ATTAQUE DES FORÊTS
Les angles saillants de la lisière sont les points naturels de l’attaque.
Nous supposons que nous avons à notre disposition quelque artillerie de fort calibre. Elle battra ces points et nous marcherons sur eux à la baïonnette , tandis qu’une ligne de tirailleurs attirera l’attention et le feu de l’ennemi.
Dès qu’un de ces points sera pris , nous nous y établirons; ce serait le comble de la folie que de pousser au delà, et de l’attaquer aveuglément.
L’artillerie bât ensuite les points principaux d'approche et fait taire le feu de l’ennemi.
Ces points sont souvent plus faciles à enlever que la lisière du bois, lorsqu’elle est bien défendue par d’adroits tireurs.
Sur tous les points dont nous nous emparons, nous plaçons quelques pièces légères pour donner de la force à notre position défensive ; car l'attaque d'une forêt offre tour à tour des périodes offensives et défensives.
L’emplacement des batteries ennemies présente encore un point naturel d’attaque.
En effet, la présence de l’artillerie indique celle des routes, et c’est sur les routes que marchent les colonnes , quand notre artillerie a forcé les batteries ennemies à rétrograder.
Or donc, si nous enlevons ce point , nous prenons la ligne de feu ennemie en flanc et en arrière, ce qui l’obligera de se retirer.
Une fois maîtres de la lisière , la forêt tombera bientôt en notre pouvoir.
Il est nécessaire que la poursuite ne soit pas trop précipitée. A cet effet , des sections d’artillerie avancent sur la route, appuyées à droite et à gauche par un corps de tirailleurs.
Les colonnes d’infanterie sont soutenues de la même manière sur leurs flancs.
En supposant que le feu augmente d’un côté , nous pouvons soupçonner une fausse attaque.
Les attaques les plus redoutables sont celles dont le feu est faible et qui convergent davantage vers > nous.
Il est de règle de tirer aussi peu que possible sur le front d’une attaque , même sérieuse ; mais on doit la prendre en flanc vigoureusement ; souvent alors il arrive que les détonations font craindre à l’ennemi de se voir tourné, et qu’il abandonne à bon marché une position très-favorable. Néanmoins , on 1 •
n’attaquera pas , sans nécessité , à la baïonnette , un ennemi placé dans une forte position ; dans ce cas , notre feu d’artillerie et de mousqueterie redoublera sur le front , pendant que, par une attaque de flanc, menée aussi discrètement que possible, nous essaierons de le tourner.
La cavalerie suit l’infanterie sur les routes princi-
paies à une petite distance, de manière toutefois à pouvoir, au besoin , se jeter en dehors du chemin ; mais elle ne doit pourtant pas en être assez rapprochée, pour que son voisinage augmente la confusion, si l’attaque venait à échouer. Lorsque l’ennemi se retire , la cavalerie se lance à sa poursuite , secondée par l’artillerie.
Ainsi que nous l’avons déjà dit, l’artillerie stationne sur les grandes routes; autrement, elle risquerait de se perdre , ou de tomber dans des terrains impraticables.
Nous avons supposé, d’ailleurs, que nous possédions de l’artillerie de fort calibre, afin d’ouvrir les approches à nos troupes et de détruire les défenses de l’ennemi.
Cependant l’ennemi étant en pleine retraite , elle ne le suivra pas de trop près; et de plus , elle n’emmènera pas avec elle ses caissons qui intercepteraient la route à la réserve.
Les pièces légères marchent par sections avec l’infanterie , parce qu’en général il n’y a pas assez d’espace pour de larges formations.
Nous avons déjà fait remarquer que la direction d’un combat dans une forêt est très-difficile.
Les signaux de communication sont très-usités; non-seulement nous ne devons jamais marcher au hasard, mais encore nous devons nous rallier et nous reformer de temps en temps, particulièrement dans les chemins de traverse, de façon que si l’en-
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nemi tourne autour de nous, il puisse rencontrer des obstacles dans nos dispositions.
Dans un combat en forêt, il arrive très-souvent que le feu cesse tout à coup : c’est un indice que nous avons perdu toute trace de l’ennemi, ou qu’il emploie quelque stratagème.
Les signaux de communication deviennent alors fort utiles; car, jusque-là, la direction du feu était notre seul guide.
Dans cet ordre de combat , nous ne devons jamais engager plus de troupes qu’il n’est nécessaire , afin de tenir nos réserves sous la main.
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Une région accidentée ne mérite pas le nom de . montagneuse : on doit seulement lui donner cette qualification, lorsque les inégalités de terrain ont assez d’élévation et d’étendue pour changer le caractère • d’un pays par rapport à la configuration , à l’agriculture et aux communications.
Un pays montagneux n’exige pas seulement une nouvelle tactique , mais il réclame impérieusement des dispositions stratégiques spéciales , et eelui qui voudrait appliquer rigoureusement à la guerre de moutague les règles de la guerre en plaine , compro-
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mettrait infailliblement le succès de ses opérations.
Les montagnes appellent (l’abord une étude générale de leur conliguration naturelle, d’où l’on déduit de nouvelles combinaisons stratégiques. En second lieu, une tactique appliquée à chaque district en particulier, relativement à la hauteur et à l’accès- . t ' sibilité des montagnes elles-mêmes.
On fera remarquer :
1° Que la rencontre d’une chaîne de montagnes induit souvent un général en erreur, v Une des plus fréquentes est d'être séduit par ce que l’on appelle la guerre de cordon (t).»
Oh a cru pendant longtemps que , pour défendre une contrée montagneuse, il était indispensable d’occuper tous les postes qui paraissaient tenables; mais ces postes sont innombrables , et tous sont , en • apparence, susceptibles d’ètre défendus; il faut en juger autrement lorsqu’il s’agit d’une attaque sérieuse.
Quiconque essaie d’occuper tous ces postes , se trouve engagé dans ce qu’on nomme, ainsi que nous venons de le dire, la guerre de cordon.
(\) On entend par cordons des détachements répartis sur un . terrain étendu et ouvert, susceptible' de permettre une. transmission de signaux. Les troupes y sont destinées à protéger par leur position, soit un cantonnement, soit uu corps, soit un pays. Klles stationnent en plus grande force sur les points pénétrables et exposés. (Général Bardiu, D ,c de l’armée de terre.) (Trad. franç.)
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Le grand problème à résoudre est de savoir restreindre avec prudence l’étendue de la ligne dans ses propres limites. Celui qui veut trop entreprendre n’aboutit à rien ; c’est un axiome qui ne trouve pas d’application plus fréquente que dans la guerre de montagne. Toutes les chaînes de montagnes ont une certaine similitude de conformation.
Les points de rayonnement auxquels se réunissent les angles des vallées . peuvent être regardés comme un centre d’où partent tous les coups.
Chez quelques nations , on a prétendu qu’il était nécessaire de prendre position sur la principale chaîne, pensant que de ce point on peut lancer des forces dans toutes les directions. *Vv „ *&•
La liberté d’action est la première chose à désirer ; mais l’importance d’une position ne dépend pas de son plus ou moins d’élévation au-dessus d’une vallée.
Il peut être bon de s’établir au point de jonction des différentes chaînes, si les pionniers peuvent assurer lescojnmunications, quoiquel’on doivese rappeler que la guerre en offre peu d’exeçiples , et que la trop grande pente des montagnes, même les moins hautes , s’oppose souvent à ce genre d’opération ; ce serait donc une grave erreur de déclarer que le centre des hauteurs est un point stratégique , parce q'u’il a Je commandement et qu’il réunit les différentes
2° Les différentes chaînes de montagnes sont séparées par des vallées plus ou moins-larges.
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Chaque chaîne a son principal cours d’eau , el quelquefois plusieurs cours, comme, par exemple, dans les Alpes. Les vallées secondaires sont parallè- • les , transversales ou diagonales , par rapport à la vallée principale.
La difficulté des communications dépend, le plus ordinairement, de la séparation des vallées, et, par conséquent, on ne peut, à cet égard, prescrire aucune règle générale.
3° Quelquefois les eaux coulent avec la rapidité des torrents et inondent leurs bords. Ces circonstances rendent précaires les opérations dans les montagnes ; car un ruisseau qui ne présente aucun obstacle aujourd’hui, peut être impraticable demain.
D’après cela , nos dispositions doivent toujours être basées sur des opérations isolées, et non sur la coopération d’un grand nombre de colonnes qui seraient exposées à rencontrer des difficultés imprévues.
4° Il arrive généralement que les hautes montagnes sont couvertes de forêts presque impénétrables.
On les rencontre ordinairement à mi-côte; mais le froid qu'on ressent dans ces régions élevées est contraire à toutes les opérations militaires.
Les forêts offrent certainement plus d’avantages pour la défense que pour l’attaque; néanmoins, la rupture des routes et la construction des abatis sont 'plus faciles en théorie qu’en pratique.
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5° Tout le système de communication est changé ; dans les montagnes les routes deviennent plus rares que dans les plaines.
Les vallées offrent, presque seules, des moyens de communication. La jonction dos vallées dans les montagnes peut se comparer à la jonction des roules dans les plaines. Cependant, dans l'Erzgebirge saxon (1) , les routes sont tracées sur le sommet des montagnes.
• Il faut donc apporter la plus scrupuleuse attention à l'établissement des communications dans les montagnes. A la guerre, le succès dépend de ce principe.
La pénurie des roules nous force à resserrer le front de nos opérations, en raison de l’impossibilité des communications entre les colonnes. La possession des routes est donc de la plus haute importance, et, comme le dit à ce propos l’archiduc Charles: « C’est dans les vallées que nous trouverons les « routes nécessaires au transport des troupes et des « munitions. » 11 faut prendre les vallées pour être maîtres des montagnes, et les montagnes parce qu’elles commandent les vallées (2).
6° La subsistance des troupes est [dus précaire dans les montagnes que dans les plaines, parce que
(1) L’Erzgebirge (c’est-it-dire montagnes au minerai) est une
haute chaîne de montagnes entre la Saxe et la Bohême, et au N.-E. de la Bavière. ( Trad . frane.)
(2) Campagne de 1799 en Allemagne et en Suisse, par l’archiduc
Charles, t. 1", p. 94. (Trad. franç.)
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d'abord l’agriculture y est moins répandue et que, de plus, le transport des munitions rencontre plusde difficultés dans les premières que dans les dernières.
L’établissement des magasins est donc un point d'autant plus important que, vu l’extrême difficulté du transport des approvisionnements , les opérations trop prolongées restent sans résultat ; celles qui ne durent que peu de jours et qui permettent au soldat de porter avec lui ses propres munitions , doivent donc être préférées. Nous pouvons encore invoquer à cet égard le témoignage de l'archiduc Charles qui dit : « Que l’occupation des hautes montagnes par « les armées régulières ne doit pas durer longtemps, « parce que le transport des munitions nécessaires « deviendrait impossible (t). »
Ce transport des munitions par la cavalerie et l’artillerie, présente réellement tant de difficultés, que l'on doit réduire au strict nécessaire le contingent de ces armes dans ce genre d’opérations.
7° L'effet du tir est plus limité dans les montagnes.
La plupart des coups plongeants sont sans effet ; c’est ce qui explique pourquoi certaines positions , réputées imprenables , sont souvent enlevées. La baïonnette est dans ce cas la reine des armes.
Le tir seul produit peu de résultats.
Une attaque hardie, qui serait téméraire en plaine, décide souvent de la victoire dans les montagnes.
(1) Campagne de 1739, déjà citée.
(Trad. franç.)
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En raison du peu d'espace , il ne doit entrer en ligne qu'une faible partie d'artillerie ou de inousqueterie. A proprement parler, leur intervention ne joue qu’un rôle très secondaire dans l’enlèvement du point attaqué.
Ces considérations prouvent la nécessité d'accoutumer les troupes à l’emploi de la baïonnette. Dans la guerre de montagnes, la hardiesse et le mépris du danger et des obstacles décident la victoire beaucoup plus que le feu de la mousqueterie ou que la canon- ' nade.
On rencontre cependant quelquefois dans les montagnes des positions où il serait très-imprudent de déployer un front d'attaque.
8' Les règles pour le maniement des troupes dans les plaines ne sont pas applicables dans les montagnes.
Ainsi, dans la plaine, on ne pourrait songer à déployer une ligne de tirailleurs qui ne serait pas fortement appuyée, tandis que, dans les montagnes, cette ligne assure souvent le succès.
9° Les saisons ont aussi une plus grande influence dans les montagnes que dans les plaines.
Citons encore ici l'archiduc Charles : « Le mois « de mars, dit-il, est le plus favorable à une attaque « dans la guerre de montagnes, parce que le froid « n’est pas assez intense dans les vallées pour para- « lyser les mouvements des assaillants; tandis qu’il « est presque insupportable aux défenseurs , retran-
Montagnes.
« chés sur les hauteurs et privés de chauffage ou « d’abri. De plus, les neiges glacées facilitent les « moyens de traverser en masse les ravins et les ro- « chers que l’on serait presque obligé de franchir en « file après le dégel (1). »
DÉFENSE
Dans les montagnes on est souvent tenté d’occuper tous les débouchés; mais cela occasionne une division des forces. -
L’ennemi peut se montrer plus nombreux qu’on ne le supposait devant chacun de ces détachements ; il les battra, et la perte de ces postes isolés entraînera celle des montagnes.
D’un autre côté, si ces postes sont inoccupés, l’ennemi atteindra son but sans combattre.
Ceci prouve que la défense des montagnes offre de grandes difficultés et que l’attaque est infiniment plus facile (2)
(1) Campagne de 1799, déjà citée. (Trad. franç.) ' *.
(2) « Celui qui prévient son advtrsaire par une offensive doter- ,
« minée, restera toujours maître du champ de bataille et finale- *.
« ment du théâtre de la guerre, ■» ... . ' ” '
(Campagne de 1799, en Alhmagne et en Suisse, par l'archiduc >- * W
Charles, t. 1 er , p. 100.) (Trad. franç.) *• n.
LES -TROIS ARMF.S. C 4 •!
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82 MONTAGNES
Nous allons examiner deux systèmes différents de défense dans les montagnes; mais, au préalable, nous poserons comme premier principe :
« Que la défense des montagnes, au lieu d’être « trop passive, doit, autant que possible, se combi- « ner avec les mouvements de l’attaque. »
« D’après l’archiduc Charles, dans la guerre de « montagne, la force attaquante a un tel avantage « sur les défenseurs, qu’on ne peut établir aucune « comparaison entre eux. Depuis le combat des « Therinopyles jusqu’aux guerres de la révolution, « dans les Alpes, les Pyrénées, la Suisse et le Ty roi, « l’offensive a toujours éu la supériorité (1).