ACTE PREMIER
LEENA
Je n'en sais rien; je ne veux pas le savoir. Ce que je sais, c'est qu'il y a à Paris une nuée de maris qui sont séparés de leurs femmes. Voulez-vous que je vous en cite dix mille?
ALPHONSE
Quand je serais séparé de ma femme, est-ce que je t'aimerais davantage?
LÉENA.
D'abord, ce serait une preuve que vous m'aimez véritablement, et ensuite...
ALPHONSE
Ensuite?
LÉENA.
J'aurais un bras à la sortie du spectacle; vous viendriez au Bois avec moi dans ma voiture... Croyez-vous donc que ce n'est pas blessant d'être ainsi toute seule toujours et partout?
ALPHONSE
Mais pourquoi n'exiges-tu pas que M. de Chérancé t'accompagne?
LÉENA.
Je n'ai le droit ni le désir de rien exiger de lui. Je lui appartiens, il ne m'appartient pas; il n'est pas mon amant, ce n'est pas comme vous...
Tu te fâches! tu as tort.
LÉENA.
Vous ne dites que des sottises.
ALPHONSE
Lesquelles?
LÉENA.
Allez- vous m'obliger de les répéter?
ALPHONSE
Eh bien, changeons de conversation... Quelle idée as-tu pu avoir de mettre ton appartement à louer?
LÉENA.
Il est inhabitable... il n'y a pas de dégagements; il est trop honnête...
ALPHONSE
Alors, comment l'as-tu pris?
LÉENA.
Impertinent! Tenez! vous n'êtes qu'un ingrat! vous ne méritez pas tout ce que je fais pour vous.
ALPHONSE
Que fais-tu?
LÉENA.
Vous me le demandez! d'abord, je m'expose à ce que Lucien rompe avec moi, s'il apprend que...
Mais tu m'as dit cent fois qu'il n'était pas jaloux.