‹ Les triomphes, traduitsChapitre 5 sur 28 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

vrai de la beauté poétique qu’on ne saurait concevoir un plus excellent prologue à la lecture d’un lyrique. (La Comtesse de Noailles y a pris l’épigraphe d’un de ses livres).

Socrate parle :

« Tels les corybantes ne sont plus en possession de leur « raison lorsqu'ils se livrent à leurs danses, tels les poëtes « lyriques cessent de la posséder, quand ils composent leurs « admirables chants. Des qu’ils abordent le son et les rythmes, « un délire les saisit. Et, comme les bacchantes, dans leur « égarement, puisent au cours des fleuves le miel et le lait, — « ce qu'elles sont incapables de faire, une fois rentrées en « elles-mêmes, — ainsi l’âme des poètes lyriques fait vérita- « blement ce qu'ils disent qu’ils font.

« [ls nous parlent, en effet, de fontaines qui répandent du : « miel, de jardin des muses, de frais vallons, où ils vont, « butinant comme les abeilles, voltigeant eux aussi, et d’où «ils nous apportent leurs vers. Et ils disent la vérité ! Car « le poète est chose légère, ailée et sacrée, et il ne peut rien « faire, sans que le dieu qui le pénètre l’exalte et lui fasse « perdre la raison. Tant qu'il n’est pas dans cet état, notre « homme est incapable de faire des vers et de vaticiner. Ce « n'est pas dans ses connaissances qu'il puise toutes les belles « choses qu'il débite (comme toi, quand tu dissertes sur « Homèére), mais dans une inspiration divine. »

Il faut obéir à Platon, et suivre, sans discuter, le poëte dans son inspiration divine. Nous le suivrons et le croirons, car « Jes poètes disent la vérité. » Je laisse là mes livres. Et, comme il s’agit ici de lire des poèmes d'amour, je prends

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