ÉPILOGUE
son que le fracas de cet écroulement immense n'avait obéi qu'à sa voix.
Que s'était-il passé en fait?
Quelques récits de source allemande nous l'ont fait oonnattre depuis. Nous avons été instruits des scènes de Spa où Guillaume II étala d'abord l'entêtement de . ses refus fébriles, puis sa résignation accablée et enfin sa fuite sans grâce. Nous avons vu, ducdtéde son entourage, transparaître un calcul de politique nationale & longue portée, conçu et exécuté par une oligarchie de vrais dirigeants qui ne perdait pas le nord. Ah ! M. Wilson attribuait la guerre aux autocrates austro-allemands, non à l'Allemagne même ? eh bien ! le vrai coupable, qui était te germanisme, allait saisir cette erreur au boud et la manoeuvrer en maître.
M. Wilson ne veut plus d'empereur, ni de rois? Aux ordres de M. Wilson! L'Allemagne se sauve par cette voie. Le naïf président qui joue de la trompette croit voir tournoyer dans l'abEme à chacune de ses sommations les Dominations et les Trfines, et les* autres Puissances du Mai européen. De grand cœur et grand train, l'Allemagne sacrifie* les décors du théâtre pour le salut de la seule réalité : Jéricho de Berlin! Jéricho de Vienne et de Dresde, Jéricho de Bade, de Munich, de Stuttgard, de Carlsruhe, des autres hauts lieux germaniques ! Toutes. les Jérichos de carton s'étant écroulées, M. Wilson n'eut ' pas la^fermeté de douter dejui-méme. Il en oublia tout ce qui n'était pas lui. Les ■ Notes * où avait été dactylographiée la céleste milice deses Principes lui firent perdre de vue la v&Ieur des choses con-
crêtes que Perahing, Foch, Douglas Haig et Diaz personnifiaient seuls ; il s'est cru et senti l'auteur unique, l'auteur direct de cette félicité plénièrd de trente peuples empressés à lui décerner son brevet d'autoorate temporel de la Liberté et de pontife spirituel de la Démocratie. Les contradictions intimes de ces grands titres ne l'afFectaient pas: est-ce que le» Babylonien pouvait s'étonner de se trouver simultanément bâte et roi ? Le nouveau Josué entrait sans difUculté dans la peau d'un nouveau Nabuchodonosor.
Nous sommes trop près des événements pour savoir au juste ce que deviendra le pouvoir temporel de M. Woodrow Wilson. Mais, bien avant aa courte maladie, quelques parties de ce pouvoir tombaient en ruines. L'égalité des races a dû céder aux inquiétudes causées par le Japon et au sentiment de l'Amérique contre les nègres; l'idée d'intervenir à jet oraitinu en Europe a rendu une seconde jeunesse à la doctrine de Monroé qui exclut l'Europe de l'Amérique et réciproquement. Nous ignorons ce qui adviendra de la suite de ces débats dans le-Nouveau nionde. Ce qui est sûr, c'Àst que M. Wilson n'a pu quitter l'ancien sans se rendre compte de l'éclipsé totale qu'y avait subie sa pensée.
Lui-même en donna des nouvelles à son second retour chez ses compatriotes en juillet 1919, puisque son premier mot fut pour atténuer, presque pour, retirer sa chère antithèse des peuples et des gouvernements, autrefois point central d'une maHigureuse ' doctrine et le thème essentiel de son discours du 4 mars. Il s'était figuré qu'une Allemagne sans empereur ni roi serait'inoffensive et loyale. Il a dû