CHAPITRE I SUR LA DICTION RYTHMIQUE EN GÉNÉRAL
M. Legoiivé, dans son livre sur rArt de dive, compare volontiers la diction à la peinture : nous verrons surtout dans la diction expressive combien cette comparaison est judicieuse et jusqu'à quel point on peut la pousser. Mais pourquoi la comparaison de la poésie ou de la diction avec la musique ne s'est-elle pas plutôt imposée à son esprit? Cette dernière est si juste, si lég-itime. Entre la musique et la poésie il existe un parallélisme si logique, si vrai, si rigoureux. Dans un livre fort bien ordonnancé, rempli de remarques et d'observations intéressantes auquel nous ferons quelques emprunts, et dont nous invoquerons assez souvent l'autorité au cours de cet ouvrage, quoique nous n'en approuvions les conclusions (qu'avec certaines réserves, dans /("N Rapporta de la musique et de la Poésie, de Jules Combarieu, nous lisons au début de la Préface :
« Le phénomène le plus curieux de l'histoire de la musique est certainement l'identité du rythme dans les compositions de Haendel, de Bach, de Mozart, de Beethoven, et dans la poésie lyrique des Grecs. R. Westphal raconte qu'ayant entrepris, avec son collègue et ami Rossbach, une étude de la poésie de Pindare et des tragiques grecs,
il dut se familiariser d'abord avec la métrique des poètes anciens. Deux philologues de premier ordre, G. Hermann, et A. Bœck, avaient déjà abordé cette redoutable et obscure question du lyrisme. Le premier s'était uniquement servi des indications théoriques fournies par les métriciens de l'antiquité : le second avait eu l'idée de recourir aux ouvrages des musiciens et, en particulier, aux fragments d'un Traité sur le rythme composé par Aristoxène, un Grec deTarente, disciple d'Aristote. Westphal et Rossbach s'attachèrent bientôt avec passion à la lecture de ce traité; la connaissance qu'ils avaient de la musique moderne leur en facilitait l'intelligence. Bientôt ils s'aperçurent que non seulement il contenait, selon toute apparence, la clef du problème philologique dont ils poursuivaient la solution, mais qu'on pouvait l'appliquer à l'analyse de la composition moderne elle-même.
« Le rythme des arts musicaux de l'antiquité, poésie, musique, danse, écrit le célèbre helléniste, et celui des musiciens modernes, c'est tout un ; et Aristoxène en est le plus grand théoricien... Je n'ai pleinement compris l'ouvrage d' Aristoxène sur le rythme que le jour oii j'ai connu les fugues de J.-H. Bach.
« Westphal, ramené à l'étude de nos grands symphonistes par celle des poètes grecs, a fait la démonstration de cette curieuse identité dans un livre d'une importance capitale: Théorie générale^ cV après l'antique, du rythme îïiusical depuis J.-S. Bach au point de vue particulier des fugues de Bach et des sonates de Beethoven. » (Leipsig, 1880.)
« L'auteur montre qu'une fugue et une sonate contiennent des systèmes de strophes, antistrophes et épodes.