LA CHUTE A BLONDE AU
Carte montrant ou de la Gemmeraye tomba dans une embuscade.
Combats du Long-Sault
si ces deux sommets voisins du rivage n’etaient pas une invitation a Fembuscade, et Fon plaint ceux qui se seraient trouves en bas, sous un feu plongeant.
Or, l’examen direct des lieux permet d’affirmer ce quo la carte geographique ne fait que suggerer. Celui des rivages n’offre aucune difficulty ; mais le rapide lui-meme a presque disparu depuis que la digue de Carillon a fait monter I’eau de plusieurs pieds. Le courant s’y est ralenti au point que, maintenant, les bateaux peuvent le remonter entre Tile et la rive sud. II existe heureusement une carte faite en 1817, sur laquelle on lit que Fancien courant etait de sept milles a l’heurs. Les meilleurs canots n’auraient done pu le vaincre. II aurait cependant fallu le remonter une dizaine d’arpents pour accoster du cote sud ou le debarquement n’est pas praticable au-clessous de la baie (1), a cause des rockers escarpes qui bordent le rivage et continuent de le faire a perte de vue en aval du rapide.
1- Entre cette baie et la tete encore apparente du rapide, la greve est plate et largement decouverte, car elle est d’un calcaire vif sur lequel l’eau a longtemps coule Des cailloux que le courant faisait tourner y ont creuse ce que les geologues appellent des marmites. II y en a encore la deux ou trois dont on
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Au contraire, l’examen de la rive nord demontre que l’eau a tou jours ete, comme aujourd’hui, assez calme, soit en aval, soit en amont de la pointe, puisque vers 1830, il a suffi de couper celle-ci pai un canal pour permettre aux bateaux de monter.
Or, elle n’a que six arpenCs de large, avec des greves en pente douce, qui permettent, quel que soit le niveau des eaux, un accostage egalement facile. C’est evidemment la que se trouvait ce deuxieme portage du Long-Sault qu’en 1686, le chevalier de Troyes trouvait beau et disait etre long d’une portee de fusil (1). A noter toutefois qu’il parle des fusils de son temps, bien inferieurs a ceux d’aujourd’hui.
Enfin, la carte de 1817 plus haut citee, indique a ce meme endroit le portage des canots du N.-O., et ce temoignage conforme a celui de 1686, et de plus en parfait
voit les morceaux. Les habitants des environs pensent qu’elles ontete faites par les anciens Sauvages afin d’y ecraser leur mai's. L’imagination populaire commence a les refondre en fer, a les changer en bombes trouvees dans le rapide en compagnie de haches en pierre.
II semble vrai qu’on a trouve sur le rivage sud, vis-a-vis du rapide, deux gouges en pierre dont les Sauvages se servaient apparemment pour entailler les erables.
1 “Journal de l’expedition du chevalier de Troyes a la baie d’Hudson,” p. 24.
accord avec la topographie, ne permet pas de placer ailleurs le /portage de la chute a Blondeau en Fan 1692.
Connaissant bien le theatre, nous void maintenant plus capables de voir clair dans le drame qui s’y est joue.
Revenons au texte de Charlevoix: “tan- “dis qu’une partie des hommes etait occu- “pee a monter les canots a vuide et que ‘Tautre marchait le long du rivage pour “les couvrir, une decharge de fusil faite “par des Gens, qu’on ne voyait point, ecar- “ta tous les Sauvages qui etaient de la se- “conde Bande.”
Selon la logique du style, l’historien nous donne a entendre ici que les Sauvages formaient la bande protectrice, celle qui couvrait les porteurs des canots; mais ce qu’il veut nous dire est exactement Finverse. Dans son idee, la premiere bande n’est pas la premiere qu’il a nominee, mais la plus exposee aux coups des ennemis, a savoir celle des soldats qui protege l’autre. II commet une autre equivoque en disant que la bande protectrice marchait le long du rivage. II veut dire qu’elle marchait a cote du rivage sur lequel marchaient les porteurs. N’ayant pas vu les lieux, il ne
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savait pas que tons traversaient une pointe.
Le fait que les Tetes-de-Boule s’enfuirent sans accident, tandis que tous les canots frangais chavirerent, nous apprend que les premiers se rembarquerent en bas du 'portage et les seconds en haut.
Les Francais avaient done deja portage leurs canots au moment de I’attaque. Rien ne s’accorde mieux avec la lachete des Tetes-de-Boule qui n’aimaient pas a passer les premiers dans les endroits dangereux. Lorsqu’ils furent rassures par I’exemple des Frangais, ils se deciderent a les suivre.
Les Iroquois qui avaient vu venir les voyageurs de loin, attendirent pour les attaquer qu’ils fussent tous engages dans le chemin de portage. Des la premiere decharge, les Tetes-de-Boule qui tiraient autant que possible en arriere, rebrousserent chemin et n’eurent pas de chute a sauter. Les Frangais voyant l’inutilite de la resistance contre des ennemis invisibles et juches aussi haut, se rapprocherent de leurs canots qui etaient en haut du portage et s’y jeterent les uns apres les autres. Les officiers et trois ou quatre sol-
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dats resisterent quelque temps, sans doute en s’abritant derriere des troncs d’arbres, et sauterent aussi dans leurs canots.
Pourquoi ceux-ci ont-ils tous chavire? — Parce qu’en sortant de l’anse ou Unit le portage et en commengant a tourner la pointe, ils tombaient a l’improviste dans la chute a Blondeau. II y chaviraient avec d’autant plus de facilite, que la nappe d’eau ne tombe pas droit en aval, mais en se tournant a demi vers File, et qu’ils auraient du, pour sauter d’aplomb, se diriger du meme cote. II est tres possible que cette chute ait offert d’autres difficultes au passage des canots, car il semble qu’elle devait tomber presque a pic, mais on ne peut l’affirmer maintenant, la digue de Carillon l’ayant presque fait disparaitre. Les historiens attribuent la malchance des Francais a leur precipitation. II n’en est pas moins permis de supposer que la prevoyance iroquoise avait poste des tireurs sur le rivage de Tile, afin d’obliger les canots a sauter la chute de biais, plutot que d’aller au-devant des balles. Quoi qu’il en soit, c’est ici que la plupart des Frangais non frappes sur le chemin de portage , furent pris ou tues.
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Environ cent quarante Iroquois prirent part a cette affaire. La Chaudiere-Noire qui les commandait dut etre fier de son coup. Les derniers qui firent le plongeon et tomberent entre ses mains, furent La Fresniere et Saint-Michel. De la Gemmeraye trouva moyen de se cacher et revint a Montreal, seul dans un canot.
Lorsqu’on a vu les hauteurs sur lesquelles les Iroquois s’etaient embusques, on approuve sans peine de la Potherie, lorsqu’il excuse de la Gemmeraye en disant que “sa reputation est trop bien etablie ‘ dans le Canada pour qu’une pareille dis- “grace puisse lui donner la moindre at- “teinte” ; mais non lorsqu’il affirme qu’“il “devint la victime de ses gens qui 1’aban- “donnerent,” parce que la resistance etait inutile.