‹ Les trois amants, pièce en deux actesChapitre 17 sur 89 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LEENA

Je n'en sais rien; je ne veux pas le savoir. Ce que je sais, c'est qu'il y a à Paris une nuée de maris qui sont séparés de leurs femmes. Voulez-vous que je vous en cite dix mille?

ALPHONSE

Quand je serais séparé de ma femme, est-ce que je t'aimerais davantage?

LÉENA.

D'abord, ce serait une preuve que vous m'aimez véritablement, et ensuite...

ALPHONSE

Ensuite?

LÉENA.

J'aurais un bras à la sortie du spectacle; vous viendriez au Bois avec moi dans ma voiture... Croyez-vous donc que ce n'est pas blessant d'être ainsi toute seule toujours et partout?

ALPHONSE

Mais pourquoi n'exiges-tu pas que M. de Chérancé t'accompagne?

LÉENA.

Je n'ai le droit ni le désir de rien exiger de lui. Je lui appartiens, il ne m'appartient pas; il n'est pas mon amant, ce n'est pas comme vous...

Tu te fâches! tu as tort.

LÉENA.

Vous ne dites que des sottises.

ALPHONSE

Lesquelles?

LÉENA.

Allez- vous m'obliger de les répéter?

ALPHONSE

Eh bien, changeons de conversation... Quelle idée as-tu pu avoir de mettre ton appartement à louer?

LÉENA.

Il est inhabitable... il n'y a pas de dégagements; il est trop honnête...

ALPHONSE

Alors, comment l'as-tu pris?

LÉENA.

Impertinent! Tenez! vous n'êtes qu'un ingrat! vous ne méritez pas tout ce que je fais pour vous.

ALPHONSE

Que fais-tu?

LÉENA.

Vous me le demandez! d'abord, je m'expose à ce que Lucien rompe avec moi, s'il apprend que...

Mais tu m'as dit cent fois qu'il n'était pas jaloux.

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