M. WILSON CHEF ET PRÊTRE
Il paraît que M. Wilson parle d'abondance. Il n'écrit pas : dono, contrairement à la coutume observée entre chefs d'Etat aux époques barbares de lu diplomatie régulière et secrète, M. Wilson ne remet pas à son c(fllègue et partenaire Iq texte de son discours avant de le prononcer. Donc, rien de concerté, rien de préparé. Cette gr&ce familière et sauvage donne sans doute du piquant et de l'imprévu aux solennités politiques où l'on se rencontre. Mais^absence de protocole pourrait avoir des inconvénients* de toute sorte, car, si l'histoire enseigne quelque ohoae, c'est certainement que le retour à la nature précède de peu la ruée de la barbarie. La pauvre reine Marie -Antoinette ayant voulu voir de près l'homme naturel, -sa bergerie, comme tant d'autres, a dû Soir parmi les loups. Qu'il me soit permis d'exprimer plus d'une crainte sur la pastorale d'aujourd'hui. Ce n'est plus seulement la reine de France qui est en cause. C'est la France même. C'est la souveraineté de la nation sur le domaine du sol, sur l'obédience du sang. Comme citoyen de la France, je suis libre aujourd'hui. Le serai-je demain?
Marcel Sembat qui n'aime pas les Jjurés et qui a horreur dès chefs raffole du président Wilson qui ■ a l'air à la fois d'un prêtre et d'un chef >, selon sa propre et judicieuse remarque. Nous n'avons cessé de contester avec autant de fermeté que de respectueuse courtoisie la doctrine, sacerdotale ea effet, et aussi magistrale, la doctrine de maître, la doctrine de directeur et de chef que nous apporte le prési-
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dent des Etats-Unis. Sembat compare cette mission spirituelle, morale et politique à celle de Franklin. Dans les deux cas, l'imagination de Sembat exagère: Franklin venait oEFrir À la nation française rangée autour d'un roi puissant l'occasion d'exercer les plus hautes vertus de la fraternité humaine : l'historien et le politique onLle droit de distinguer entre cette offre précieuse et les idées moins précieuses que Franklin distribua et sema; cette distinction est d'autant plus facile que, très peu d'années plus tard, G^ idées causaiei^t à ta France ua pr^^udice plus 'que séculaire, la jetaient dans une anarchie dont nosamis d'Amérique eux-mêmes rougirent, et la soulevaient en partie contre son roi, le roi de 1778, le roi libérateur pour lequel l'Américain Thomas Paype prit hautement et courageusement parti à la Convention. Les idées de Franklin furent au moins mal comprises à Paris. Cela n'empêche pas le voyage de Franklin d'honorer immortellement Franklin et la France.
La même distinction s'établit d'elle-même entre le glorieux voyage du président Wilson et certaines nuances de ses idées. Elles sont sans doute excellentes pour son pays. L'uni versatiti quïtldésire pour elles leur fait«ncore défaut, non peut-être essentiellement, mais parce qu'elles ne sont pas au.poiati La religion dont il est prêtre nous ne la professons, ni ne la pratiquons, nous, Français, Marcel Seoibat oompris, malgré tous les airs dévots et confits que nous l«i voyons prendre. Quant & la haiite allure de Chef des Chefs adoptée (avec quel brio) par l'illustre voyageur, nous attendons Sembat et nous te vou-
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DE FRANKUN A WIUSpN 167
driona voir au premier désaccord sur quelque point de fait où seraient engagés et un peu passionnés les intérêts de son parti : de quelle allure aussi nos socialistes parisiens renverraient leur hâte éminent à son temple et & son logis* ! En quoi ils auraient bien raison, pour une fois.*