‹ Les trois aspects du président Wilson: la neutralité, l'intervention, lChapitre 22 sur 132 · LE RÉEL ET L'IDÉAL · texte numérisé non relu

LE RÉEL ET L'IDÉAL

Le travail de M. César Chabrun s'arrête naturellement au point où cesse sa matière et où les idées de M. le président Wilson cèdent le pas à l'action. Chacun, je crois, d'un. bout à, l'ailtre du monde civilisé, a saisi Id comme qui dirait un hiatus et l'on pourrait dire un grand trou. Le premier, je crois, Jacques Bainville l'a vu lorsqu'il a indiqué comment le dictateur américain avait, à l'usage, découvert l'Allemagne et devant cette réalité nouvelle, corrigé ses visions, rectifié la marche et le tir.

C'est un autre point^à noter dans le beau travail de M. Ciiabrun.

M. César Chabrun ne conçoit pas absolument comme nous le râle de Kant et du kantisme en Allemagne. Il est plus frappé des ressemblances de cette philosophie avec les maîtres de l'Europe moderne et de l'antiquité qu'avec 3\postérité germanique et pangermaniste? Cependant cette filiation est étroite, et Ton ne peut pas oublier non plus parmi les ascendants du kantisme le fort élément de dissidence calviniste et luthérienne par lequel s'explique aussi, en . partie, Rousseau. Quoi qu'il en soit, M. Chabrun est naturellement amené par son point de vue à distinguer en M, Wilson l'homme d'État et le lettré, i écrire que < la pensée est son domaine autant que les attires i : il refuse donc de discuter avec lui ■ sur le terrain des pures idées »...

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.Pourquoi ce refus? Parce que, dit M. Chabrun, ■ ttoi^s sommes f engagés dans la lutte >, et M, Wilson y entre d'ailleurs à son tour. Ce sera pour lai, ajoute-t-il, l'heure ■ de quitter les pures théories pour. entrer en contact avec les réalités ». Voilà, je l'avoue, qui étonne. Qu'est-ce que des théories qu'il faut quitter devant le réel? Un banquier n'oublie pas les généralités de l'arithmétique quand l'heure est arrivée d^ faire sa caisse, et bien au contraire : plus il y est iîdële et meilleur est son compte. Qu'est-ce qoe des idées pures que l'on ne peut pas utiliser dn nwment qu'on est engagé dans la lutte? Ce doivent être des idées fausses, car, pour des idées vraies, il semble bien que plus la lutte sera dirficile, Apre, compliquée, plus il sera bon de se référer pour la débrouiller çt pour l'éclairer à la daîre lumière,,à la haute assistance d'idées aossi pures que possible.

Sans doute, eatce l'idée et la réalité, il y a une différence de perfection. Le sens critique et te btm sens sont nécessaires pour adapter et approprier les conclusions abstraites et les (Jéductions logiqnes à la complexité des faits et de leurs oir cous tances. Hais chaque science, chaque art, chaque discipline morale contient des préceptes et des conseils en vue de ces .applications. Il y a partout une théorie de la.frratique, une praëque de la Utéorie, qîii s'engendrent l'une de l'autre et qui apportent leur appui dans chaque cas. Elles sont distinctes. Ellos ne sont pas opposées. La distinction toute normale n'a rien de commun avec cette opposition absolue de l'ordre théorique et de l'ordre pratique affectée dans les actesds prési-

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dent Wilfion, reconnue dans l'article de M. César ChabruD et que M. Chabrun trouve très naturelle, tandis- qu'elle nous apparaît à nous monstrueuse.

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