‹ Les triomphes, traduitsChapitre 2 sur 28 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

philosophie morale. Nul homme du passé n’est plus difficile a connaître que Pétrarque. C’est tout un monde que sa vie, un monde que son esprit.

Pour donner, par comparaison, quelque idée de cet esprit et de cette vie, de Pétrarque humaniste, érudit, moraliste, politique, pénitent, sur combien de grands hommes ne faudrait-il pas diriger les regards ? — C'est, si l’on veut, Erasme, c'est Montaigne, c'est Augustin. Je dirai presque encore : c'est Lamartine. Et si je voulais trouver un autre homme de lettres qui ait exercé sur l'Europe une monarchie intellectuelle pareille, je devrais encore ajouter : c'est Voltaire.

étude de Pétrarque est comme une science. On a été en Italie jusqu'a nous appeler des Pétrarcologues. L'expression est pédante et l'on en sourit. Ce qu'elle désigne n'est pas sans quelque réalité.

Mais il est un poëte, et un poëte italien. C’est à quoi je voudrais penser un peu. Pour pénétrer tout le sens des poètes, il faut les commenter! Sans doute. Mais pour les aimer, il faut les lire, — quand on peut.

Peut-on lire Pétrarque? Il y a dans le passé bien des poètes qu'on peut à peine lire, — triste chose ! — dont les vers ne sont plus qu’un sujet d'étude érudite, tant différent entre eux et nous la langue et la pensée. Pour Pétrarque, rien de semblable. Sans doute quelques-uns de ses vers ont vieilli; d’autres se sont obscurcis. Presque tous ont gardé une étonnante fraîcheur. Je dirai plus : beaucoup nous appartiennent, et sont de notre temps, ou à peu près. À chaque moment, on y retrouve quelque sentiment commun avec le romantisme du xix° siècle : passion, douleur, mélancolie, amour de la nature, désespoir, mort, repentir, élan mystique. |

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