SL'R LA DICTION RYTHMIQUE EN GÉNÉRAL
obéissant aux mêmes lois de combinaison et se décomposant de la même façon qu'une ode de Pindare ou un chœur d'Eschyle; et de ses analyses il tire une conclusion qui a du moins une grande apparence de logique : c'est que, si les mêmes choses doivent être désignées par les mêmes noms, nous devons appliquer au rythme musical la terminologie grecque, comme nous l'appliquons encore à l'architecture ou à la crrammaire. »
M. Combarieu ajoute 'avec un élan de lyrisme que Ton comprend fort l)ien à la suite de telles constatations :
(c Quelle merveille de voir l'auteur de la IV Pfjfhique ou celui du Promélhée enchainê et l'auteur du Clavecin bien tempéré^ tous deux partis des extrémités de l'horizon, se retrouver et se reconnaître dans la pratique d'une même discipline I Quelle ampleur acquiert le classicisme, et quel monde nouveau s'offre à lui ! Quelle pleine compréhension va prendre ce mot d'humanité! Désormais, c'est au nom de la tradition classique la plus pure qu'on peut réclamer une place à côté des plus grands poètes de la Grèce pour le nom des maîtres de la composition moderne : la connaissance des uns s'éclaire, se fortifie et se complète par celle des autres. Tout se tient; plus de fossé. »
Si nous avons cité cet extrait, c'est que, bien avant de l'avoir lu, en Allemagne, où nous avions à commenter et à réciter VOde de Victor Hugo à Napoléon II devant une assemblée d'élèves, nous avions été frappés, dans le travail préparatoire que nous avions fait sur cette ode, des analogies remarquables qu'elle offrait avec une sonate de Beethoven et que nous n'avions pas pu nous empêcher d'en faire la remarque à notre auditoire, le jour de la récitation venue : cette idée de ressemblance se
fondait surtout sur les rythmes, leur analogie, leur variété dans chaque auteur, leur retour, leur souplesse, leur puissance, la même méthode de rappel des thèmes principaux chez le musicien et chez le poète ; or il n y avait dans notre impression rien de scientifiquement raisonné ; elle était plutôt née d'une coïncidence d'émotions que d'une observation préméditée.
Nous ne rattachions, par exemple, lOde à Napoléon II pas plus à la Sonate XII dédiée au prince de Liclinowsky qu'à la Sonate VIII dite pathétique; il était cependant assez légitime de trouver des rapports entre l'oraison funèbre des grandeurs d'une race et la marche funèl)re sur la mort d'un héros : nous nous étions bornés sim[)lement à observer des analogies entre les formes générales de l'ode et celles de la sonate, comme l'ont comprise les grands maîtres classiques modernes. Pourquoi? C'est ce (jue nous ne pourrions exprimer que confusément; mais il nous semble, en y réfléchissant encore, que nos impressions n'étaient ni fausses ni ridicules.
Rappelez-vous le début de l'ode, plein de noblesse et de grandeur tragiques. Dès les premiers vers, on se sent étreint par le mystère qui pèse sur l'attente d'un grand événement.
Mil huit cent onze : 0 temps où des peuples sans nombre Attendaient, prosternés sous un nuage sombre,
(jue le ciel eût dit oui!
Sentaient trembler sous eux les Etats centenaires, EL regardaient le Louvre entouré de tonnerres
Comme un mont Sinaï !
La phrase musicale qui ouvre la sonate « pathétique » est large, imposante, majestueuse, avec on ne sait quelle