LES INTÉRÊTS ET LES PRINCIPES
Ce qui est, ea même temps, c'est que. l'idéalisme et la dévotion n'empêchent pas les affaires. 11 n'est pas impossible que M. Wilson s'abandonne sans aucune arrière-pensée au cours de ses utopies juridiques : par devoir d'Ëtat il y mettrait certainement un frein si elles gâoaient les intérêts vitaux de son pays. De toute vraisemblance, si ces intérêts parlaient avec décision leur impérieux langage, il se résignerait à. fermer les yeux sur la violation des sacrés principes*. Dès les premières rumeurs du message NI VAINQUEURS NI VAINCUS, Pan'i-Midi a très pertinemment demandé avant-hier s'il n'y avait eu ni vainqueurs ni vaincus dans la guerre de Cuba. Et le passage de ce document mémorable ou il est dit :
Les garanties échangées ne doivent ni reconnaître ni impliquer une différence entre les nationi grandes ou petites, entre celles qui sont puissantes et celles qui sont faibles,
« atlénuSitions apportées par M. Willea projets dès que l'opinion amérî-
.Yèe soit contre l'égalité de race, soit contre des
inJéflniea en Europe, aoil oont des nations ooropâennes en Amérlqno (I9I9).
ce passage a irrésîstiblemeat évoqué dans mon souvenir le tapia vert du Traité de Paris, le dernier, je orois, du xix* siècle, où les négociateurs américains du seul fait qu'ils avaient prouvé leur qualité et leur ascendant de vainqueurs, o'eat-à-dire de peupla € grand > et de nation < puissante », arrachèrent aux Espagnols vaincus, presque autant de territoires, d'iles, de villes et de ports qu'en avait conquis .le' canon de l'amiral Dewey!
■ JE N'Ai PAS CONFIANCE»
Petit! petit! petitt C'est ainsi que le cuisinier appelle l'oiseau dans la fable de La Fontaine, L'oiseau bien inspiré s'enfuit. A la place des petits peuples, je n'écouterais pas sans un peu de sagesse méfiante un appel cordial ainsi jeté au monde par le chef tout-puissant d'une Confédération de quarantehuit Stats riches, peuplés, vivaces. Le cuisinier, pardon, le chef sait que sa conscience pure, comme celle du philosophe de Kœnigaberg, reîléte le ciel étoile ; mais les conséquences politiques dérivées de son appel ne refléteront vraisemblablement que les forces unies des étoiles inscrites sur le drapeau américain : or, des conséquences de ce calibre et de ce poids dépassent d'ordinaire la portée des intentions, d'un homme mortel.
La philosophie juridique et humanitaire compose dans la vie cruelle du monde une espèce de luxe qui, en vertu do l'éternel priiis in'vere, passe forcément après la satisfaction des besoins de la vie collective des hommes. Il est toujours très dangereux de prendre une nation pour une Académie. Comme une
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société financière est taxie pour gagner de l'argent, uoe société nationale, c'est-d-dire où les hommes naissent et meurent, est faite pour améliorer les conditions de leur vie. La vraie justice, le véritable droit, l'honnêteté vraiment consciente et lucide cousiaterait k commencer par exposer, clairement et candidement, -les intérêts fondamentaux, les intérêts sacrés qui correspondent à cette fonction des Etats.
Qu'on les subordonne aux règles supérieures de toute vie, rien de mieux. Mais qu'on se serre de ces règles pour costumer, masquer, maquiller ces inté- Tèts, le carnaval, voulu ou non, et qu'il soit suggéré par basse ruse comme c'est le cas de Guillaume, ou par habitudes professionnelles, comme c'est le cas de M. WilsoQ, ce carnaval d'idées précipite A des maux artificiels supérieur encore à, tous ceux qu'inflige la nature.