LA VICTOIRE DU CHEVALIER DE VAUDREUIL
Encourage par son succes et convaincu que les Frangais n’oseraient plus, pour quelque temps, s’aventurer dans les passasages infaillibles de la Grande Riviere, la Chaudiere-Noire se rapprocha peu a peu de Montreal pendant que s’achevaient les semailles.
Le quinze juillet, il enleva, a la Chenaie, quatorze hommes qui faisaient secher du foin. Sur les ordres de M. de Callieres, du Plessis Faber alia, avec cent hommes, couvrir les forts de la riviere des Prairies. II fut suivi de pres par le chevalier de Vaudreuil qui en conduisait deux cents; et les Iroquois, obliges de s’eloigner plus vite qu’ils ne l’auraient voulu, abandonnerent leurs canots et leur bagage aux mains des Frangais. Villedonne qu’ils avaient pris trois ans auparavant leur echappa pendant
Combats du Long-Sault
qu’ils fuyaient, et fit connaitre que leur base d’operation etait au Long-Sault ou ils avaient cache beaucoup de pelleteries.
Ses indications furent evidemment precises, car aussitot, M. de Vaudreuil, a la tete de quatre cent homines dont une centaine de Sauvages de la Montagne et de Sault-Saint-Louis, alia droit vers le lieu ou s’etaient retires les Iroquois et les surprit dans leur camp.
Voici comment il proceda. Arrive au pied du Long-Sault, il y laissa sa flottille avec cent hommes pour la garder, et, avec les trois cents autres, monta par terre, a travers la foret. Quelques Iroquois en train de couper du bois a quelque distance de leur camp, les apergurent et donnerent l’alarme, alarme confirmee et decuplee par les cris imprudents des Sauvages allies. La Potherie dit ceci : “de “Vaudreuil voulut les envelopper; comme “sa gauche avoit un grand circuit a faire, “leur droite resta decouverte, ce qui laissa “un passage qui leur facilitait une retrai- “te.” Ce circuit de sa gauche pour envelopper les Iroquois qui, on le verra bientot, etaient au bord de la riviere, nous apprend que les Frangais montaient par le
La Victoire de Vaudreuil 59
cote sud. C’est ce que le meme historien affirmera encore indirectement, lorsqu’il dira que, voyant sa defaite assuree, “la Chaudiere-Noire relacha du cote Nord.” 11 dit encore des Iroquois que “la plupart se jetterent a l’eau et se noyerent.” Ils furent done surpris au bord de l’eau, sur la rive sud, et c’est la ce que les textes de premiere main nous apprennent de plus precis touchant le site du combat. Les historiens dont aucun ne l’avait vu, Font localise de la maniere la plus vague. Selon de la Potherie, les Frangais apereurent “au dessus du Long Sault de la grande ri- “viere un canot qui traversoit du Nord au “Sud.” Les mots “ au dessus du Long “Sault” (1) sembleraient designer les parages de Grenville. Or, c’est presque six milles plus bas, au pied du troisieme rapide que la bataiJle a eu lieu.
Charlevoix qui est moins precis sur les autres points, donne cependant sur celui-ci une precision qui, bien interpreted, indique cet endroit. II dit que le chevalier de Vaudreuil “atteignit la queue de l’ennemi deux lieues au-dessus du Long Sault” (2).
1 - Pour tous les textes de la Potherie, voir son “Hist, de l’Amer. Sept.”, pages 159, 160, 161.