‹ Les triomphes, traduitsChapitre 4 sur 28 · PRÉFACE. XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XI

Je prie les lecteurs des TRIOMPHES de se bien persuader que Pétrarque est un poëte lyrique. Il est lui-même le sujet de sa poësie. Il a conçu de sa destinée une image poétique, qui lui représente la vérité et l’unité de sa vie morale. Et il l’a exprimé en vers inspirés. Les accidents complexes et agités de sa vie ont tous leur place dans ses poèmes ; mais il a, si jose dire, tout centralisé en une seule histoire sentimentale. On découvre, en lisant, toute la suite de cette histoire, — dirons-nous : de ce roman, au sens d’aujourd’hui? A peu près. — Lamartine a dit : « Le roman d’une « grande âme ! » En construisant ce « roman », Pétrarque ne faisait assurément que se conformer à une tradition des poètes ses prédécesseurs.

Cette histoire est-elle absolument conforme à la réalité des choses ? C’est encore la un sujet de discussion érudite. Pareille enquête est le supplice posthume qui attend tout poète lyrique, et dont les autres poètes ont moins à souffrir. Le lyrique prétendant tout dire, il est naturel que l’érudition veuille reconnaître s’il a vraiment tout dit. Elle a besoin de savoir, et elle finit par savoir. Ce qu’elle sait a son intérêt, mais n'a rien à voir avec la beauté poétique. Le vrai poëte lyrique se crée un monde où 1l se meut, libre et sincere. Pour lui ce monde est le seul vrai : il est la vérité même.

C’est Platon qui jadis a enseigné cela, dans un merveilleux discours, dont j'ai le bonheur de pouvoir citer quelques lignes, grâce à M. Paul Girard, qui m'a fait l'amitié de les traduire pour moi. Îl est possible que Platon y ait mis quelque ironie, comme c'était sa coutume quand il parlait des poètes. Mais il y a si bien exprimé cependant le sens

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