DE LA RESPIRATION H
Pour la respiration costale, on fait par la bouche et le nez un appel d'air violent qui gonfle la cage thoracique outre mesure et fait remonter forcément le diaphragme en comprimant Tabdomen ; ce moyen fatigant épuise très vite le sujet. Dans le second cas, on abaisse d'abord par le jeu des muscles le diaphragme, après quoi la cage thoracique s'élargit normalement, beaucoup plus que dans le premier cas, sous Tirruption naturelle et graduée de lair ; ce procédé de respiration est de beaucoup préférable au premier : c'est celui que Faure désigne probablement sous le nom de respiration al)dominale.
En résumé, la respiration costale élargit la cavité thoracique dans le sens de la largeur, la respiration abdominale l'élargit en profondeur et en largeur.
Dans la Revanche criris, un joli acte de Paul Ferrier, Diogène, un peu excité par 1p vin. fait une déclaration d'amour à la déesse Iris.
Celle-ci, outrée de son audace, le menace des foudres de Jupiter. Diogène, désespéré, s'écrie :
Voilà bien la justice des dieux!
Allumez les éclairs, faites tonner les cieux,
Parce qu'un pauvre hère aura pris la licence
De ne pas respecter votre divine essence
Sous la forme étrangère et les traits empruntés
Dont vous cachez l'éclat de vos divinités.
Voici quatre vers qui se suivent et qui ne doivent leur netteté et même leur drôlerie qu'à une respiration prise il jtropos. Après avoir respiré suffisamment après le point d'exclamation et la première virgule, il faut ([ue l'acteur, avant <( parce que », prenne une somme de respiration assez grande pour donner à ces quatre vers
l'ampleur comique qu'ils ont et pour, une fois qu'il est au bout, n'être pas contraint par l'essoufflement à reprendre bruyamment et visiblement haleine.
Ici comme ailleurs, montrer qu'on est au bout de sa respiration donne une impression pénible à la diction et l'essoufflement peut amener des « couacs » dans la voix.
Il faut agir pour la respiration à la manière des souffleurs d'orgue; ils s'arrangent, en général, pour maintenir toujours la même quantité d'air dans leur soufflerie : si, par négligence, ils omettent de remplacer la dépense occasionnée par le jeu de l'organiste, on entend une sorte de déchirement suivi d'une interruption comique, au milieu d'un offertoire solennel ou d'une élévation pleine de piété.
La respiration, prise largement, fortifie la poitrine, l'élargit, la développe; distribuée avec économie et jugement, elle permet d'échapper à la fatigue, à condition toutefois que l'on sache se servir de sa voix et la « placer » normalement.
Nous no pouvons mieux terminer ce chapitre sur la respiration que par ce mot de la Clairon :
« C'est principalement par l'économie (lu'on fait briller sa dépense. »
En écrivant ceci, M'"' Clairon pensait surtout à la voix, qu'elle recommandait de ménager. Mais ménager sa respiration, c'est forcément économiser sa voix.