‹ Les trois dictions [par] Georges Berr et Ren© DelbostChapitre 30 sur 91 · SUR LA DICTION RYTHMIQUE EN GKNERAL · texte numérisé non relu

SUR LA DICTION RYTHMIQUE EN GKNERAL

colique, tantôt remplies du frisson le plus tragique :

Demain, c'est le cheval qui s'abat, blanc d'écuiiie; Demain, ô conquérant, c'est Moscou qui s'allume,

Là nuit, comme un flambeau.

C'est votre vieille garde au loin jonchant la plaine. Demain, c'est Waterloo! demain, c'est Sainte-Hélène !

Demain, c'est le tombeau !

Sur tous les points de l'horizon la foudre s'allume, éclairant des désastres, et quand le dernier coup de tonnerre retentit, le dernier éclair illumine de ses lueurs violettes les profondeurs ouvertes de la tombe. Maintenant la phrase cadencée se joue avec une sorte d'ironie Familière dans une manière de « tempo di menuetto » ; le poète ne craint plus de s'adresser directement au con- :juérant atterré :

Vous pouvez entrer dans les villes Au galop de votre coursier.

Dénouer les guerres civiles Avec le tranchant de l'acier; Vous pouvez, ô mon capitaine, Barrer la Tamise hautaine; Rendre la victoire incertaine Amoureuse de vos clairons.

Briser toutes portes fermées, Dépasser toutes renommées.

Donner pour astre à des armées L'étoile de vos éperons!

Dieu garde la durée et vous laisse l'espace ;

Vous pouvez sur la terre avoir toute la place.

Être aussi grand qu'un front peut l'être sous le ciel ;

Sire, vous pouvez prendre, à votre fantaisie,

L'Europe à Charlemagne, à Mahomet l'Asie;

Mais tu ne prendras pas demain à l'Éternel !

La dernière variation est merveilleuse ; le vers grandit, le r3i;hme prend une ampleur divine et se termine dans un tutoiement dont la superbe brutalité donne à la strophe entière une impression de force et d'énergie sans bornes.

Après r (( andante » et les variations, voici le « presto », un presto furieux, rapide, entraînant tout dans sa course vers le dénouement. En quelques vers, la naissance de l'enfant impérial, ses grandeurs, son histoire, sa chute passent devant nous comme des êtres irréels emportés sur une aile de flamme. Et soudainement c'est le gouffre qui s'ouvre sous les pieds de l'enfant comme sous les pieds du père.

C'est un galop effréné de gloires, un défilé de splendeurs, une fantasmagorie d'espoirs qu'un irrésistible tourbillon précipite au néant.

0 revers! ô leçon! Quand l'enfant de cet homme Eut reçu pour hochet la couronne de Rome; Quand on l'eut revêtu d'un nom qui retentit; Quand on eut bien montré son front royal qui tremble Au peuple émerveillé qu'on puisse tout ensemble Être si grand et si petit:

Quand son père eut pour lui gagné bien des batailles; Quand il eut épaissi de vivantes murailles Autour du nouveau-né riant sur son chevet ; Quand ce grand ouvrier, qui savait comme on fonde, Eut, à coups de cognée, à peu près fait le monde

Selon le songe qu'il rêvait; ♦

Quand tout fut préparé par les mains paternelles Pour doter l'humble enfant de splendeurs éternelles ; Lorsqu'on eut de sa vie assuré les relais; Quand, pour loger un jour ce maître héréditaire, On eut enraciné, bien avant, dans la terre. Les pieds de marbre des palais;

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