‹ Les trois combats du Long-SaultChapitre 9 sur 18 · Relation” de · texte numérisé non relu

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Combats du Long-Sault

fichees en ter re, tels sont les travaux auxquels ils s’emploient en attendant les ennemis qui arriveront le douze ou le treize de mai.

Un peu avant les Iroquois survient un renfort aussi inattendu. que peu desirable de Sauvages chretiens. Ce sont quarante Hurons de Lorette et quatre Algonquins qui, s’etant rencontres aux Trois-Rivieres, se sont lance un deli de bravoure et sont partis incontinent pour Ville-Marie, dans l’espoir d’y trouver une occasion de se battre centre les Iroquois, leurs communs ennemis. Arrives ici, ils apprennent tout du plan de Dollard qu’on aurait du leur cacher, et, pleins de presomption, insistent aupres du gouverneur, afin qu’il leur permette d’aller se joindre aux dix-sept volontaires qui sont partis, dont la hardiesse les enthousiasme et qu’ils se croient capables d’egaler.

Bien que tres contrarie, M. de Maisonneuve craint de deplaire a ces allies des Franqais, en paraissant dedaigner leur concours, et leur donne une lettre pour Dollard. Celui-ci, pour les memes raisons, les accueille a son tour, bien que Tecrit dont ils sont porteurs lui laisse la liberte

L’Exploit de Dollard

de le faire ou non, et lui conseille seulement de ne pas compter sur eux.

Les Francais projettent de commencer le lendemain une contre-palissade, mais c’est en vain, car leur malencontreux renfort est a peine arrive, que les eclaireurs iroquois font leur apparition. Des sentinelles, en faction sur la pointe qui regarde d’en bas le passage infaillible, y voient venir une couple de canots et donnent l’alarme. Sur i’ordre du commandant, des soldats accourent se poster sous des coniferes qui bordent la greve, tirent sur les canotiers et les culbutent au moment ou ils allaient atterrir. Deux ou trois de ces eclaireurs echappent neanmoins aux balles, et, de toutes leurs jambes, remontent a travers les bois vers la tete du rapide, ou ils reviennent plus tot qu’ils n’y etaient attendus.

Sans perdre un instant, les Frangais se remettent a rechausser leurs pieux, tandis que Dollard pense a ce qu’il va faire . . . Ira-t-il avec ses hommes faire une decharge sur les ennemis engages dans le passage? — ^ Non, car leurs pagaies agiles, aidees par la rapidite du courant, les conduiraient au fortin avant qu’il n’ait eu le

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temps d’y rentrer lui-meme, et ce serait alors un combat a decouvert contre des forces superieures. Au reste, la fierte das Iroquois s’oppose a ce qu’ils passent tout droit et ne relevent pas le defi qu’on leur a lance en tuant leurs eclaireurs. On les attendra done dans le fort.

Persuades qu’ils ont affaire a quelque parti de Francais et d’Algonquins en route pour le pays des Hurons, et devinant qu’on les attendra dans le fortin, les chasseurs, tous Onnontagues, veulent montrer qu’ils n’ont pas peur, et, au lieu de s’approcher sous le couvert des bois, se lancent dans le passage.

Les voici en canots qui descendent “file a file”, avec le fusil a la pince d’avant. Ils sont pour le moins deux cents. . . Nouvelle alarme!

On continue de travailler jusqu’a leur arrivee au debarquement. Alors eclate leur clameur de guerre que repetent les sauvages allies, et tous nos gens se jettent dans leur fort avec tant de precipitation qu’ils en oublient d’y entrer leurs chaudieres actuellement sur le feu. Apres une decharge de part et d’autre, un chef s’approche sans armes a portee de voix et pro-

L’ExplojT de Dollard

cede au parlementage : “Qui etes-vous et que voulez-vous?” demande-t-il, et il recoit cette reponse: “Des Franqais, des Hurons et des Algonquins qui venons au-devant des Nez-Perces.” — “Nous aliens tenir conseil, reprend le chef, et je reviendrai vous voir. En attendant mon retour, lie faites rien d’hostile, car nous sommes charges de bonnes paroles pour les Francais de Ville-Marie.”

— “S’il en est ainsi, replique Dollard, retirez-vous de l’autre cote de la riviere et nous prendrons aussi une decision.” Les Frangais desirent cet eloignement provisoire des ennemis afin de continuer a se fortifier; mais ceux-ci n’en veulent pas dans la crainte qu’une proie leur echappe, et, sans rien dire, ils commencent a se retrancher sur la hauteur qui est au nord ouest du ruisseau et hors de portee pour les fusils du fort .

Ce fut probablement jusqu’au lendemain un travail force de part et d’autre, puis les attaques recommencerent.

Plusieurs assauts sont repousses avec perte pour les assaillants que la rage exaspere, parce qu’ils voient les assieges coiffer avec des tetes d’lroquois quelques pieux de la palissade.

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Voyant que leur violence tourne contre eux, ils arrachent aux canots des Frangais et des Hurons leurs ecorces, et font de celles-ci des rubans qu’ils lancent, enrou les a des batons, a des f leches, et enflammes, sur le fort afin de l’incendier Vaine tentative: un feu vigilant les tient si eloignes que leurs projectiles atteignent rarement le but; et meme alors, l’incendie est eteint aussitot qu’allume.

Jugeant enfin que la victoire sera pour eux impossible ou trop couteuse, les Onnontagues envoient leurs plus rapides canots querir du renfort aux lies Richelieu, ou ils savent que cinq cents Agniers doivent deja guetter 1’ occasion de faire coup a Montreal ou a Trois-Rivieres.

Des lors et pendant trois jours, ils ne font plus que tirailler de loin, donner de fausses alarmes ou defier le sommeil par des criailleries.

Cependant, les assieges souffrent de la soif. Ils ont bien puise quelque peu “dans un trou de la palissade” (1) et trouve, “a force de fomr” dans leur reduit “un petit filet d’eau bourbeuse” (2) ; mais

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