‹ Les trois combats du Long-SaultChapitre 3 sur 18 · E EXPLOIT DE DOLLARD · texte numérisé non relu

E EXPLOIT DE DOLLARD

Vers 1’automne de 1659, la Ligue iroquoise met la derniere main a s©n plan de campagne contre la colonie francaise des bords du Saint-Laurent. II est temps, a ce qu’il lui semble, de miner completement cette rivale qui entrave ses pro jets de domination. Eile attaquera d’abord Ville- Marie plus facile a reduire parce que plus isolee. L’execution est fixee au printemps suivant, et voici comment Ton va proceder: Les chasseurs qu’on envoie passer l’hiver dans les Laurentides sont avertis qu’ils devront revenir des la debacle; en talonnant les glaces, et camper a la Roche- Fendue . (aujourd’hui les Cedres). Ils s’y joindront a des guerriers venu& directement des villages iroquois. Ceux-ci enverront en meme temps d’autres partis de guerre se poster aux lies Richelieu, d’ou

Combats du Long-Sault

ils pourront fondre, a 1’heure propice, sur Trois-Rivieres ou Ville-Marie.

La cote des Cedres, autre poste bien choisi, est a la fois proche du but et peu exposee aux incursions des ennemis : elle est bordee par des cascades, et, bien que longee par un chemin de portage, elle n’est plus le lieu de rencontre qu’elle fut il y a peu d’annees, tant Frangais et Algonquins redoutent de s’y aventurer depuis que les Iroquois infestent le Saint-Laurent.

Pendant que les Cinq-Nations caressent leur reve, leurs espions recueillent des renseignements et font meme l’inverse. Parmi ceux que l’on prend et execute aux Trois-Rivieres se trouve un Huron chretien vendu aux Iroquois, mais qui se repent avant de mourir, et devoile les desseins de la Ligue.

Grand emoi dans toute la colonie. Quebec, ayant eu vent des memes pro jets, perfectionne ses moyens de defense et fortifie jusqu’au couvent des Ursulines d’un pierrier a chaque fenetre. Ville-Marie ne voit pas jour d’echapper a la ruine, lorsque, sur la fin de l’hiver, Dollard des Ormeaux congoit son genial et heroique dessein.

L’Exploit de Dollard 15

Selon M. de Casson, Dollard aurait deja exerce “quelque commandement dans les armees de France” (1), et, si M. Souart ne fait pas erreur en ne lui donnant que vingt-neuf ans (2), il aurait commando d£s l’age de seize ou dix-sept ans, puisqu’il est au Canada depuis une douzaine d’annees. Que s’il faut le vieillir de deux ou trois ans, il ne laisse pas encore d’avoir revele de bonne heure ses aptitudes de chef.

Faut-il attribuer a sa jeunesse les difficulty qu’il semble avoir eues avec ses superieurs durant cette premiere periode de sa carriere? — Oui sans doute, mais la seconde a mis en relief une force de volonte qui a pu y contribuer autant que son inexperience juvenile, et cet ecart de jeunesse du a 1’ exces d’une qualite porte en lui son excuse. Il fut en tout cas providentiel, car, loin d’abattre le courage du futur heros, il Fa fait partir pour le Canada ou l’initiative privee a le champ plus libre, ou il lui sera plus facile de faire, comme dit M. de Casson, “quelque coup de sa main”.

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