SUR LA DICTION RYTHMIQUE EX GÉNÉRAI
Lorsqu'on eut, pour sa soif, posé devaut la France, Un vase tout rempli du vin de l'espérance, Avant qu'il eût goûté de ce poison doré, Avant que de sa lèvre il eût touché la coupe, l'n cosaque survint qui prit l'enfant en rroupe Et l'emporta tout effaré.
Le mouveiiient s'élargit et plane jusqu'à la chute aie. Soudain le vent d'orage s'élève et porte aux atre coins du monde, avec une rapidité foudroyante, la linte effroyablement triste de l'aigle frappé, en même mps que les hurlements de triomphe des nations accrues à la curée :
Oui, l'aigle un soir planait aux voûtes éternelles, Lorsqu'un grand coup de vent lui cassa les deux ailes; Sa chute fit dans l'air un foudroyant sillon; Tous alors sur son nid fondirent, pleins de joie; Chacun selon ses dents se partagea la proie : L'Angleterre prit l'aigle et l'Autriche l'aiglon.
Dans le silence et l'aifaissement qui suit les tempêtes rieuses, la A'oix du poète reprend lentement, doulouusement, comme la voix d'un prêtre qui prêcherait la ligion de la pitié et du respect :
Vous savez ce qu'on fit du géant historique. Pendant six ans on vit, loin derrière l'Afrique
Sous le verrou des rois prudents, — Oh! n'exilons personne ! oh! l'exil est impie! — Cette grande figure en sa cage accroupie.
Ployée et les genoux aux dents.
Encor si ce banni n'eût rien aimé sur terre!
Mais les cœurs de lions sont les vrais cœurs de père.
Il aimait son fils, ce vainqueur!
Deux choses lui restaient dans sa cage inféconde, Le portrait d'un enfant et la carte du monde,
Tout son génie et tout son cœur!
Le soir, quand son regard se perdait dans l'alcôve, Ce qui se remuait dans cette tête cliauve. Ce que son œil cherchait dans le passé profond, Tandis que ses geôliers, sentinelles placées Pour guetter nuit et jour le vol de ses pensées, En regardaient passer les ombres sur son front,
Ce n'était pas toujours, Sire, cette épopée Que vous aviez naguère écrite avec l'épée :
Arcole, Austerlitz, Montmirail ; Ni l'apparition des vieilles pyramides, iS'i le pacha du Caire et ses chevaux numides
Qui mordaient le vôtre au poitrail ;
Ce n'était pas le bruit de bombe et de mitraille, Que vingt ans, sous ses pieds, avait fait la bataille
Déchaînée en noirs tourbillons, Quand son souffle poussait sur cette mer troublée Les drapeaux frissonnants, penchés dans la mêlée
Comme les mâts des bataillons;
Ce n'était pas Madrid, le Kremlin et le Phare,
l^a diane au matin fredonnant sa fanfare.
Le bivouac sommeillant dans les feux étoiles.
Les dragons chevelus, les grenadiers épiques,
Et les rouges lanciers fourmillant dans les piques.
Comme des fleurs de pourpre en l'épaisseur des blés!
Le poète, pour évoquer le souvenir de rimpérial enfant, a gardé les mêmes rythmes avec lesquels il célébrait sa naissance, mais il a changé de mode : la phrase se traîne et chante en mineur ; d'aliord entrecoupée de sanglots, elle reprend une sorte de vie affaiblie et lointaine ; les glorieux spectres du passé se dressent, s'agitent