PRÉFACE. ° XIII
pour mon usage ce vers de notre énigmatique Mallarmé :
Mes bouquins refermés sur le nom de Paphos !
Je ne les rouvre pas. Je ne veux lire que le poète !
Mais encore, peut-on lire, en France, un poëte italien, un des plus délicats? — A cette idée, Carducci s’exclamait : « Comme si, disait-il, les étrangers pouvaient arriver à le « comprendre, sans savoir, de la langue italienne, bien plus « qu'il n’en faut pour comprendre Dante ! » — Je persiste cependant, car dans le même volume, le même Carducci voulait bien me compter au nombre de ceux qui ont compris. Mais comprendre est une chose, et traduire une autre.
C’est en parlant justement de Pétrarque, que Joachim du Bellay, qui l’aimait, défait, des le xvi° siècle, les traducteurs : « J’ose bien dire que si Homère et Virgile renaissant « avoyent entrepris de le traduire, ils ne le pourroyent « rendre avecques la mesme grâce qu'il est en son vulgaire « toscan ! » — Homere ou Virgile sans doute : il faudrait se méfier ! — Mais un humble et consciencieux travailleur, épris de. poésie, pourra peut-être en donner quelque idée. Chaque morceau qu'il croira pouvoir tourner en français, y perdra cgrtes, en lui-même, « cette grâce » qui ravissait du Bellay : mais on tâchera de le mettre à sa place et l’encadrer dans un si beau tableau, de l'invention du poète, que cette beauté emportera tout.
Je les « tournerai » le plus exactement que je pourrai. Être littérale n’est pas toujours pour une traduction la qualité maîtresse : c’est quelquefois, dit-on, la manière d’être infdèle. J’en demeure d’accord, s’il s’agit de langues éloignées