‹ Les trois combats du Long-SaultChapitre 11 sur 18 · DU LIE UTENA NT · texte numérisé non relu

DU LIE UTENA NT

DE LA GEMMERAYE

De 1660 sautons a 1692. Une armee iroquoise surveille la Grande Riviere, afin d’intercepter le transport des pelleteries venant des Laurentides et des Grands Lacs, et de priver ainsi Montreal de son commerce. Les Iroquois n’ont pas enterre depuis longtemps la hache de guerre, et le massacre de Lachine qui, avec ses suites, a mis a leur credit la ruine de plusieurs villages, l’enlevement ou la mort de plus de trois cents personnes, les a particulierement grises. En 1690, les Outaouais avaient ete huit ans sans oser venir a la traite. Cette meme annee, des partis iroquois tuaient douze hommes a la Pointe-aux-Trembles, y faisaient de plus trois prisonniers et les brulaient. A Becancourt, ils enlevaient et massacraient une quinzaine de personnes; a Sorel, ils vo-

Combats du Long-Sault

laient des enfants; ils se transportaient d’un bout a l’autre du district de Montreal: apres la bataille de la Prairie, celle des iles du lac Saint-Pierre, et ga et la, des assauts, des meurtres, des incendies.

En 1691, ils venaient au nombre de huit cents camper quelque part vers l’embouchure de l’Outaouais, et tombaient a l’improviste sur la colonie de la Pointe-aux- Trembles, sur le fort de la Montague, et j usque sur les habitations dispersees entre Repentigny et le lac Saint-Pierre.

Cette annee-la, apres avoir empeche les travaux des semailles, ils se ruaient en aout, avec Schuyler, sur le fort de la Prairie d’ou ils etaient repousses. Mais la cruelle defaite que leur infligea alors Valrenne, ne les empecha pas de faire, en novembre, une nouvelle tentative sur la bourgade de Sault-Saint-Louis, de tuer des chasseurs dans les bois, de faire des prisonniers et de nous faire perdre en tout une centaine de personnes.

Ils etaient en somme assez fiers de leur succes, car la victoire de Valrenne n’avait coute cher qu’aux Anglais.

On apprit bientot que leur plan de campagne pour 1692 consisterait a entraver

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les semailles et a garder les passages inevitables de la Grande Riviere.

Le lieutenant reforme Beaucourt fut charge de leur apprendre que les Frangais ne les perdaient pas de vue. Des le mois de fevrier, il partit avec trois cents homines tant Sauvages que Frangais et tua vingt-quatre chasseurs tsonnontouans un peu au-dessous de Catarakoui. II delivra en meme temps le sieur de la Plante qui avait ete pris lors du massacre de Lachine. La Plante confirma ce qu’on savait deja touchant le plan de campagne iroquois pour le printemps suivant.

M .de Frontenac tenait a faire venir du fort de Michillimakinac les pelleteries qui s’y accumulaient depuis 1690, car elles constituaient le plus gros revenu de la colonie et le plus sur moyen d’obtenir des secours de France. Louvigny de Montigny, commandant de ce poste, avait regu ordre de les envoyer; mais le succes de cette entreprise exigeait qu’on surveillat la Grande Riviere le long de laquelle devaient operer trois cents Iroquois sous le commandement de la Chaudiere-Noire, un chef habile et redoute.

Sur les ordres du gouverneur, M. de Cal-

lieres organisa, cntre la debacle et le commencement de juillet, trois expeditions d’eclaireurs guidees par Lanoue. Celui-ci partit une premiere fois avec quarante hommes experiments dans ces sortes de voyages. Quelques-uns d’entre eux devaient se rendre a Michillimakinac, et les autres leur faire escorte jusqu’au portage des Calumets, lieu ou cessait le danger. Ce fut ici que, de loin, ils apergurent des Iroquois et jugerent prudent de revenir tous a Montreal. Lanoue dut repartir prcsque aussitot avec trente Francais et trente Sauvages. II prit les devants et fut suivi de pres par Tilly de Saint-Pierre qui portait un duplicata des ordres envoyes a Louvigny. Saint-Pierre prit le chemin detourne de la riviere du Lievre, tandis que Lanoue qui remontait celle des Outaouais apercevait de nouveau les ennemis dans le voisinage des Chaudieres (Ottawa), autre passage critique, et revenait en informer M. de Callieres.

De toute evidence les Iroquois descendaient lentement la riviere: il fallait done surveiller leur marche et tenir le commandant de Michillimakinac au courant. Le pauvre Lanoue dut repartir une troisieme fois.

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Des Tetes-de-Boule se trouvaient alors a Montreal; ils venaient des Laurentides et avaient rencontre en chemin Tilly de Saint-Pierre qu’ils disaient hors de danger. Effrayes a la nouvelle que les Iroquois s’approchaient, ils demanderent a se faire escorter jusqu’a la riviere du Lievre par laquelle ils etaient venus. En retour de ce service, ils se faisaient fort de conduire Saint-Michel avec cinq Francais par le chemin detourne que forme la riviere du Lievre et un long chapelet de lacs qui se rattache a I’Outaouais entre les Sept- Chutes et I’ embouchure de la riviere Matawan.

On accepta, et, vers le commencement de juin, le lieutenant de la Gemmeraye partit avec deux fils du sieur Hertel, trente soldats frangais, Saint-Michel et ses hommes, plus une queue de soixante Tetes-de-Boule qui se tenaient prets a fuir devant la moindre lueur de danger.

Arrives au Long-Sault, les Francais, et particulierement le guide Lanoue, n’etaient pas sans apprehender vivement la presence des Iroquois le long des passages ou ils devaient etre maintenant rendus. Mais les Tetes-de-Boule que leur pratique des bois

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rendait propres aux fonctions d’eclaireurs, refuserent tons de les remplir, et les voyageurs avancerent en s’exposant a des surprises.

Au premier portage (celui de Carillon), tout alia bien ; mais “ils furent attaquez “au milieu des rapides du Long-Sault.

“Les Tetes-de-Boules qui sont les plus la- “ches de toute l’Amerique s’enfuirent aus- “sitot et causerent par cette retraite si “precipitee tant d’epouvante qu’il fut impossible aux officiers de retenir leurs “soldats, ils se jetterent avec precipitation “dans leurs canots qu’ils firent tourner, “quelques-uns gagnerent le bout de l’lle de “Montreal, et le reste fut pris ou tue. La “Gemmeraye, la Fresniere et , Saint-Michel “soutinrent le choc avec deux ou trois au- “tres pendant quelque temps; il fallut ce- “der a la fin, ils se rembarquerent : ces ‘"deux derniers tournerent dans leur canot, “et tomberent malheureusement entre les ‘mains de leurs ennemis. La Gemmeraye “trouva le moyen de se cacher, et arriva “seul dans un canot.” Tel est le recit de la Potherie (1).

V oici maintenant celui de Charlevoix :

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