DEUXIÈME SYSTÈME
Le principe fondamental de ce système est de tenir sous sa main la masse des troupes sur un point central, et de marcher h la rencontre de l’ennemi, dès que ses intentions sont connues.
Afin de s’instruire plus promptement de ses desseins, on place quelques détachements en avant; et, comme dans les montagnes l’insuflisance des communications offre des difficultés pour appuyer ces détachements, ils doivent être assez forts pour agir séparément et résister à une première attaque de l’ ennemi.
La principale difficulté est donc dans le choix du point central que doit occuper le gros de l’armée. Dans ce but, on pousse en avant sur chaque roule des détachements proportionnés à l'importance de la ligne; détachements qui ont pour mission d’occuper le terrain et de le défendre avec énergie.
On suppose que le général en chef possède sur le véritable point d'attaque des renseignements précis que les postes avancés sont spécialement chargés de lui fournir.
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Aussitôt <jue la véritable attaque est dessinée, le corps principal se porte en avant et bat l’avant-garde ennemie que l’on ne peut supposer devoir lui résister.
Si, au contraire, d’après le système précédent, le corps principal est resté en position, l'ennemi aura trouvé le temps de réunir ses détachements, et, en marchant sur notre position centrale, il la prendra en flanc et en arrière.
C’est là le plus grand danger, et c’est pour cela qu’il est de rigueur de marcher à la rencontre de l’ennemi jusqu'au point où nous n’avons plus rien à craindre pour nos tlancs.
La position centrale du gros de l’armée est en A.
Aux points B, C et D, sont des détachements assez loris pour résister énergiquement.
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Maintenant, il y a deux cas à considérer :
1° Admettons que l’ennemi s’avance en masse et force notre détachement en C, nous poussons notre corps principal en E, et faisons reculer en A nos détachements B et D qui forment actuellement la réserve.
Si les routes conduisant en B et D n’ont pas de communications latérales et que l’ennemi s’ébranle en une seule masse, les détachements en B et D ne sauraient mieux faire que de se replier ainsi en A.
D'un autre côté, s’il existe des communications de ce genre, les troupes placées en B et D, agissant sur les flancs, prennent l'offensive, soit sur les flancs, soit sur les derrières de l’ennemi, dès que la chance du combat en E s'est déclarée en notre faveur.
2° Si l’ennemi s'avance en plusieurs colonnes, les détachements en B, C et D résistent vigoureusement : nous poussons en avant le gros de nos forces sur une des routes, par exemple, de E en C, ce qui nous donnera infailliblement l'avantage sur la colonne isolée.
Les autres colonnes de l’ennemi ne sachant comment agir, se retireront généralement dans leurs premières positions.
Si nous restons établis en A, nous subissons de grandes pertes en B, C et D, et l’ennemi avance en A où ses colonnes se rallient. Il nous prend en flanc sur ce point, ce qu’il n’aurait pu exécuter en E. Ceci prouve de nouveau que dans la guerre
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de montagne, rien n’est plus vicieux qu’un système exclusif de défense.
De plus, si nous renforcions également les trois détachements B, C et D, il en résulterait un engagement qui, probablement, ne déciderait rien.
En un mot, une attaque partant d’un point central est l’unique moyen de défendre une position dans les montagnes.
Après avoir repoussé l’ennemi et porté en avant quelques troupes légères pour démasquer le terrain, nous pouvons ressaisir notre première position et recommencer celte manœuvre, jusqu’à ce que l’ennemi soit réduit à un système défensif.
En 1796, Bonaparte défendit les Alpes tyroliennes exactement d'après ce second système. Il laissa l’ennemi s’avancer tranquillement par les vallées renfermées entre le Tyrol et la Carynthie, et alors, d’un point central , il les battit trois fois à Castiglione (1), à Arcole (2) et à Rivoli (3). L’année suivante, les Autrichiens voulant défendre les mêmes montagnes contre le même général, en se maintenant dans la position qu’ils avaient choisie, furent battus sur tous les points. Enfin, le général Laudon commença un mouvement offensif du côté de Bri.xcn, par la vallée de l’Àdige, et si l’attaque avait été plus
(1) Casliglione, juin 1796.
(2) Arcole, 15, 16 et 17 septembre 1796.
(3) Rivoli, I l janvier 1797.
(Trad. franc.)
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énergique, les Français auraient sans doute été battus.
D’après l’autorité de l’archiduc Charles, «c’est une « faute capitale de rester en position dans les mon- « tagnes, et d’attendre l’attaque d’un ennemi qui a « eu le temps de réunir ses forces, avec lesquelles il « peut vous assaillir de tous côtés; d’autant plus « que les positions dans les montagnes, même sur la « principale chaîne, ont le désavantage d’ètre trop « étendues, et que les crêtes, généralement rocail- « leuses et interrompues, ne permettent pas de « manœuvrer. Par conséquent , lorsque nous pre- < nons une position et que nous plaçons nos réserves « au point de jonction des routes, nous ne devons « pas agir ainsi dans le but de défendre ces points; « mais afin de nous ménager le choix des lignes « suivant lesquelles nous pourrons agir contre l’en- « nemi, dès que l’instant favorable sera arrivé. » Lorsque l’ennemi menace notre flanc, il est préférable de se former dans la vallée plutôt que sur les hauteurs, pour deux raisons :
1° Parce que l'ennemi , occupant les hauteurs , commence sur la vallée un feu qui produit peu d’effet, tandis que nous prenons à découvert nos dispositions pour la retraite.
2° Quand l’ennemi s’avance des hauteurs dans la vallée, nous n'aurons affaire qu’à ses tètes de colonnes; les défilés et les accidents de terrain devant nécessairement retarder la marche de son arrière-garde.
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Si des sentiers latéraux communiquent des hauteurs dans la vallée, ils peuvent, au moment convenable, faciliter un mouvement offensif qui soit couronné de succès.
Toujours selon l’archiduc Charles : « Celui qui « tente de tourner un flanc, s’étend en cercle. « D'une autre part, celui qui est tourné, a ses forces « concentrées et peut, conséquemment, avoir l’avan- « tage sur chaque point d’attaque. »
Nous pouvons citer comme exemple, Lusignan à Rivoli (i).
En admettant que ces attaques de flanc aient un grand effet, nous pourrons facilement leur faire face, si elles sont entreprises par de petits corps de troupes ayant des routes difficiles à franchir. Ces détachements risqueront en outre d’étre arrêtés et coupés.
ATTAQUE
Des observations précédentes nous tirerons cette, conclusion que , dans la guerre de montagne , il faut généralement préférer une attaque à un système exclusif de défense.
(I) Général autrichien pris par Masséua, avec le corps d'annéo ipi'il commandait, le H janvier 1797, (Trad. franç.)
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ni
L’attaque dans les montagnes a beaucoup d'ana- • logie avec celle qui s’opère sur un terrain entrecoupé : c’est-à-dire que nous avançons jusqu’à une certaine distance par des routes différentes, tout en tenantsurl’uned’ellesnotrecorps principal et sa réserve.
Si l’ennemi conserve la défensive, nos colonnes franchissent tout ce qui peut faire obstacle, jusqu’à ce qu’elles se réunissent au point de jonction des routes où se concentrent toutes les forces et où commence l’affaire générale; mais si l’ennemi s’avance par une des routes, tout dépendra de l’exactitude des données que nous aurons sur le principal point d’attaque : nous devrons, dans ce cas, renforcer les troupes ainsi exposées, et jeter des détachements en 1 arrière ou sur le flanc de l’ennemi ; c’est l'unique moyen de lui faire abandonner son mouvement offensif.
Lorsque nos colonnes d’attaque suivent le cours des vallées, elles doivent détacher des flanquenrs dans les montagnes, afin que l’ennemi ne puisse pas inquiéter leur marche.
En règle générale, il est bon de tromper l’ennemi sur la véritable ligne d’attaque, et de ne s’avancer à sa rencontre qu’avec une force supérieure : la nature du pays nous fournira au besoin les moyens de prolonger son ignorance, relativement à nos véritables intentions.
Lue attaque de flanc peut donner ici un résultat important, parce que la vue est circonscrite; mais
Digitiz
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. ses effets sont bien plus concluants encore , si elle est entreprise parle gros de nos forces; tandis que si nous attaquions de front, l’ennemi conserverait tous les avantages provenant de la première prise de possession du terrain , tels qu’abatis, rupture des routes, etc.
Ce qui favorise principalement notre attaque de flanc, c’est qu’elle laisse l’ennemi dans l’incertitude sur l’état de nos forces, et qu’au moment critique, il se trouve arrêté dans le mouvement de sa réserve.
Cette attaque de flanc doit être appuyée par une altaque de front. Cependant, il ne faut pas croire que l'ennemi attachera une assez grande impor- ■* tance à une attaque de flanc, pour se retirer immédiatement, bien qu’il sache parfaitement qu’il court »'• grand risque d’être détruit, si le corps qui le tourne arrive avant lui au point de retraite.
11 est d’une extrême importance, dans la guerre des montagnes, d’attribuer le commandement des détachements à des officiers dignes de confiance : en effet, la direction générale des opérations est très-difficile, et la nature du terrain s’oppose à une rapide appréciation des fautes commises, de même qu’aux moyens de les réparer.
Dans cette occurrence, une prompte initiative décide très-souvent de la victoire. Nous pouvons citer l’exemple de Bonaparte à Rivoli (1).
(1) 13, 14, 15 el 16 janvier 1797. ( Trad . frai if.)
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La témérité n’a jamais tant de succès que dans . , . un pays entrecoupé et particulièrement sur les *•
hautes montagnes où il ne peut y avoir que des combats partiels, dans lesquels la surprise et la réso- lution paralysent les forces de l’ennemi.
Ceci confirme encore l’immense supériorité de l’offensive sur la défensive, dans les guerres de mon- . * ; v tagnes. Ce qui, en plaine, pourrait être considéré ' - • •
comme imprudent et blâmable, devient ici avanta- • *’ geux.
L’attaque d’une vallée principale présente de * grands obstacles , et nous nous tromperions étran- - . v gement en supposant qu’une attaque isolée par l’une • ' des vallées latérales nous conduiraitau butdemandé : une telle attaque peut être assimilée à la sortie d’un ‘ \
défilé (ce qui n’est pas toujours chose facile), et il ne , . • faut l’envisager que comme un accessoire combiné avec le mouvement de la principale colonne. '
On est beaucoup trop disposé, dans la guerre de montagnes, à attacher une importance exagérée à la possession des crêtes; on oublie que, de ces points, * . 1 •
. l'effet du tir est amoindri, quoiqu’on puisse , dans
certaines circonstances , tirer parti de ces hauteurs * . '.
contre une attaque à la baïonnette. . " • ■ ’
Résumons les remarques précédentes : ; ‘ ^
La marche des colonnes et la ligne d’opérations . doivent être tracées dans les vallées. > ’ ,
L’attaque doit avoir lieu simultanément sur les ' -
hauteurs et dans les vallées; les particularités du . .
montagnes.
terrain et les dispositions de l'ennemi . peuvent se j les déterminer de quel côté doivent se porter nos plus grands efforts.
Tout système de défense passive est inadmissible.
■ rn*. EMPLOI DES TROIS ARMES
■' X k DANS LES MONTAGNES.
Le principal rôle est ici dévolu à l’infanterie. La ligne des tirailleurs est plus forte qu’en plaine, parce qu’elle est plus indépendante, et que seule elle décide très-souvent du sort d’une affaire.
En conséquence, les appuis sont plus en arrière.
La réserve est au point de jonction des routes, jusqu à ce que la marche du combat soit bien indiquée.
Nous devons avancer lentement et avec précaution ; chaque pas doit être calculé sur ce qui a déjà . été fait.
Les attaques de tlanc sont d’un usage très-fré- ’ quenl; il faut accoutumer les troupes à les mettre en pratique et à ne pas s’en étonner lorsqu’elles partent de l’ennemi.
Si nous sommes attaqués en flanc, loin de lâcher j pied immédiatement, nous devons nous efforcer de