DD VERS ALEXANDRIN
leaii ront employé ; quant à Victor Hugo, on couuait, par plusieurs exemples, la force qu'il est parvenu à accumuler en lui parla répétition et l'accumulation en odes.
Quant au vers de sept syllabes, il est aussi bien celui de Scarron, de La Fontaine que celui de Victor Hugo ou de Richepin, de même qu'il avait été celui des novateurs du xvf siècle, comme il a été celui des poètes légers du xvIII^
Nous ne pouvons faire un grand grief aux étrangers de ne pas rendre justice à notre alexandrin ; mais nous trouverions vraiment étrange qu'un poète ou un lecteur français ne rendissent pas à ce vers la stricte justice qui lui est due.
L'alexandrin, malheureusement pour sa réputation, est le vers à tout dire plus encore que Maître Jacques n'est riionmie à tout faire dans l'Harpagon de Molière. Et, quand nous songeons aux reproches qu'un poète ingrat, dans un moment d'humeur, lui adresse, il nous semble entendre ceux qu'un mari à l'esprit inquiet, avide de changement, d'imagination exigeante, adresse à la femme parfaite qui est son épouse. Elle met l'ordre dans sa maison sans en bannir la gaîté, elle se fait belle et accueillante pour ses hôtes; son mari la trouve toujours docile, empressée à remplir ses désirs; pour lui plaire, elle s'ingénie à se transformer, même à dépouiller de temps à autre la dignité rigide de l'épouse, à vouloir n'être qu'une maîtresse... Vains efforts! L'époux court à une autre qui n'a ni cette grâce, ni ces vertus, mais qui possède cet énigmatique attrait d'être «( une autre ».
Le poète est semblable à l'époux volage. L'alexandrin traduit toutes ses pensées, les folles, les sérieuses, les -
puissantes et les délicates, épouse toutes ses querelles, excelle à reproduire toutes les nuances de son émotion, tous les mouvements do la passion ; vains efforts ! Il le délaisse le plus souvent pour un vers qui ne le vaut pas.
Les panégyristes sont aussi exagérés dans leurs adorations que les détracteurs dans leurs mépris : nous voudrions tâcher de faire exception à la règle ; cependant nous devons reconnaître ici que les méfaits reprochés à l'alexandrin sont imputables aux seuls mauvais poètes qui en ont usé, abusé, qui l'ont revêtu de toutes les défroques et de tous les masques. La forme même de notre tragédie classique est condamnable. Tandis que, dans la tragédie grecque, on rencontre une variété suffisante de mètres, la nôtre est implacablement vouée à la même mesure.
La seule prouve de vitaUté, de puissance, de souplesse et de beauté que nous voulions donner de l'alexandrin, c'est qu'il résiste à l'abus inconsidéré qu'on a fait de lui pour tous les tons et toutes les gammes de la passion et du sentiment ; nous croyons ne pas être dans le faux en disant que là où il a victorieusement résisté, tout autre mètre aurait infailliblement et piteusement succombé. Et il est, certes, assez piquant de voir actuellement des artistes d'un incontestable talent, comme M. Jean Moréas, après s'être jetés à corps perdu dans les voies nouvelles, dans les sentiers non encore battus, après avoir tenté des rythmes nouveaux, des coupes inaccoutumées, revenir au grand vers classique, à celui de Racine, de Chénier, de Lamartine, de Vigny et de Hugo,- » l'alexandrin de coupe connue, mais de rythmes infinis et d'expression toujours nouvelle.