CHAPITRE IV
Le complément obligé d'une belle voix, c'est une bonne prononciation ; il faut un excellent archet à un violon d'une belle sonorité.
Depuis longtemps déjà les « clients » de notre belle langue, amateurs, néo-philologues, réclament une autorité qui soit à la prononciation ce que l'Académie est à l'orthographe. La Comédie-Française, qui autrefois modelait sa prononciation sur celle des gens de cour, et do la « bonne société », faisait tout naturellement office de tribunal dans les cas litigieux. Cependant, déjàauxvif siècle, dans les mémoires de quelques comédiens, on peut lire dos plaintes et des regrets concernant les fautes ou les laisser-aller qui se sont introduits à la longue dans le parler des acteurs et qui en ont troublé la pureté.
Malgré tout, la Comédie-Française a conservé son autorité en matière de prononciation ; encore aujourd'hui, nos comédiens et nos comédiennes s'efforcent de porter sur la scène le meilleur du langage entendu et noté par eux à la ville. En ce qui concerne la plupart des mots, elle a gardé la tradition, en cela très heureusement inspirée, pour le plus grand bien des chefs-d'œuvre de notre langue.
Or, précisément parce que la Comédie-Française est un tribunal dont les lettrés, les érudits accepteraient volontiers l'arbitrage dans les cas douteux, elle devrait veiller à ce qu'il n'y eût pas, chez elle, plusieurs façons de prononcer les mêmes mots.
Il existe, à la Comédie, comme le fait judicieusement remarquer M. Brémont^ jusqu'à trois manières de prononcer le mot désir : dans l'ancien répertoire, on prononce soit (tsir ou désir, avec une élision ou un e muet; dans le nouveau, on prononce désir. Certains pensionnaires ou sociétaires prononcent la mort-au-rat en liant le /, d'autres en liant simplement Yr : quelques-uns, pour quidam ou équestre, prononcent kidarti, ékestre; d'autres prononcent kuidam et ékuestre ; quelques-uns disent otei pour aulel ; d'autres prononcent comme pour le mot hôtel, sans indiquer la différence, car ceux qui prononcent otel donnent comme raison qu'il faut établir une différence entre autel et hôtel. Or remarquez que si au et ô sont égaux comme sonorité, ils n'ont pas la même quantité : régulièrement, dans autel l'accent est sur tel, tandis que dans hôtel on allonge beaucoup plus la première sjdlabe, de sorte que l'accent qui retombe sur tel en est considérablement affaibli. Dans un livre très intéressant de M. Edouard Kosclnvitz, intitulé les Parlers parisiens et qui contient plusieurs textes lus ou interprétés par des acteurs comme Got, Silvain et M'"" Bartet, des savants comme Gaston Paris et Renan, des poètes comme François Coppée, des romanciers comme Zola, textes transcrits phonétiquement, il est aisé