‹ Les trois combats du Long-SaultChapitre 10 sur 18 · Rel.” de · texte numérisé non relu

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lls ne peuvent se dispenser de recourir a la riviere. Ils pourraient puiser au ruisseau qui n’est pas plus eloigne et s’exempter ainsi les fatigues de la cote a remontcr; mais, en le faisant, ils se rapprocheraient trop des ennemis. Au reste, ceuxci trouvent prudent de n’attaquer que de loin ces intrepides qui ripostent et recommencent plusieurs fois la meme aventure, parce que, prives comme on sait de leurs chaudieres, ils n’cnt plus que des vases trop petits.

A la penible necessity d’avaler crue leur farine, a l’insomnie, a l’epuisement, devait s’ajouter la trahison.

Les Iroquois devinent bien que ces souffrances sont leurs alliees et que l’heure est venue de leur adjoindre les menaces et les promesses, aussi ne cessent-ils de haranguer les Hurons. A force de se l’entendre dire avec eloquence, ces derniers finissent par croire que choisir entre rester dans l’enceinte et se livrer aux Iroquois, c’est choisir entre la mort et la vie, les tortures et la liberte; mais ils prennent, en se rendant, le plus sur moyen d’etre massacres. Leur chef, Anohotaha, reste seul a son poste. Honteux devant

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les Algonquins qui gagnent leur defi, et fou d’indignation a la vue des siens qui sautent la palissade, il decharge son pistolet sur la Mouche, son neveu, qui se rend aussi ... et le manque.

Voici venir le cinquieme jour du siege et, avec lui, les cinq cents Agniers des lies Richelieu. En poussant des cris d’enfer, ils accostent dans la baie et sont salues par les gosiers non moins sonores des Onnontagues. Suit bientot un assaut general des sept cents Iroquois se ruant sur la bicoque heroi'que. De nouveau repousses avec de lourdes pertes, leur humiliation les irrite d’autant plus que leur nombre s’est quadruple et celui des assieges reduit des deux tiers.

Pendant trois jours, leur rage et leur depit ne font que s’accroitre et se traduire par des assauts renouveles d’heure en heure. Tantot la troupe entiere des forcenes vient se briser sur l’enclos d’ou pleuvent les balles et les pierres, puis recule en desordre, en ecrasant ses morts et ses blesses ; tantot un corps d’elite veut se cou-

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vrir de gloire et s’elance a tout fendre, puis revient aussitot, honteux et decime, se cacher sous les bois. Ce ne sont, tout autour du miserable fortin, que rales de movants, plaintes de blesses et croassements de corneilles allechees par Fodeur des cadavres. Jamais l’orgueil des Iroquois n’a ete si cruellement brise, ni leur logique plus aveuglee par la rage, car, pour faire echouer le plan de Dollard, ils n’auraient qu’a suivre le leur en se hatant d’operer la reunion de toutes leurs forces aux portes de Ville-Marie.

En les exasperant, notre jeune heros s’est montre psychologue averti, car il a pris le seul moyen qu’il avait de les arreter.

Entre les assauts, les Francais ne font que prier et se preparer a la mort. II n’y a pas F ombre d’une illusion ou d’une falblesse chez ces jeunes gens qui ont jure de se battre jusqu’au bout. Ils sont sans regret comme sans hesitation.

A bout d’entrain, les Iroquois abattent des arbres qui vont, en tombant, ebrecher la palissade ; ils questionnent les Hurons transfuges sur le nombre des assieges, les traitent de menteurs, et essaient de les fai-

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re se contredire les uns les autres, en les interrogeant separement. Convaincus enfin qu’ils n’ont pas affaire a plus de dixsept Frangais et cinq Peaux-Rouges, ils leur envoient des delegues afin de les engager a se rendre.

Dollard et ses compagnons les reqoivent avec des balles. Ils ne sont pas meme tentes de croire a la sincerite des promesses qu’on vient evidemment leur faire, et refuseraient encore de les entendre meme s’ils y croyaient. Et cela parce qu’ils ont jure de vaincre ou de mourir afin de dejouer le plan d’ensemble de la Ligue, plan qu’ils fortifieraient en se rendant a l’un des partis qu’elle a mis en campagne.

Etonnes, ebranles meme par ce nouveau defi, les ennemis tiennent conseil. Les plus superstitieux veulent qu’on renonce a prendre ce fantome de fort qu’ils pensent defendu par des esprits ; tandis que les plus fiers se revoltent a la pensee d’une defaite avouee, d’un lache renoncement a la victoire payee deja si cher et sur le point d’etre remportee, enfin, de la honte qui s’attacherait a leur nom, s’ils reculaient en aussi grand nombre devant une poignee de braves. Ils veulent qu’a tout prix, on

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en finisse avec ces audacieux, qu’on lance, a l’assaut de leur case a sorciers, un corps d’elite, et qu’on 1’appuie sans raiblesse.

On seme les buchettes que ramassent librement ceux qui se sentent au coeur assez de courage et de fierte pour poser en elus d’Areskoui', le dieu de la guerre. II s sont assez nombreux et commeneent aussitot a se faire des boucliers dont chacun est un assemblage de pieces de bois tres epaisses et couvre son homme de la tete aux genoux. Les autres les imitent, et ce travail fini, tous, la tete baissee et portant devant eux cette espece de palissade volante, s’elancent a l’assaut.

Devant le feu tres actif et qui ne laisse pas d’etre meurtrier, ils ne reculeront plus. Des corps de leurs guerriers qui tombent ils font des degres pour l’escalade. Ils se collent au pied de la palissade, au-dessous des meurtrieres, et les assieges n’ayant plus de pierres a leur jeter d’en haut, ils buchent les pieux, les ebranlent et les disjoignent, tandis que se croisent, par les entre-baillements, les lances et les epees.

Le chef Huron qui a reproche a Dollard de ne pas ecouter les delegues, ne veut cependant pas trahir et se bat avec coura-

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ge. La Mouche, son neveu transfuge, qui l’apergoit de loin, lui crie de se rendre et regoit cette reponse: “J’ai donne ma parole aux Frangais et je mourrai avec eux.”

Les pieux cedent; on n’a plus de balles; on les remplace par de petits cailloux; il n’est plus possible d’emipecher l’escalade. Dollard voit que l’heure decisive est venue . . . Une idee lui vient alors : on a encore de la poudre;... il en charge jusqu’a la gueule un gros mousqueton, le munit d’une fusee et le lance, pres d’eclater, en dehors de l’enceinte Ce projectile, helas! frappe une branche qui fait ressort et le renvoie foudroyer les compagnons memes du commandant. Plusieurs sont tues ou mis hors de combat.

Profitant de ce malheur, les Iroquois redoublent d’effort, elargissent les breches, s’emparent des meurtrieres et tirent sur ceux qu’ils peuvent voir a travers la fumee.

Anohotaha, blesse gravement, ne veut pas mourir avant d’avoir brule ses longs cheveux, afin que les vainqueurs ne s’en fassent pas un trophee. . . Les Algonquins meurent en braves. . . Dollard tombe perce d’une balle. . . A coups d’e-

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pee et de pistolet, les survivants defendent chacun leur cote. C’est a chaque breche, un combat corps a corps; la rage et l’intrepidite se disputent la victoire sur un monceau de cadavres.

Surs de vaincre bien qu’affreusement decimes, les Iroquois interrompent leur feu et cherchent a faire des prisonniers qu’ils pourront torturer a loisir. A cette fin, ils font irruption dans le fort par tous les cotes a la fois; mais, au meme instant, les survivants se changent en autant de furies inaccessibles et si fatales a ceux qui les veulent saisir, qu’il faut les tuer a distance, a coups de fusil.

Jusqu’au dernier ils tombent ainsi, sans qu’on puisse affirmer d’aucun qu’il eut un moment de faiblesse, sans qu’on puisse dire qu’ils ont ete moralement vaincus. Et c’efet la une grande legon qu’en sauvant la colonie naissante, ils ont donne aux Canadiens-Frangais et, sans preference de temps et de pays, a tous ceux qui ont conscience de lutter pour une bonne cause et doivent suppleer par la grandeur d’ame a des forces moins nobles que la Providence leur refuse a dessein. A la devotion de la justice immortelle ils ont mis la force morale invincible.

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Lorsqu’ils les virent tous etendus, les uns en des mares de sang, les autres sur des monceaux de cadavres, les Iroquois, triomphants, chercherent s’il n’y avait pas parmi eux quelques survivants qu’on put soigner et rendre capables d’etre tortures. Ils en trouverent trois si pres de mourir qu’ils les jeterent dans le feu, seul moyen d’accroitre vraisemblablement leurs souffrances. Un seul parut curable qu’ils reussirent en effet a ravigoter et sur lequel ils assouvirent leur cruaute sans pouvoir lasser sa patience qui fut celle d’un saint.

Le combat dura huit jours et prit fin le vingt-et-un de mai. Selon l’aveu des Iroquois, le tiers de leur armee y aurait peri.

Les Hurons qui se rendirent furent emmenes aux villages des Cinq-Nations ou l’on en fit des grillades. Quelques-uns cependant reussirent a s’echapper. L’un d’eux nomine Louis revint a Ville-Marie deux ou trois jours apres le combat final, et, temoin occulaire de tous les faits, raconta en detail ce qui s’etait passe.

Des le vingt-cinq de mai, on inventoriait a Montreal les biens des victimes, en commengant par ceux de Boisseau. C’etaient

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de pauvres habits que Ton vendait pour quelques sous. On les baiserait aujourd’hui avec emotion et respect; mais, en ces temps, l’heroisme etait si ordinaire, l’ideal si eleve, la foi si vive, qu’on laissait les heros n’attendre que du ciel leur recompense.

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