOMPHES que possèdent les Bibliothèques. Nombreux, — certes! Le succès des TRIOMPHES a été si extraordinaire ! Des copies en ont circulé en quantité vraiment invraisemblable.

Un savant allemand, Carl Appel, a donné, ces dernières années, l'étude la plus complète sur le texte des TRIOMPHES : il a vu 400 manuscrits; 1l en a exclu 148 comme dénués d'intérêt, et en a examiné 252, suivant des méthodes tellement minutieuses que les tableaux annexés à son livre ressemblent à des tables de logarithmes.

Fallait-il toute cette algebre pour fixer un texte ? Peutêtre. En tous cas, il faudra toujours en user, si l’on veut tout savoir sur les divagations du travail de Pétrarque. Sans aller cependant jusque là, nous devons retenir ceci, qui est certain : pour une partie notable de son œuvre, le poëte nous a laissé plusieurs textes. Or, je ne pouvais pas entreprendre ici la traduction de plusieurs textes; j’ai donc fait mon choix, me

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