‹ Les trois dictions [par] Georges Berr et Ren© DelbostChapitre 60 sur 91 · DE L INTENSITE DES SONS · texte numérisé non relu

DE L INTENSITE DES SONS

Le degré d'intensité de la voix est une indication merveilleuse de certains décors, de certaines obscurités. La voix représentative de certains états d'âme, de certaines situations ne parvient à les rendre que par un détail très simple en apparence, mais quia, dans la réalité, une réelle valeur de signification. Nous expliquons notre pensée.

Tous nous avons souvent remarqué qu'instinctivement, sans calcul, sans préméditation, dès que nous entrons dans une église gothique un peu sombre, dans un lieu plongé dans l'obscurité, nous mettons immédiatement une sourdine et un voile à notre voix. Par suggestion, quelque chose de religieux et de mystérieux pénètre en nous. De même lorsque, par une nuit obscure, nous nous sommes perdus le long d'un ruisseau, sur la grande route blanche, dans les ténèbres, il ne nous est jamais venu à la pensée de troubler le recueillement et la sainteté du silence nocturne par un éclat de voix déplacé. Ces observations sont à la portée de tous. Ai*»^ R)urquoi certains diseurs, pourquoi certains acteurs hurlent-ils les vers où l'on peint le calme des nuits, la douceur des soirs, le mystère poignant de certaines obscurités ? Pourquoi donner la même force à ce vers :

— Cette obscure clarté qui tombe des étoiles et à ces deux autres :

— Nous nous levons alors et tous en même temps Poussons jusques au ciel mille cris éclatants.

Pour suivre notre première pensée, au lieu d'entrer dans une basilique gothique où les vitraux changent les ondes du soleil le plus clair en clartés bleuâtres et la

gaieté en recueillement, pénétrez dans une de ces pauvres églises de campagne, blanchies à la chaux, où la lumière crue plonge dans les coins les mieux cachés et éclate en gammes étincelantes, le timbre de votre voix s'élèvera sans effort et ne différera pas de ce qu'il était avant votre entrée. 11 y a ici plus que dos lois psychologiques, il y a des lois physiologiques dont nous snbissons irrésistiblement le joug. On n'en peut plus douter depuis les récentes découvertes qui ont prouvé surabondamment combien nous étions diversement affectés par l'ombre, la lumière solaire et les différentes couleurs du prisme ^ .

Nous ne voulons pas nous étendre davantage sur cette question de l'intensité de la voix, qui touche de très près à celle du timbre, car varier l'intensité d'un son, la plupart du temps, c'est en varier le timl)re; cependant, nous en avons dit assez pour prouver que l'intensité de la voix est une des formes de l'expression dans la diction et que, par conséquent, il ne faut la déployer qu'à bon escient et en connaissance de cause. Elle a ce désavantage immense d'avoir une signification aussi absolue que celle des trompettes, par exemple, dans l'orchestre.

Apphquez-vous donc à en restreindre l'emploi,) comme le font les compositeurs habiles, qui réservent l'apparition de ces instruments aux marches nuptiales, aux appels majestueux des héraults, aux chants de triomphe, ou aux moments dramatiques de la symphonie.

1. Un de nos amis, médecin de mérite, nous a raconté que, dans une usine de produits chimiques, dont les i'enêtres étaient gai'nies de carreaux rouges, des rixes éclataient fréquentes entre les ouvriers : les vitres remplacées par d'autres de couleur bleue, les rixes cessèrent aussitôt pour reprendre dès qu'on eut remis les vitres rouges.

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