LA MORALE UTILISÉE
Avec les intentions très contraires qu'on leur connaît, ces deux chefs d'État commettent le même abus des formules morales ht religieuses en un sujet dont l'essence commune est politique.
Prenons un exemple. Une société financière est, aussi bien qu'une nation, tenue de respecter le droit, de faire son devoir, de se montrer secourable et pitoyable, d'allier au sentiment de ses intérêts le respect des intérêts d'autrui ; cependant oe n'est pas pour cela qu'elle est fondée : que penserait-on d'un administrateur délégué qui remplacerait le compte rendu de sa gestion annuelle ou l'exposé de ses vues sur l'avenir matériel de la situation par une homélie ne tendant qu'à manifester la pureté de ses intentions 7
On penserait : ou que le personnage incline à uu doux gâtisme ou que le formulaire ethico-théologique est destiné à cacher son jeu et à jeter de la poudre aux yeux du pieux auditoire.
Remarquons en passant que l'usage intéressé de cette poudre en Allemagne et en Amérique vérifie l'observation que faisait l'autre jour, à l'Echo de Paris, Louis Bertrand : les peuples sont beaucoup plus religieux qu'on ne le croit en France. Nous tournons le dos k l'évidence des réalités ou nous nous- abusons grossièrement sur la nature du sens religieux quand nous prétendons retrancher tout
NI VAINQUEimS NI VAINCUS 11
avenir à œ qui ^n'eat pas sœpticiame oa agnoatioieme. Le menteur Guillaume II s'adresse à une Europe embéguinée. Le Bincère Wilaon parle à une Amérique idéaliste et dévote. C'est comme ça. Je n'y puis rien. Ce que je peux, c'est d'obtenir de mes yeux et de mon esprit qu'ils voient ce qui est, au lieu de transformer leurs visions d'après les partis pris de mou cerveau.